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© Emily Orpin

Zara ouvre une pla­te­forme de seconde main : Bonne nou­velle ou super greenwashing ?

Zara a ouvert sa pla­te­forme de seconde main le jeu­di 7 sep­tembre. D’autres marques de fast fashion se sont lan­cées sur ce mar­ché. Pour Audrey Millet, his­to­rienne et experte en éco­sys­tème de la mode fran­çaise et autrice du Livre noir de la mode , ce phé­no­mène est du green­wa­shing et per­met à ces enseignes de redo­rer leur image.

Causette : Zara a lan­cé sa pla­te­forme de seconde main ce jeu­di. Ces der­niers temps de nom­breuses enseignes de fast fashion se lancent dans ce domaine. Quel est votre regard sur ce phénomène ?

A.M : Normalement on fait de la seconde main parce que le pro­duit peut durer comme les vête­ments vin­tage. Sauf que ces enseignes revendent des pro­duits déjà uti­li­sés, d'occasion mais pas durable, c'est-à-dire des vête­ments en plas­tique ou en poly­es­ter, avec des micro par­ti­cules. Ces enseignes prennent l'excuse éco­lo­gique pour fon­der un nou­veau mar­ché éco­no­mique. Elles se sont insé­rées dans la ten­dance pour « sau­ver la pla­nète ». Quand je regarde la pla­te­forme de seconde main de Zara, je vois que ce sont des vestes de smo­king à 50 euros qui sont ven­dues et cela est beau­coup trop cher pour de la seconde main.

Finalement cette ini­tia­tive reste du green­wa­shing ?

A.M : Ces vête­ments sont rem­plis de poly­es­ter, de pétrole et ces marques essaient de nous faire croire qu'ils sont durables sauf que ce n’est pas du tout le cas. On sait que ce sont des vête­ments qui ne tiennent pas : ils revendent des fringues de mau­vaise qua­li­té tout en essayant de redo­rer leur image. Zara a quand même une mau­vaise répu­ta­tion notam­ment via l'esclavage des Ouïgours et l'utilisation du coton.

La fast fashion de seconde main ne résout pas la ques­tion de la sur­pro­duc­tion, ça reste de la fast fashion. En fait, il fau­drait que les marques de fast fashion arrêtent de sur­por­duire et d’avoir recours au tra­vail for­cé. Leur ini­tia­tive de seconde main est non seule­ment du green­wa­shing mais aus­si du woke­wa­shing. Ils se donnent un petit air éveillé : « vous avez vu nous aus­si on revend des fringues de seconde main ». Mais en fait ce n'est pas le cas.

Est-​ce que vous pou­vez expli­quer en détail le terme de "woke­wa­shing" ?

A.M : Normalement lorsqu'on est woke on est cen­sé être éveillé c'est-à-dire être atten­tif aux inéga­li­tés sociales, à l'injustice, aux pro­blèmes de sexisme, d'homophobie et d'écologie. Cependant, ces enseignes font sem­blant de s'intéresser à l'écologie : leurs fringues sont des déri­vés de pétrole [ le poly­es­ter est une matière arti­fi­cielle syn­thé­tique déri­vée du pétrole et uti­li­sée dans les vête­ments de la fast fashion, ndlr ] et évi­dem­ment ils fabriquent leurs vête­ments dans des pays où les gens n'ont pas de salaire mini­mum vital. Ils se donnent un côté woke pour laver leur répu­ta­tion. C’est ça le woke­wa­shing.

Sur le site de seconde main de Zara, il y a quelque chose qui m'embête. Il vous pro­pose de revendre vos fringues, comme sur la pla­te­forme Vinted. Sauf qu’ils mettent le pro­duit neuf en pre­mière image, alors que c'est un pro­duit d'occasion. Il faut que vous cli­quiez sur le t‑shirt qui vous inté­resse pour voir l’état du pro­duit d'occasion. Finalement vous cli­quez parce que le pro­duit neuf vous plaît.

La fast fashion de seconde main peut-​elle dés­équi­li­brer le mar­ché de la friperie ?

A.M : Je pense que ça ne mar­che­ra pas. Toutes ces fringues qui vont être ache­tées sur le site de Zara vont finir dans des pou­belles. Le mar­ché des fri­pe­ries a déjà été impac­té bien avant l’essor de la fast fashion de seconde main. De nom­breuses entre­prises se mettent à la seconde main, et face à cette forte demande les four­nis­seurs qui vendent en gros les fringues d'occasion ont aug­men­té leurs prix. Il y a énor­mé­ment d'enseignes, comme le groupe Kering [ Numéro deux mon­dial de l'industrie du luxe après LVMH, ndlr ], qui rachètent des bal­lots énormes de vête­ments de seconde main, ce qui fait mon­ter les tarifs. Maintenant il y a même de la seconde main au Printemps, aux Galeries Lafayette. Donc nos fripier.ères se retrouvent en galère. Ça dés­équi­libre le mar­ché car une petite entre­prise ne peut pas ache­ter 100 000 euros de bal­lots alors que les grandes enseignes peuvent le faire.

Les pla­te­formes de seconde main comme Vinted ou Vestiaire Collective poussent par­fois à la sur­con­som­ma­tion. Est-​ce une nou­velle forme de fast fashion ?

Ces pla­te­formes sont super parce que vous pou­vez vous ache­ter un pro­duit de toute beau­té et de qua­li­té que l’on peut gar­der pen­dant 20 ans. Le pro­blème ce n’est même pas les pla­te­formes c'est le consom­ma­teur. Quand vous avez besoin d'une pochette vous êtes pas obli­gé d'acheter un pull et une paire de chaus­sures, c'est-à-dire que l’on pousse pas le consom­ma­teur à l'achat com­pul­sif, il sait très bien le faire lui même et vu que c'est moins cher il en veut tou­jours plus. Il veut un nou­veau smart­phone dès qu’il passe devant Apple ou ache­ter des vête­ments au pop-​up de Shein. Il n'a pas envie de consom­mer mieux, il sait très bien que ça défonce la planète.

Lire aus­si l « On est un peu tiraillés » : à la ren­contre des client·es de la bou­tique éphé­mère Shein, entre bonnes affaires et « conscience écologique »

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