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Photo : Facebook de l'association Au coeur de nos enfants

“La loi fran­çaise est insuf­fi­sante” : une péti­tion pour récla­mer la cri­mi­na­li­sa­tion ren­for­cée des muti­la­tions géni­tales féminines

Lancée sur Change.org à l’initiative de l’association Au cœur de nos enfants, la pétition – qui a déjà obtenu plus de 28 000 signatures – appelle à renforcer la loi française relative aux mutilations génitales féminines, dans le sillage d'une future directive européenne pour mieux lutter contre ces violences.

Pour Au cœur de nos enfants, il est grand temps que la loi reconnaisse les excisions ou autres infibulations comme des violences de genre. L’association française de lutte contre l’excision a lancé à ce titre, fin février, une pétition demandant qu’elles soient érigées “en infraction pénale autonome dans le droit français”. Le texte a d’ores et déjà obtenu plus de 28 000 signatures. Fatoumata Konta, ambassadrice de l’association Au cœur de nos enfants, développe : “On parle beaucoup des violences faites aux femmes, ça en fait partie. On pense encore trop souvent que les pays européens ne sont pas concernés par les mutilations génitales féminines [MGF, ndlr]”, explique-t-elle à Causette, or “il y a aussi des filles européennes qui en sont victimes”.

“Des filles qui, comme moi, sont nées en France, et ont subi une excision”

Mardi 6 février 2024 - 12e Journée internationale de lutte contre l’excision –, le Parlement européen et les pays de l’UE sont parvenus à un accord sur “une première directive contre les violences faites aux femmes, pour mieux lutter contre les mutilations génitales féminines, le mariage forcé et la divulgation d’images intimes”, poursuit la pétition. Cette première étape pousse aujourd’hui l’association à réclamer au Parlement français une transposition de cet accord dans la loi nationale. En France, les auteur·rices de mutilations génitales féminines sont inculpé·es de violences ayant entraîné une mutilation permanente, une condamnation qui peine à prendre en compte le caractère genré de ces violences.

Si la France se révèle un pays “pionnier” dans la prise en charge des femmes excisées (selon le dernier rapport de l’Unicef), Fatoumata Konta – elle-même victime d’excision à l’âge de 16  ans – considère la loi française actuelle lacunaire en matière de sensibilisation et de condamnation des MGF. “La loi interdit de fait les mutilations génitales féminines en France, mais reste insuffisante. Je fais beaucoup de sensibilisation sur les réseaux sociaux, et j’ai énormément de retour de la part de filles qui, comme moi, sont Françaises, nées en France, et qui ont subi une excision lors de vacances au pays”, affirme-t-elle. Si le risque d’excision diminue grandement pour les filles nées en France (aujourd'hui, 3 % d’entre elles sont excisées, contre 45 % des filles nées dans un pays à risque), il n’est pas inexistant. “Quand j’ai su que j’allais être excisée, j’ai eu l’impression de retourner des siècles en arrière. J’en avais entendu parler, mais je ne savais pas qu’on pouvait être Française et en être victime”, confie Fatoumata.

Une légende

L’ambassadrice de l’association pointe du doigt le manque d’information qui entoure les MGF : “Je me dis que si j’avais eu une sensibilisation à l’école, en cours de SVT, peut-être que ça aurait pu m’alerter et j’aurais pu prendre mes précautions lorsque je suis partie au pays.” L’excision est souvent perçue comme une légende reléguée à des contrées lointaines, une vision qui contribue à rendre vulnérables les jeunes filles susceptibles d’être excisées et protège les auteur·rices de MGF. “Certaines PMI [Protection maternelle et infantile] surveillent, contrôlent les petites filles jusqu’à l’âge de 6 ans qui sont menacées par cette pratique. Mais de mon point de vue, l’Etat pourrait faire beaucoup plus. Je crois qu’il est important de parler de consentement, de dire que notre corps nous appartient, que ce soit pour protéger les enfants des viols, de l’inceste, mais aussi de l’excision”, poursuit Fatoumata Konta.

La représentante de l’association Au cœur de nos enfants appelle donc aussi à davantage de prise en charge médicale. À ce jour, aucun protocole n’est mis en place pour protéger les filles qui partent, ni de protocole de signalement si des MGF sont constatées. “Les médecins devraient être sensibilisés à cette pratique et connaître la loi pour en avertir les parents. Au retour du pays, pourquoi par ailleurs ne pas proposer un contrôle ou une visite médicale ?” interroge Fatoumata Konta. Cette dernière met également en avant des mesures dissuasives, comme la possibilité de “retirer les titres de séjour aux parents qui font exciser leur fille”. La loi de 2002 relative aux mutilations permanentes, ainsi que celle de 2013 relative à l’incitation aux MGFont permis de protéger certaines victimes, ou des filles menacées par les MGF, considère Fatoumata Konta. Mais elles ne font pas peur aux parents ou aux personnes qui les pratiquent. Parce qu’en 2024, des filles continuent à être excisées.”

Lire aussi I Au procès pour excision aux assises du Mans, l'incompréhension de la mère condamnée

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