Témoignages : en couple avec un asexuel

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© Birk Thomassen




Chaque mois, Causette donne la parole à un duo sentimental pour comprendre comment les visions divergentes de chacun·e n’empêchent pas (toujours) le ménage de tourner. Jérémy est asexuel, il n’éprouve pas d’attirance physique pour
ses partenaires. Après plusieurs échecs dans ses relations amoureuses, il a rencontré Kévin. Tous les deux, ils ont appris à communiquer pour pouvoir s’épanouir ensemble et séparément.







Jérémy

33 ans

« J’ai découvert que j’étais asexuel au mois de juin en regardant l’émission Ça commence aujourd’hui, sur France 2. Je me suis retrouvé dans les paroles de l’un des témoins. Contrairement à mon homosexualité, j’ai vécu cela comme un soulagement.
Quand j’étais en couple, je me forçais à avoir des relations sexuelles. J’allais d’échec en échec. J’ai toujours pensé que je n’avais pas de libido. À chaque début de relation, je prévenais mes partenaires. Au début, ils étaient compatissants. Et puis venaient les questions habituelles : “Pourquoi je ne t’attire pas ?”, “Je me sens pas désiré”. Ça fait culpabiliser. Moi, j’avais tendance à m’énerver. Je leur disais de me quitter ou que j’allais le faire pour les “libérer”.
Ce schéma s’est répété systématiquement dès mes 18 ans. Je suis longtemps resté célibataire pour éviter les problèmes. J’étais sur une application de rencontres – car, de temps en temps, j’ai quand même des envies –, et j’ai rencontré Kévin. Ça fait trois ans qu’on est ensemble. Au début, c’était pareil : il avait des questions, je m’énervais. Mais lui ne m’a jamais mis la pression malgré ses frustrations. C’est pour ça que ça a fonctionné entre nous.  
Après le reportage sur l’asexualité, on a longuement discuté de l’avenir de notre couple. L’amour a été plus fort. La question de l’exclusivité s’est posée. Au début, il n’a pas osé, puis il a été voir quelqu’un. Ça m’a fait un peu bizarre, un peu mal, même. On a exclu cette solution, mais si un jour il en a besoin et que ça met notre couple en péril, je le laisserai évidemment faire. 
Il nous arrive de faire l’amour, peut-être une fois par mois. Pour lui, car moi, je n’en retire aucun plaisir. Lui regarde des films pornos. On ne fait pas beaucoup de câlins non plus. Ça excite souvent l’autre et je ne veux pas créer de frustrations. J’adore les papouilles par contre, les caresses dans le dos. Pour moi, c’est comme faire l’amour. Notre intimité passe beaucoup par les mots – on se dit souvent “je t’aime” – et par les petites attentions : un petit cadeau, un repas… 
Aujourd’hui, je sens beaucoup moins de frustration de sa part. Je suis tombé sur une perle rare. On se marie début juillet ! » 

Kévin

37 ans

« Avant de connaître l’asexualité de Jérémy, le sexe était un sujet difficile à aborder. Il était souvent braqué, donc je n’insistais pas. Et je ne lui ai jamais mis la pression. Pour moi, faire l’amour, c’est du partage, les deux personnes y trouvent leur compte et il n’y en a pas une qui se force. Je lui avais posé des questions sur ses relations précédentes et comme c’était pareil avec eux, je ne me suis pas dit que son manque de désir venait de moi. J’étais dans l’optique de l’accompagner pour qu’il aille mieux.  
Je ne connaissais pas l’asexualité. Je cherchais un facteur extérieur. En regardant cette émission, mon cerveau a explosé ! J’entendais les mots de Jérémy. C’était pire qu’une évidence, une révélation. À partir de là, il s’est ouvert et on est entré dans une phase de construction de notre couple.
On a essayé la relation libre pendant deux mois. Je ne cherchais pas à remplacer mais à compléter, en quelque sorte. J’étais content de “tirer mon coup”, mais c’est une situation difficile à gérer, surtout qu’à cette période on était tous les deux au chômage. Quand je partais, je savais qu’il m’attendait à la maison. C’est pas durable, on ne s’épanouit pas comme ça. Aujourd’hui, on sait comment gérer. Je peux me passer de sexe. S’il n’a pas envie, je n’ai pas envie non plus. Pour moi, c’est une preuve d’amour, un acte partagé. J’attends que ça vienne de lui, car ça arrive de temps en temps, il y a plusieurs degrés d’asexualité. Il a aussi envie de me faire plaisir, il ne le voit pas comme une corvée.
Pour l’instant, ça ne me manque pas. Je viens de trouver un emploi, ça va m’occuper. Je me masturbe un peu plus aussi. En couple, je n’en avais pas besoin et me réservais pour mon partenaire. Maintenant, je le fais plus souvent. On partage d’autres choses, des séries, des jeux vidéo. On n’est pas très câlins, mais on se fait des bisous.
Si on peut donner un conseil aux couples qui se trouvent dans notre cas, c’est d’en parler pour trouver des solutions. C’est primordial de se connaître pour construire une relation. Et si la confiance est là, la communication est plus facile. » 

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