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©Karollyne Hubert

Guerre en Ukraine : les ONG inquiètes des consé­quences du conflit sur les femmes et les filles

12e jour de la guerre en Ukraine. Alors que l'étau russe se res­serre d'heure en heure autour de Kyiv, les orga­ni­sa­tions ONU Femmes France et Plan International France alertent des consé­quences de ce conflit armé sur les femmes et les filles. 

Qu’elles prennent les armes pour se battre dans l’armée régu­lière et la résis­tance civile, ou qu’elles soient for­cées de fuir avec enfants et aîné·es dans les pays limi­trophes, les femmes ukrai­niennes se retrouvent bien mal­gré elles au cœur du conflit qui oppose leur pays à la Russie depuis le 24 février der­nier. En pleine inva­sion mili­taire russe et à l’aube d’une crise huma­ni­taire d’ampleur consi­dé­rable, plu­sieurs ONG alertent aujourd’hui sur les consé­quences ter­ribles de ce conflit armé sur les popu­la­tions civiles. D’après le Haut-​Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme, 364 civil·es ont été tué·es en Ukraine depuis le début du conflit. Ces chiffres de l’ONU, actua­li­sés chaque jour, sont sys­té­ma­ti­que­ment accom­pa­gnés d’une men­tion pré­ci­sant qu’ils sont en réa­li­té pro­ba­ble­ment « consi­dé­ra­ble­ment plus éle­vés », preuve de l'horreur qui pèse actuel­le­ment sur les civil·es. En par­ti­cu­lier sur les femmes et les filles qui se retrouvent – comme dans chaque contexte de conflit armé – dans une situa­tion d’extrême vul­né­ra­bi­li­té. Face aux risques de vio­lences sexuelles, à la désco­la­ri­sa­tion ou encore à la détresse psy­cho­lo­gique, l’heure est à la mobi­li­sa­tion pour pro­té­ger les Ukrainiennes.

Avant toute chose un rap­pel des chiffres. Alors que nous ne sommes – selon toute vrai­sem­blance – qu’au début de la crise, plus d’1,7 mil­lions de per­sonnes ont déjà fui vers les pays voi­sins de l’Ukraine (prin­ci­pa­le­ment en Pologne, Hongrie, Slovaquie, Moldavie et Roumanie) selon une récente esti­ma­tion du Haut com­mis­sa­riat pour les réfu­giés (HCR). Un nombre colos­sal qui pour­rait atteindre les 7 mil­lions dans les semaines à venir, selon l’ONU, si la situa­tion conti­nue à s’aggraver sur place. Les hommes de 18 à 60 ans ayant l’obligation de res­ter se battre dans le cadre de la mobi­li­sa­tion géné­rale, une grande majo­ri­té de ces réfugié·es se trouvent, par consé­quent, être des femmes et des enfants. Et pour celles et ceux qui fuient les bom­bar­de­ments, la plus grande vigi­lance reste de mise, même en dehors de leur pays en guerre.

Lire aus­si I Des mil­liers de réfugié·es ukrainien·nes en route vers l’Union européenne

Violences de genre 

« Nous n’avons pas encore de rap­port sur les vio­lences de genre, mais nous crai­gnons évi­dem­ment des exac­tions dans les jours et les semaines à venir, aler­tait le 3 mars der­nier, Fanny Benedetti, direc­trice exé­cu­tive d’ONU Femmes France. ONU Femmes/​UN Women tra­vaille depuis dix ans en Ukraine sur les ques­tions d’égalité de genre en coor­di­na­tion avec les auto­ri­tés locales. « On craint notam­ment des situa­tions de vio­lences sexistes et sexuelles dans le cadre du dépla­ce­ment des femmes et des filles, qui repré­sentent 80% des réfu­giés, s'inquiète Fanny Benedetti. Ce sont des popu­la­tions vul­né­rables et nous savons d’expérience que la pré­ca­ri­té, la pro­mis­cui­té amène à des risques accrus de vio­lences sexuelles. Et ce même dans les pays d’accueil. » Les craintes semblent depuis s’être avé­rées. Au len­de­main de notre entre­tien avec ONU Femmes, Dmytro Kouleba, ministre ukrai­nien des Affaires étran­gères, révé­lait lors d’une réunion en ligne avec l'institut poli­tique bri­tan­nique Chatham House avoir eu connais­sance de « nom­breux cas de sol­dats russes qui violent des femmes dans les villes ukrai­niennes » occu­pées. Ce même jour, la mili­tante fémi­niste ukrai­nienne et figure des Femen, Inna Shevchenko, affir­mait sur Twitter avoir « com­men­cé à rece­voir des mes­sages de [sa] ville natale Kherson selon les­quels plu­sieurs femmes et jeunes filles ont été vio­lées par des sol­dats russes »

