HS10 Anna Roumanoff © Ingrid Mareski
© Ingrid Mareski

Les humo­ristes renou­vellent le canular

Parmi les cra­pules qui prennent les qui­dams pour des buses (ou font tout comme), une espèce sym­pa­thique nous réjouit : les humo­ristes. Quatre éner­gu­mènes de ce genre nous ont racon­té leur modus ope­ran­di, de la taqui­ne­rie bon enfant aux canu­lars les plus épicés. 

HS10 Guillaume Meurice © Fanchon Bilbille
© Fanchon Bilbille

Guillaume Meurice

« Je vais cher­cher la conne­rie en cha­cun de nous. » La messe meu­ri­cienne est dite. Des jeunes bour­geois dans un mee­ting du par­ti Les Républicains (avec qui il se prend en sel­fie) aux aspi­rants au titre de cham­pion du monde de l’œuf mayo (« cham­pion­nat du monde, bor­del ! » souligne-​t-​il à Causette), en pas­sant par les petits vieux du mar­ché, le chro­ni­queur Guillaume Meurice aime titiller son pro­chain. Quasi cinq ans qu’il « dis­cute avec les gens dans la rue, tous les jours » et raille leurs convic­tions sur France Inter dans l’émission Par Jupiter ! Il va jusqu’à faire cra­cher à un lob­byiste du plas­tique, après moult ten­ta­tives, que le verre pol­lue moins que son mau­dit poly­mère. Il peut deman­der benoî­te­ment à une grand-​mère pour­quoi elle emmène son petit-​fils à une attrac­tion mini-​Porsche et pas à un ate­lier Renault Fuego. Et même se rendre à un mee­ting de Sarkozy dégui­sé en Marianne, avec une pan­carte « J’ai mal au cul »« J’adore le rai­son­ne­ment par l’absurde, se réjouit-​il. J’essaie de mettre du doute dans leurs dis­cours. Et, sou­vent, alors que les gens sont cer­tains d’un truc, ils se disent : “Au final, en fait, non.” » Un accom­plis­se­ment pour ce fils de « kios­quiers bour­gui­gnons soixante-​huitards », ancien étu­diant en théâtre, habi­tué des dis­cus­sions poli­tiques et de la rhé­to­rique. 
À ces témoi­gnages éclec­tiques, Guillaume Meurice ajoute, à l’antenne, des blagues bien noires. Pour para­phra­ser l’avis d’une fan de Game of Thrones et expli­quer le mot « spoil » : « C’est comme si on disait à Nicolas Dupont-​Aignan qu’il va encore se prendre une taule : ça lui enlève la sur­prise. » Pour par­ler sexe, il salue « l’équipe du pro­fes­seur de bio­lo­gie Barbarin » pour ses ensei­gne­ments d’éducation sexuelle aux jeunes gar­çons, mal­gré « quelques lou­pés » du car­di­nal et de ses copains prêtres… Du coup, si ses pas­sages radio car­tonnent (« Un mil­lion d’écoutes chaque jour, hors pod­cast » pour l’émission Par Jupiter !), ils agacent aus­si. Il faut dire qu’industriel·les, réacs ou macro­nistes y sont plus volon­tiers moqué·es que les éco­los de gauche. Ou que les végétarien·nes athées, comme lui. « Mais, moi, répond-​il, j’aimerais bien qu’on me fasse pareil ! » À bon entendeur… 

HS10 Geraldine de margerie © Elodie Demey
© Elodie Demey

Géraldine de Margerie 

« Coucou les lou­lous ! » Géraldine de Margerie est une pro de l’intro de tutos. Il faut dire qu’elle en teste une nou­velle chaque semaine dans sa pas­tille vidéo Tutotal, dif­fu­sée par Arte Creative depuis cinq ans. Le concept est un peu what the fuck : pio­chez un tuto­riel fait par un·e inter­naute lamb­da sur Internet. Affublez le per­son­nage d’une dou­blure voix à l’air idiot et « outran­cier ». Puis faites-​le com­men­ter, avec des cri­tères déjan­tés, les bandes-​annonces des films qui sor­ti­ront dans la semaine. Voilà la recette type de Tutotal. Géraldine en est la créa­trice avec le réa­li­sa­teur Maxime Donzel. Pour par­ler de Beautiful Boy, un film sur l’addiction à la drogue, le duo fait un tuto inti­tu­lé « Accro au sucre » ou « Comment ne pas céder au kouign-​amann », en détour­nant la vidéo d’une femme qui nous montre sa barre de céréales. Et dans Godzilla II, « comme le monstre est un papillon géant », ils ont « trou­vé la vidéo d’une folle de mites ». Dans cette ver­sion remas­té­ri­sée par Tutotal, la femme caresse affec­tueu­se­ment ses insectes en expli­quant com­ment se pré­pa­rer à l’apocalypse (en réfé­rence au film) avec « du cas­sou­let et des noix de cajou ». Olé ! Mais qui aime­rait voir son image asso­ciée à son insu à celle d’un·e « cas­sos » risible ? « Dans la culture Internet, argu­mente Géraldine, on recon­naît le droit de paro­die. Et puis, on casse les cli­chés : quand on reprend la vidéo d’une bim­bo, on en fait une fan de Jennifer Lopez, mais aus­si une égyp­to­logue à ses heures per­dues. »
D’abord jour­na­liste (elle a même écrit dans Causette !), Géraldine de Margerie bosse aujourd’hui dans le ciné, notam­ment pour les séries Dix pour cent, ou Loulou, sur Arte. Alors pour­quoi un tel cra­quage avec Tutotal ? « Le tuto, c’est la géné­ro­si­té. Je suis hyper recon­nais­sante à Mike de l’Arizona qui m’apprend à cou­per du bois sur YouTube. Je ne rêve pas qu’on me paro­die, mais on fait ça avec gen­tillesse. C’est plu­tôt un hom­mage. » Alors, mer­ci, Mike !

