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© Afif Ramdhasuma / Unsplash

Charge men­tale : l’Agence de bio­mé­de­cine en appelle aux femmes pour convaincre ces mes­sieurs de don­ner leur moelle osseuse

Devant un manque chronique de dons de moelle osseuse masculine, privilégiée par les médecins spécialisés dans les greffes, l’Agence de biomédecine en appelle solennellement aux femmes, pour “utiliser leur influence” sur de potentiels donneurs.

Les femmes, atout charme du don de moelle osseuse ? C’est la nouvelle martingale de l’Agence de biomédecine, épuisée de prêcher dans le désert pour convaincre suffisamment d’hommes de se porter volontaires à cet acte philanthropique pouvant sauver des vies. Dans un communiqué de presse diffusé mardi 26 mars, l’établissement public qui accompagne l’accès aux soins des patient·es en matière de greffe, de PMA ou encore de génétique médicale a lancé un appel très officiel aux femmes pour “utiliser leur influence” et devenir “de véritables prescriptrices pour sensibiliser et inciter leur entourage masculin à devenir donneurs pour aider des malades à guérir”. “Fils, frère, mari”. Face à la faible implication des hommes sur ce sujet, voilà que que l'Agence de biomédecine est en rendue à supplier les femmes de se faire femmes-sandwichs sur leur temps libre pour convaincre ces messieurs qu’ils peuvent être des superhéros du quotidien en une petite prise de sang de quatre heures.

Le constat est implacable : “Une greffe réalisée à partir d’un prélèvement de cellules de moelle osseuse provenant d’un donneur masculin favorise les chances de réussite de la greffe pour leur patient.” Celle de la plupart des femmes sont en effet moins efficaces en raison des anticorps développés durant une grossesse (même sans qu’elle soit menée à terme) qui complexifient la bonne tolérance du greffon de moelle osseuse après la greffe pour le·la malade. Les médecins spécialistes des greffes utilisent donc autant que faire se peut des dons masculins… Sauf qu’il en manque : sur 23 000 nouveaux·elles donneur·euses en 2023, 15 000 (soit plus des deux tiers) sont des femmes. Lesquelles sont, d’ailleurs, abondamment remerciées par l’Agence de biomédecine pour leur “engagement indéfectible”.

Flatteuse, l’Agence de biomédecine prête aussi à la gent féminine des qualités de persuasion à l’appui d’un sondage révélant que “59 % des hommes reconnaissent être influencés par les femmes de leur entourage proche (famille, conjointe, amies, connaissances, collègues…) sur leur manière de penser ou d’agir en matière de santé et de solidarité”. C’est-à-dire qu’avec facilité les hommes se détournent de toute la charge mentale médicale du foyer : nous sommes encore 85 % à prendre seules en charge les rendez-vous médicaux des enfants, selon le chiffre hallucinant sorti par Doctolib il y a encore un mois. Alors, vous pensez bien, le don de moelle pour autrui, ça leur passe un peu au-dessus de la tête !

“Parmi les hommes jeunes de 18-35 ans, cœur de cible du recrutement de donneurs de moelle osseuse, ce chiffre monte à 66 %”, insiste l’Agence comme une supplique au deuxième sexe. On la sent un peu au bout du rouleau et pour cause : elle précise que sa campagne ciblée sur un public jeune et masculin en 2021 a manqué son objectif de 20 000 recrutements de donneurs. À ce propos, l’instance émet des hypothèses sur les freins à “l’engagement des hommes” : “la confusion persistante entre la moelle osseuse et la moelle épinière” (alors que nous, mesdames, métiers du care et cycles menstruels obligent, on est visiblement meilleures en SVT) et “les appréhensions liées aux modalités de prélèvement” (il faudrait un jour parler de la peur quasi-freudienne des hommes cis hétéros face aux aiguilles).

N’en jetons plus : non contentes de se voir remettre des médailles en chocolat pour leur implication en tant que travailleuses de la deuxième ligne, mères courage aux doubles journées, personnes aidantes ou encore femmes de l’ombre aux petits soins pour leur grand homme de mari, voilà que les femmes sont invitées à prendre ces messieurs par la main pour les consoler d’une piqûre et les féliciter de leur don (littéral) de soi. On comprend l'urgence pour l'Agence de biomédecine... Ce n'est pas elle qui est à blâmer. Mais il est désolant de se rendre compte que, face à l'inertie des hommes, ce sont les femmes qui doivent monter au front.

Lire aussi I Rien ne bouge : 85 % des rendez-vous chez le pédiatre sont toujours pris par des femmes

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