Des inquié­tudes ren­for­cées par une menace nou­velle : l’arrivée des mer­ce­naires de Wagner, milice pri­vée et secrète au ser­vice de Poutine, semble-​t-​il moins regar­dantes quant à l’article 47 de la conven­tion de Genève rela­tive à la pro­tec­tion des per­sonnes civiles en temps de guerre. Le 28 février, le jour­nal bri­tan­nique The Times dénom­brait ain­si plus de quatre cents mer­ce­naires de Wagner déployés en Ukraine avec pour mis­sion de « déca­pi­ter le gou­ver­ne­ment Zelensky ». Plusieurs des membres de cette milice armée auraient été rapa­triés de la République Centrafricaine où ils com­battent les rebelles aux côtés des forces armées du régime depuis 2018. Nombre d’entre eux y sont accu­sés d'exactions, notam­ment de viols col­lec­tifs. « Leur pré­sence en Ukraine nous alerte d’autant plus, sou­ligne Fanny Benedetti d’ONU Femmes. Le risque de vio­lences sexuelles comme arme de guerre va être accru, que ce soit pour les femmes qui se battent sur le front et pour­raient être faites pri­son­nières que pour les femmes à l’arrière. »

Impact psy­cho­lo­gique 

Les ONG voient éga­le­ment se pro­fi­ler une défla­gra­tion psy­cho­lo­gique pour ces popu­la­tions minées par la guerre et expo­sées à un cer­tain nombre de trau­ma­tismes. « Aux tra­di­tion­nels trau­mas direc­te­ment liés aux situa­tions de com­bat s’ajoutent ceux liés aux dépla­ce­ments de ces popu­la­tions, comme les vio­lences et autres menaces pou­vant sur­ve­nir au cours d’une migra­tion, ain­si que les situa­tions de deuil », détaille Violaine Gagnet, direc­trice des pro­gramme de l’organisation Plan International France. C’est pour­quoi, depuis le début du conflit, l’organisation pré­voit ain­si, sur place dans les pays fron­ta­liers de l’Ukraine, un pre­mier accom­pa­gne­ment pour les enfants réfugié·es. Avec une atten­tion toute par­ti­cu­lière pour les petites filles et les ado­les­centes. « La guerre influe évi­dem­ment sur la san­té men­tale, sou­ligne Violaine Gagnet. Nous avons donc mis en place un sou­tien psy­cho­so­cial. Un pro­ces­sus qui débute par un débrie­fing psy­cho­lo­gique, c’est-à-dire une séance en groupe qui passe par le des­sin ou par le théâtre. De quoi faire par­ler les enfants et notam­ment les filles, et détec­ter ceux qui auront besoin d’un sou­tien plus impor­tant par la suite. » Une action cou­plée avec le désir de mettre en place des centres d’hébergement spé­cia­li­sés, avec salle de jeux et ate­liers, pour assu­rer aux mères et aux filles un endroit sécu­ri­sé. « On essaye de remettre un sem­blant de nor­ma­li­té dans une totale absur­di­té », ne peut que déplo­rer Violaine Gagnet. 

Prendre part aux négociations

L’absurdité, cer­taines la vivent depuis douze jours au quo­ti­dien. Les sol­dates, d’abord, expo­sées de fait par leur métier – l’occasion de rap­pe­ler que l’armée ukrai­nienne est « extrê­me­ment fémi­ni­sée », avec 8,5% de ses effec­tifs, soit 32 000 femmes, comme le sou­ligne l’ONU Femmes. Mais aus­si les civiles qui, pour diverses rai­sons n’ont pas sou­hai­té ou n’ont pas eu la pos­si­bi­li­té de quit­ter le pays. Pour ces der­nières, les infor­ma­tions pré­cises sur la situa­tion actuelle sont pour le moins floues. La faute à l’absence de cor­ri­dors huma­ni­taires sécu­ri­sés, qui per­met­traient aux ONG de se rendre compte des dégâts sur place. Mais l’expérience n’incite mal­heu­reu­se­ment pas à l’optimisme. « Les femmes et les filles sont davan­tage expo­sées dans les conflits armés et on a extrê­me­ment d’inquiétude pour elles, rap­pelle Violaine Gagnet de Plan International France. On craint notam­ment des abus sexuels, une traite des filles, une désco­la­ri­sa­tion mas­sive. Il ne faut pas oublier qu’il semble que les écoles sont en ce moment bom­bar­dées. »

Lire aus­si I Guerre en Ukraine : les ini­tia­tives inter­na­tio­nales et locales pour venir en aide au peuple ukrainien

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