girl pretty vs guy pretty
© Captures écran Tiktok

Êtes vous plu­tôt “girl pret­ty” ou “boy pret­ty” ? Une nou­velle ten­dance sur les réseaux sociaux nous en remet une couche sur les stéréotypes

D’après une nouvelle tendance en ligne, une femme serait soit girl pretty, “belle selon les filles”, soit boy pretty, “belle selon les garçons”. Décryptage d’une trend entre fétichisation, racisme et misogynie.

N’est-ce pas une belle journée pour enfermer les femmes dans des cases réductrices de standards de beauté patriarcaux ? Selon l’éminente plateforme TikTok, la beauté féminine se diviserait en deux catégories : girl pretty, pour désigner les femmes considérées belles par les autres femmes, ou boy pretty, qui qualifie les femmes considérées attirantes par les hommes. Ainsi, selon Internet, certaines caractéristiques physiques féminines seraient jugées attirantes par les femmes et diffèreraient de celles appréciées par les hommes.

La première vidéo mettant en lumière cette théorie – où une jeune femme se lamente d’être girl pretty et non boy pretty – a été vue plus de 3,4 millions de fois depuis sa mise en ligne le 21 octobre. Depuis lors, ce discours bien superficiel ne cesse d’apparaître en ligne au gré de vidéos de jeunes filles de par le monde tentant de se ranger de l’un ou de l’autre côté de cette catégorisation. Les expressions sont en passe de devenir courantes sur l’Internet anglophone.

Fétichisation et racisme

Les femmes trouveraient belles les femmes maigres, blanches, aux traits européens, “naturellement belles” (comprendre peu maquillées), dégageant une beauté discrète et délicate. Les hommes, quant à eux, préféreraient les femmes pulpeuses, brunes, aux cheveux longs et souscrivant à l’esthétique “bimbo” (comprendre très maquillées). Une conception ultra binaire de la beauté, qui encourage encore la comparaison néfaste que les femmes opèrent entre elles.

Le modèle boy pretty, ou les prétendues préférences masculines, tend à fétichiser les femmes dont les caractéristiques physiques se rapprochent de cette description, à savoir les Latinas et les Maghrébines. Ces dernières sont, dans ce modèle, à la fois sexualisées et objectifiées par les hommes, mais aussi méprisées par les autres femmes, qui considèrent leur apparence superficielle ou volontairement aguicheuse. Dans l’archétype girl pretty comme boy pretty, on ne retrouve par ailleurs aucune trace de femmes noires ou asiatiques, confirmant encore le profond racisme des standards de beautés dominants. Tout comme la grossophobie ambiante : aucune place pour les femmes grosses, cela va sans dire.

Omniprésence du “male gaze”

Comme l’écrit la journaliste Chloe Laws dans un article sur le sujet pour Marie Claire UK, cette tendance “met sur un piédestal l’opinion des hommes sur l’apparence physique des femmes”. Même les caractéristiques mises en avant dans le modèle girl pretty – censé représenter, rappelons-le, la conception féminine de la beauté – ne sont en réalité définies que par ce que les femmes pensent que les hommes désirent.Le girl pretty nourrit en ce sens l’obsession des filles et des femmes pour la minceur, perçue comme une condition sine qua non pour être considérée attirante par la gent masculine. Une étude britannique de 2020 démontre pourtant que “les femmes se font une idée fausse et exagérée de la minceur que les hommes recherchent chez une partenaire. De même, nous avons constaté que les hommes ont tendance à se faire une idée exagérée du poids et de la musculature idéauxchez un partenaire masculinselon les femmes. Les hommes auraient donc également une vision erronée de ce que les femmes recherchent. La différence est que – sans surprise – ce ne sont pas les hommes qui font l’objet de tendances censées les catégoriser dans d’inatteignables modèles d’attractivité.

La tendance girl pretty vs boy pretty ne repose en cela que sur le male gaze [regard masculin] et des standards de beauté patriarcaux. Sur Internet, de nombreuses jeunes femmes déplorent par ailleurs d’appartenir au modèle girl pretty, d’avoir une beauté reconnue “uniquement” par les femmes, parce qu’elles craignent que les hommes ne les trouvent pas suffisamment désirables. Une vision terriblement hétéronormée qui alimente la croyance selon laquelle la valeur d’une femme n’est définie que par sa capacité à plaire aux hommes. Ces derniers “n’ont pas à s’inquiéter de savoir s’ils sont beaux selon les filles ou beaux selon les garçons, parce que la société ne calcule pas leur valeur sur la base de leur attractivité comme elle le fait pour les femmes”, analyse encore Chloe Laws. Au jeu de cette nouvelle tendance, les femmes jouent une fois de plus perdantes.

Lire aussi I “Une femme, après 22 h, qu’est-ce qu’elle fout dehors ?” : sur TikTok, les utilisatrices postent des vidéos d’elles la nuit pour se moquer des propos sexistes d’un influenceur mascu

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