CARNAVALET PARISIENNES CITOYENNES Format paysage

"Parisiennes citoyennes !" : au musée Carnavalet, une expo pas­sion­nante sur l'histoire de nos luttes

De la Révolution fran­çaise jusqu’à la loi sur la pari­té, le musée Carnavalet retrace une ren­ver­sante his­toire du fémi­nisme à l'appui des archives des Parisiennes.

Parisiennes citoyennes !, au musée Carnavalet, à Paris, est l’une des expo­si­tions les plus enthou­sias­mantes de l’automne. Au tra­vers d’archives pho­to­gra­phiques, de pein­tures, de textes, ou encore d’éléments sonores et vidéo, elle nous entraîne dans une longue et pas­sion­nante odys­sée his­to­rique, retra­çant les luttes que les femmes ont menées dans la capi­tale pour leur éman­ci­pa­tion. De la Révolution fran­çaise jusqu’à la loi sur la pari­té, c’est une his­toire du fémi­nisme qui nous est proposée.

Plus de deux siècles durant les­quels les citoyennes n’ont ces­sé de se battre pour le droit à l’instruction, de tra­vailler, les droits civils et civiques, la liber­té de dis­po­ser de son corps ou l’accès à la créa­tion artis­tique et cultu­relle. Toujours entre avan­cées et retours de bâton. Communardes, suf­fra­gettes, paci­fistes, résis­tantes, femmes poli­tiques ou syn­di­ca­listes, mili­tantes, artistes et intel­lec­tuelles enga­gées, tra­vailleuses en grève, elles sont nom­breuses, publiques ou ano­nymes, à avoir com­bat­tu, sous des formes diverses, pour leurs droits.

L’exposition, qui suit un par­cours chro­no­lo­gique, démarre pen­dant la Révolution, moment où elles gagnent du pou­voir et de l’autonomie au sein de la famille : capa­ci­té juri­dique, mariage civil, divorce, éga­li­té suc­ces­so­rale. Mais en 1804, le Code civil napo­léo­nien ins­crit dans la loi la domi­na­tion mas­cu­line : la femme mariée perd tous ses droits. En 1810, l’accès au divorce est res­treint et le meurtre com­mis par l’époux sur son épouse infi­dèle, jugé excu­sable. Sous Louis-​Philippe, la fémi­niste saint-​simonienne Louise Dauriat fait par­ler d’elle en deman­dant dans une péti­tion s’il est aus­si le roi de toutes les Françaises. En 1832 paraît, à l’initiative de saint-​simoniennes, le pre­mier jour­nal fémi­niste : La Femme libre.

Au même moment, George Sand cri­tique le « des­tin fémi­nin », alors qu’émergent les pre­miers mou­ve­ments socia­listes et leur uto­pie éga­li­taire. Durant la révo­lu­tion de 1848 appa­raît la can­di­da­ture fémi­nine aux élec­tions. Le Second Empire voit émer­ger les écoles mater­nelles, des cours secon­daires et des for­ma­tions pro­fes­sion­nelles pour les jeunes filles. Les citoyennes reven­diquent l’émancipation éco­no­mique et défendent l’idée qu’à tra­vail égal, le salaire doit être égal.

Le par­cours se pour­suit avec les com­mu­nardes et Louise Michel, mais aus­si l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux bles­sés, qui orga­nise des secours et dis­tri­bue le tra­vail pour les ouvrières. Ne ratez pas cette archive des pre­miers pho­to­mon­tages réa­li­sés pour dis­cré­di­ter les femmes de la Commune : l’ancêtre des fake news !

Vous croi­se­rez encore Hubertine Auclert et les suf­fra­gettes ; Séverine, pre­mière jour­na­liste pro­fes­sion­nelle ; Nelly Roussel, ora­trice liber­taire dont les per­for­mances atti­raient des mil­liers de per­sonnes ; les gar­çonnes d’après-guerre ; une célèbre pho­to­gra­phie de Willy Ronis immor­ta­li­sant la mili­tante com­mu­niste et syn­di­ca­liste Rose Zehner s’adressant aux ouvrières de Citroën à la veille d’une grève… Mais encore les fémi­nistes de Mai 68, les Gouines rouges et le Front homo­sexuel d’action révo­lu­tion­naire (FHAR).

Cerise sur le gâteau, l’expo est ponc­tuée de douze pan­neaux illus­trés par l’autrice de bandes des­si­nées Lisa Mandel, et des ren­contres auront lieu tous les pre­miers et troi­sièmes ven­dre­dis du mois, en soi­rée. Au pro­gramme : Michelle Perrot, Annette Lévy-​Willard, Axelle Jah Njiké, Anna Wanda Gogusey, Blanche Sabbah, Bibia Pavard, les Georgette Sand, Nos Lèvres révol­tées… entre autres !

Une expo­si­tion salu­taire tant se replon­ger dans les archives de l’Histoire des femmes, c’est non seule­ment se sou­ve­nir de ce qu’on leur doit, mais aus­si de ce qu’il nous reste à accomplir.

Parisiennes citoyennes ! Engagements pour l’émancipation des femmes (1789−2000). Musée Histoire de Paris Carnavalet, Paris, jusqu’au 29 jan­vier 2023.

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.