carsten kalaschnikow causette
© Carsten Kalaschnikow

Décohabiter pour sau­ver son couple

Chaque mois, Causette donne la parole à un duo sen­ti­men­tal pour com­prendre com­ment les visions diver­gentes de chacun·e n’empêchent pas (tou­jours) le ménage de tour­ner. Après une période de confi­ne­ments, Yaël a pro­po­sé à Mika de faire appar­te­ment à part pour pou­voir s’épanouir sans impo­ser son rythme à l’autre. Une expé­rience qui fait beau­coup de bien à leur relation. 

Yaël, 37 ans

« Cela fait trois ans que nous habi­tons ensemble et essayons de faire cor­res­pondre nos besoins de rythmes de vie. Le confi­ne­ment et le télé­tra­vail nous ont fait prendre conscience que la vie quo­ti­dienne à deux était trop com­pli­quée. Nos modes de fonc­tion­ne­ment psy­chique dif­fèrent ain­si que nos rap­ports à la dyna­mique entre fusion et autonomie.

Il y a la ques­tion du mode de vie : est-​ce qu’on mange avec l’autre, est-​ce que cela pose pro­blème que la vais­selle soit sale avant de se cou­cher… à quel rythme fait-​on le ménage… Puis il y a nos besoins psy­cho­so­ciaux : à quel moment on a besoin d’être seul·e ou, à l’inverse, d’être fusionnel·le. Nos goûts en matière d’aménagement inté­rieur sont aus­si dif­fé­rents, pour la déco­ra­tion comme pour la tolé­rance au désordre. J’ai besoin que les choses soient à leur place, mais, pour Mika, c’est trop de pres­sion de ran­ger constamment.

Nous ché­ris­sons davan­tage le temps pas­sé ensemble.

Dans un pre­mier temps, on s’est mis en colo­ca­tion avec un autre couple d’ami·es pour voir si cela chan­geait nos dyna­miques. Pour Mika, c’était mieux ; moins pour moi, car j’avais besoin d’avoir du temps seul·e. J’étais submergé·e par le bruit et le monde. On a ensuite pas­sé des vacances sépa­ré­ment et on s’est ren­du compte que cela fai­sait du bien d’être chacun·e dans sa bulle. J’ai donc quit­té la colo­ca­tion et j’ai pu amé­na­ger mon appar­te­ment en fonc­tion de mes troubles de l’attention.

Cela fait plu­sieurs mois que nous avons déco­ha­bi­té et cela a fait beau­coup de bien à notre couple. Nous nous voyons envi­ron deux fois par semaine, nous nous orga­ni­sons des rendez-​vous amou­reux (théâtre, res­tau­rant…). Nous ché­ris­sons davan­tage le temps pas­sé ensemble.

La déco­ha­bi­ta­tion, ce n’est pas un échec. Pour nous, il était sur­tout ques­tion de prendre en compte nos besoins indi­vi­duels et ce qui fai­sait du bien à notre dyna­mique de couple. Pour la socié­té, un couple doit for­cé­ment vivre ensemble, la plu­part de nos ami·es n’ont pas com­pris et ont cru qu’on se sépa­rait… Pourtant, nous sommes un couple queer, c’est habi­tuel pour nous de faire des choses non nor­ma­tives, mais il y a eu quand même de l’incompréhension. Dans l’avenir, on envi­sage de coha­bi­ter de nou­veau, peut-​être sur un grand ter­rain, avec des espaces séparés. » 

Mika, 36 ans

« C’était chouette de vivre ensemble, mais il y avait sou­vent des fric­tions, car nous avons des rythmes dif­fé­rents. On essayait de prendre nos repas ensemble, mais c’était à chaque fois l’un·e ou l’autre qui devait faire un com­pro­mis sur ses envies et ses besoins. Pareil pour les heures de cou­cher. Nous avons ten­dance à vou­loir fusion­ner, mais cela peut étouffer.

J’ai des pro­blèmes de san­té men­tale, j’essaie ­d’apprendre à mieux gérer mes émo­tions. Quand je suis au contact de Yaël, j’ai ten­dance à m’oublier com­plè­te­ment pour essayer d’être en phase avec iel.

Au bout d’un moment, on a admis que ce fonc­tion­ne­ment ne nous conve­nait pas. On a essayé de faire swit­cher le centre de gra­vi­té de notre rela­tion en expé­ri­men­tant la colo­ca­tion. Cette vie en com­mu­nau­té n’a pas conve­nu à Yaël, qui a besoin d’avoir un envi­ron­ne­ment qu’iel contrôle pour se sen­tir safe à la mai­son. Moi, à l’inverse, je me suis davan­tage épa­noui, alors je suis res­té dans la colo­ca­tion. Je peux me sen­tir iso­lé et avoir du mal à main­te­nir des rela­tions sociales, donc cela me fait du bien de voir d’autres per­sonnes au quotidien.

Quand on se voit, on est moins en pilote auto­ma­tique, on s’organise des sorties…

Cela n’a pas été évident, au début, de me retrou­ver seul. Je stres­sais, parce que j’avais peur de lea [pro­nom neutre com­plé­ment d’objet, ndlr] déce­voir ou qu’iel m’aime moins. Aujourd’hui, cela va beau­coup mieux. Avant, Yaël par­ta­geait avec moi tout ce qu’iel fai­sait, et je pou­vais me sen­tir nul à côté. Je m’épuisais par­fois à me connec­ter et à don­ner mon avis. Maintenant, quand on se voit, iel prio­rise cer­tains sujets de dis­cus­sion, cela acca­pare moins mon espace men­tal. Je me rends compte que j’étais constam­ment pré­oc­cu­pé par Yaël. Je fais aus­si des pro­grès sur ma san­té men­tale. J’apprécie de man­ger et de médi­ter à mon rythme.

Je ne veux pas voir le couple comme une rela­tion supé­rieure qui écrase les autres. On se manque par­fois, mais je pré­fère qu’on se manque plu­tôt que de retour­ner vers une fusion. Quand on se voit, on est moins en pilote auto­ma­tique, on s’organise des sorties…

Notre rela­tion évo­lue et peut-​être qu’on coha­bi­te­ra de nou­veau. On aime­rait avoir des enfants, donc il fau­dra inven­ter notre mode de paren­ta­li­té pour qu’il soit adap­té à nos besoins. » 

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