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Palais de justice historique de Paris, où sont encore jugés de nombreux crimes de terrorisme. © Phillip Capper /Flickr

Douha Mounib, « la sage-​femme de Daesh » condam­née à 12 ans de réclusion

Jugée à Paris pour « asso­cia­tion de mal­fai­teurs ter­ro­ristes », la jeune femme de 32 ans a été condam­née mer­cre­di 1er mars à douze ans de pri­son par la cour d’assises spé­cia­le­ment com­po­sée de Paris.

Il aura fal­lu près de cinq heures de déli­bé­ré à la cour d’assises spé­ciale de Paris pour sta­tuer sur le sort de Douha Mounib. La reve­nante de l’État isla­mique de 32 ans a été condam­née à douze ans de réclu­sion cri­mi­nelle mer­cre­di tard dans la soi­rée. Sa peine est assor­tie d’une période de sûre­té des deux tiers. « La cour a eu des dif­fi­cul­tés à appré­cier la sin­cé­ri­té de vos pro­pos. On consi­dère qu’il y a une évo­lu­tion, mais il a été dif­fi­cile d’en appré­cier objec­ti­ve­ment la sin­cé­ri­té », a moti­vé le pré­sident de la cour Laurent Raviot, en ajou­tant que « douze ans, c’est une condam­na­tion sévère, mais ce n’est pas la fin d’une vie », rap­porte Libération. « Je pense qu’il faut vous enga­ger dans un pro­ces­sus, conti­nuer en tout cas », a‑t-​il lan­cé à Douha Mounib.

Le par­quet natio­nal anti­ter­ro­riste (Pnat) avait requis qua­torze ans de réclu­sion, dont deux tiers de sûre­té, à l’encontre de l’accusée. Elle était jugée pour deux séjours en Syrie entre 2013 et 2017, les­quels ont été entre­cou­pés de mul­tiples ten­ta­tives de départ. Surtout, la jus­tice lui repro­chait d’avoir contri­bué « au pro­jet civi­li­sa­tion­nel de l’EI » en accou­chant une dizaine de femmes de fait de sa for­ma­tion de sage-​femme en France. Pour rap­pel, Douha Mounib avait arrê­té ses études de sage-​femme fin 2013 pour rejoindre les rangs de Daech en Syrie. Après ce pre­mier séjour écour­té, elle était par­ve­nue à repas­ser la fron­tière turco-​syrienne à l’été 2015 jusqu'a son arres­ta­tion en Turquie en 2017.

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À la barre, Douha Mounib a adop­té une pos­ture de repen­tie. Si elle a assu­mé être allée « au bout de [ses] idées », rap­porte Libération et qu’elle recon­naît « la glo­ba­li­té » des faits qui lui sont repro­chés, elle a aus­si décla­ré avoir enta­mé un « long » tra­vail d’introspection depuis son arres­ta­tion en mars 2017 à la fron­tière turco-​syrienne. « Ça fait par­tie de mon pas­sé, j’essaie d’avancer, a‑t-​elle dit devant les juges. En cinq ans, j’ai beau­coup réflé­chi à ce qui s’est pas­sé, aux méca­nismes qui m’ont pous­sée à agir de cette façon. »

La réflexion n’a pas suf­fi à convaincre l’avocate géné­rale du par­quet, Alexa Dubourg, qui a sou­li­gné les « capa­ci­tés de dis­si­mu­la­tion » de Douha Mounib et son atti­tude qu’elle juge par­fois « inco­hé­rente », sou­ligne Le Parisien. Elle a ain­si cité la spec­ta­cu­laire ten­ta­tive d’évasion de l’accusée en novembre 2021 alors qu’elle était incar­cé­rée à la mai­son d’arrêt de Fresnes (Val-​de-​Marne) depuis son retour en France en 2017. Pour ce fait, elle sera jugée plus tard. Mais cela consti­tue, pour l’accusation, une preuve sup­plé­men­taire de « la dan­ge­ro­si­té de son pro­fil » et de « la dis­si­mu­la­tion dont elle est capable pour par­ve­nir à ses objec­tifs », pré­cise Le Parisien.

Lire aus­si I Syrie : la France rapa­trie 15 femmes et 32 enfants de camps djihadistes

Pour l’avocat de Douha Mounib, Me Joseph Hazan, en revanche, « le carac­tère per­fec­tible de son par­cours est un gage de sin­cé­ri­té ». « Je ne vais pas vous deman­der de la libé­rer, on sait qu’il y a encore du che­min. En revanche, je vous demande de ne pas remettre à plat l’intégralité de ses décla­ra­tions […] Je vous demande de faire un pas vers elle », a décla­ré l’avocat dans sa plai­doi­rie, indique Libération.

Concernant son rôle de sage-​femme, Douha Mounib a décla­ré qu’elle avait exer­cé cette acti­vi­té de façon « clan­des­tine ». « Moi, je ne vou­lais pas ser­vir les des­seins de l’Etat isla­mique, je vou­lais juste exer­cer mon métier. Je l’aurais fait en Turquie, dans un bus, en Afrique, n’importe où », s’est défen­due l’accusée, mère d’une petite fille de cinq ans, née en Syrie, et qui est actuel­le­ment pla­cée en famille d'accueil.

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