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© Nataliya Vaitkevich

Papillomavirus : qui a peur du vac­cin anti-HPV ?

Alors que démarre dans cer­tains col­lèges la cam­pagne de vac­ci­na­tion contre les papil­lo­ma­vi­rus humains, les inquié­tudes vont bon train. Entre mécon­nais­sance, dés­in­for­ma­tion et panique morale d'une par­tie de la popu­la­tion, les auto­ri­tés de san­té insistent sur l'efficacité du vac­cin anti-HPV.

Il serait "inutile pour les gar­çons", ren­drait "sté­riles" les jeunes filles ou pro­vo­que­rait la sclé­rose en plaques… La cam­pagne natio­nale de vac­ci­na­tion contre les papil­lo­ma­vi­rus humains (HPV), qui démarre ce lun­di 2 octobre, relance les débats et les inquié­tudes autour de ce vac­cin, mal connu et vic­time de dés­in­for­ma­tion, en France comme à l'étranger.

Avec cette cam­pagne – gra­tuite et non obli­ga­toire – le gou­ver­ne­ment espère désa­mor­cer la méfiance d'une par­tie de la popu­la­tion et rat­tra­per ain­si le retard de la France, où moins de la moi­tié des ado­les­cents sont vac­ci­nés contre les papil­lo­ma­vi­rus humains (contre plus de 80% en Suède). Alors même que ces virus sont à l'origine de près de 6.500 nou­veaux cas de can­cers (uté­rus, vagin, pénis, gorge…) chaque année dans le pays.

Face aux réti­cences expri­mée par une par­tie des familles, les "foires aux ques­tions" se mul­ti­plient donc, notam­ment sur les sites de l'Assurance mala­die et de l'Institut natio­nal du can­cer. Relayées jusque dans les boîtes mails des parents de col­lé­giens, ces réponses des auto­ri­tés de san­té sont for­melles : ce vac­cin, effi­cace contre l'infection aux HPV, per­met aus­si de réduire le risque de décla­rer un jour un cancer.

Passeport d’immoralité” 

"Bien sûr, une telle cam­pagne va pro­vo­quer des ques­tion­ne­ments, mais qui pour beau­coup mène­ront à une vac­ci­na­tion", estime le socio­logue Jérôme Gaillaguet, qui tra­vaille sur la ques­tion depuis plu­sieurs années, pré­ci­sant qu'il est "impor­tant de répondre aux ques­tions des parents". D'autant que, comme le sou­ligne la socio­logue des sciences Romy Sauvayre, une par­tie des familles vont cher­cher des réponses sur les réseaux sociaux, où pro­li­fèrent les fausses infor­ma­tions, de deux ordres : "le vac­cin pro­vo­que­rait de graves effets secon­daires, et ne serait pas efficace". 

Sur Internet, certain·es l'accusent ain­si de "pro­vo­quer l'insuffisance ova­rienne et donc la sté­ri­li­té des jeunes filles", ou assurent qu'on peut "acqué­rir une immu­ni­té natu­relle" au HPV, détaille Romy Sauvayre. Ce vac­cin pro­té­geant contre un virus sexuel­le­ment trans­mis­sible, il est aus­si la cible des plus reli­gieux, catho­liques comme musul­mans, certain·es y voyant "un pas­se­port d'immoralité".

Cette vac­ci­na­tion a beau être facul­ta­tive et sou­mise à l'accord des deux parents, des groupes Facebook conseillent d’ailleurs de "ne pas mettre son enfant au col­lège" le jour J. Pas fran­che­ment sur­pre­nant, quand on sait que la France, avant même la crise sani­taire du Covid, était déjà le pays le plus sujet à la “méfiance vac­ci­nale”. Et que les fake-​news et fan­tasmes sur le vac­cin anti-​HPV n'ont ces­sé d'essaimer depuis sa com­mer­cia­li­sa­tion, dans les années 2000. 

Malaises en Colombie, volte-​face au Japon

En Colombie, où quinze ado­les­centes avaient été prises de malaises après une vac­ci­na­tion col­lec­tive en 2014, des vidéos de ces éva­nouis­se­ments avaient pro­vo­qué une épi­dé­mie de symp­tômes simi­laires chez des cen­taines d'autres jeunes filles – un phé­no­mène attri­bué à un stress col­lec­tif par les scientifiques. 

En 2013, le gou­ver­ne­ment japo­nais avait, lui, dû faire machine arrière, deux mois seule­ment après le lan­ce­ment de sa cam­pagne de vac­ci­na­tion, à cause de doutes sur un lien entre l'injection et des "dou­leurs chro­niques". Après de nou­velles études ras­su­rantes, la répu­ta­tion du vac­cin a tou­te­fois été réha­bi­li­tée dans l'opinion publique japo­naise, de nou­veau acti­ve­ment encou­ra­gée à se faire vac­ci­ner depuis avril 2022.

En France, l'histoire du vac­cin anti-​HPV a, quant à elle, été mar­quée par le cal­vaire de Marie-​Océane Bourguignon, cette jeune fille ayant connu des symp­tômes proches de la sclé­rose en plaques après deux injec­tions. Son état s'est ensuite sta­bi­li­sé et la jus­tice l'a débou­tée de sa plainte contre le laboratoire.

Mais en juillet der­nier, le col­lec­tif E3M, qui accuse les vac­cins anti-​HPV de pro­vo­quer une mala­die non recon­nue, la myo­fas­ciite à macro­phages, a, à son tour, sai­si la jus­tice pour deman­der un mora­toire sur cette cam­pagne gouvernementale. 

Un vac­cin mécon­nu des Français·es

Dans ce contexte, "il est dif­fi­cile de par­ler d'acceptabilité du vac­cin anti-​HPV tant il y a de mécon­nais­sance", résume Elise Lavier, doc­to­rante en socio­lo­gie spé­cia­liste des vac­ci­na­tions hépa­tite B et HPV. De fait, selon une étude menée en 2022 par Santé Publique France, la moi­tié des per­sonnes inter­ro­gées ne connais­saient pas le vac­cin. Faut-​il s’en éton­ner ? En 2015, une étude de l’Inserm révé­lait que la majo­ri­té des méde­cins ne par­laient pas sys­té­ma­ti­que­ment de ce vac­cin à leurs patient·es.

"Si cette cam­pagne échoue, on va dire que les parents sont réti­cents, mais c'est sur­tout une affaire de mobi­li­sa­tion poli­tique et des pro­fes­sion­nels de san­té", pour­suit Élise Lavier, qui rap­pelle qu'en France "la prio­ri­té a long­temps été le dépis­tage orga­ni­sé plu­tôt que le vac­cin, très coûteux".

À ses yeux, la cam­pagne peut "rou­ti­ni­ser" une vac­ci­na­tion qui n'a rien d'évident. Car "il y a un trou dans la raquette" autour de la tranche d'âge visée : les 11–14 ans, qui ne consultent plus les pédiatres, ne sont pas encore confron­tés au virus, trans­mis sexuel­le­ment. D’où l’intérêt de la cam­pagne de vac­ci­na­tion qui vient de démarrer.

Lire aus­si I Papillomavirus : l’espoir de l’autotest

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