Capture d’écran 2020 06 01 à 14.23.11
© DR

Loris Giuliano

Ses bas­kets déglin­guées sont l’unique indice de la nature déca­lée de l’animal. Costume-​cravate, lunettes dorées et micro ten­du : au pre­mier coup d’œil, Loris Giuliano semble faire des micros-​trottoirs ordi­naires, dans le quar­tier du Châtelet à Paris. Mais, en deux ou trois ques­tions, il révèle le phé­no­mène LOL qui som­meille en cha­cune de ses proies, pour le par­ta­ger sur la chaîne YouTube Golden News. À sa ques­tion « Pour ou contre l’euthanasie ? », une pas­sante croit qu’il s’agit d’une pra­tique en rap­port avec le IIIe Reich. « Ah… Qu’est-ce que vous recon­nais­sez dans le mot “eutha­na­sie” ? » : « Nazi ! » Eh oui, par­di ! La suite du dia­logue sera savou­reuse… Roi des silences gênants, des ques­tions sans queue ni tête et de l’air assu­ré, il explique son idée : « Jouer au repor­ter par­fai­te­ment “teu-​bé” et cari­ca­tu­rer BFM. » À l’occasion, il fait aus­si lire des mor­ceaux de rap bien crades à des per­sonnes âgées, mi-​guillerettes, mi-​choquées. 
L’exercice est natu­rel pour le gar­çon. à 25 ans, il a fait ses armes chez Rire et Chansons, puis chez Cauet, qua­si direct après le bac. Repéré il y a deux ans par Golden Moustache (une bande de you­tu­beurs et de you­tu­beuses prisé·es des Millennials et engagé·es par M6), Loris Giuliano est une star chez les 14–25 ans. Il comp­ta­bi­lise 300 000 vues, au mini­mum, par vidéo. Sur les réseaux, il a déjà reçu des demandes en mariage. 
Pourtant, avec les « per­son­nages réacs » qu’il choi­sit de mettre en avant (Guy, par exemple, un libraire inter­ro­gé chaque semaine, qui ne désigne le genre fémi­nin que par « les bonnes femmes ») et ses sujets pro­pices aux déra­pages, Loris pour­rait se faire allu­mer. Il a d’ailleurs dû sup­pri­mer sa der­nière vidéo sur la gay pride, accu­sé de dis­cri­mi­na­tion. « Si on dif­fuse, c’est que les intéressé·es ont signé une auto­ri­sa­tion. Et puis les gens que j’interviewe rigolent avec moi. Souvent, c’est moi qui passe pour le débile ! »

HS10 Anna Roumanoff © Ingrid Mareski
© Ingrid Mareski

Anne Roumanoff

Ce n’était pour­tant pas sa « cam », au départ. Mais Anne Roumanoff s’est mise, il y a une dizaine d’années, au bon vieux canu­lar télé­pho­nique, sur Europe 1. Grand-​mère en détresse qui appelle l’usine d’eau Cristalline pour com­prendre l’impôt « à la source », Américaine pani­quée auprès de la mai­rie de Paris parce que son mec « se fait mordre par une écre­visse » après avoir sau­té dans la Seine, ou encore épouse hon­nête qui appelle Dior pour rendre les bijoux volés par son « gilet jaune » de mari, qui a pillé la bou­tique des Champs-​Élysées lors des manifs car « enra­gé de ne plus pou­voir faire le plein de sa Kangoo »… Sa spé­cia­li­té, c’est « jouer des per­son­nages en détresse ». Au bout du fil, en réac­tion, « les gens sont bien­veillants ». Quand on entend la mai­son Dior orga­ni­ser le retour du butin par paquet ano­nyme pour ne pas com­pro­mettre la pauvre dame, on se dit que, la vache !, même les plus chi­cos pour­raient nous redon­ner foi en l’humanité !
Anne Roumanoff avoue pré­fé­rer la scène, depuis ses pre­miers sketchs à l’âge de 22 ans, en 1987, jusqu’à ce qu’elle devienne l’humoriste pré­fé­rée des Français·es. Mais « le canu­lar, développe-​t-​elle, pro­duit un rap­port plus proche et montre des gens de la vie quo­ti­dienne ». N’a‑t-elle pas peur de faire perdre leur temps à ses vic­times ? C’est plu­tôt son sou­ci à elle : « Il faut par­fois trois heures d’appel pour pié­ger quelqu’un et pro­duire deux minutes de radio. » Peur de les frois­ser ? « Du tout, on peut rire avec n’importe qui. » Et avec, précise-​t-​elle, 99 % de réac­tions posi­tives. N’en déplaise à Claude François, le télé­phone rit. 

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