FEMALE PLEASURE LEYLA HUSSEIN
La Somalienne Leyla Hussein, l’une des cinq témoins du documentaire, milite contre les mutilations génitales. © Juste Doc

Barbara Miller : « Nous devons encore lut­ter contre l’objétisation de notre corps »

Cinq héroïnes, dans cinq pays dif­fé­rents, toutes sti­mu­lées par le même com­bat : se réap­pro­prier leur corps et leur sexua­li­té. Autant dire que le docu­men­taire de Barbara Miller brise bien des silences et des tabous.
Explications avec sa réa­li­sa­trice globe-trotteuse… 

Causette : Avec un tel titre, #Female Pleasure pré­sage d’un plai­doyer pour une sexua­li­té fémi­nine épa­nouie. S’agit-il uni­que­ment de cela ? 
Barbara Miller : Je tiens beau­coup au hash­tag du titre. Il est là pour signi­fier un com­bat et un droit : celui d’une sexua­li­té fémi­nine auto­dé­ter­mi­née. En clair, il sou­tient l’idée d’une réap­pro­pria­tion par les femmes de leur rôle de femme. Et de leur corps. Quelque chose qui, aujourd’hui encore, mal­heu­reu­se­ment, est étran­ger à la plu­part d’entre elles. Cela fait des siècles qu’on leur dit qu’elles ne valent rien et que leurs corps et leur sexua­li­té sont source de péché ; une parole abon­dam­ment relayée par les textes des livres saints des cinq grandes reli­gions. Quand bien même, aujourd’hui, la reli­gion a per­du sa supré­ma­tie dans nombre de socié­tés, ces idées per­durent. Bien ancrées dans nos esprits, nos cultures et notre quo­ti­dien de femmes. Cela dans le monde entier ! 

De quelle urgence est né votre docu­men­taire ?
B. M. : De deux urgences en fait. D’une part, et je pense que c’est une pre­mière, #Female Pleasure révèle l’oppression sys­té­ma­tique, sur tous les conti­nents, qui se cache der­rière l’oppression du corps des femmes. C’est vrai­ment glo­bal ! D’autre part, grâce à mon métier de grand repor­ter, je me suis ren­du compte que, pour la plu­part des femmes, la sexua­li­té n’est pas syno­nyme de plai­sir mais de devoir, et même de dou­leur. Nous devons encore lut­ter contre l’objétisation de notre corps, alors qu’on vit au XXIe siècle. C’est dingue ! Regardez com­ment le corps de la femme et sa sexua­li­té sont pré­sen­tés – humi­liés, vio­len­tés – dans la pub, les clips, sur Instagram ou dans les films por­nos… Il est plus qu’urgent d’en parler !

Les cinq femmes témoins qui nour­rissent votre enquête sont extra­or­di­naires. Comment les avez-​vous choi­sies ? 
B. M. : Après avoir réa­li­sé que toutes les grandes reli­gions dia­bo­li­saient les femmes, j’ai déci­dé de cher­cher une femme éle­vée dans cha­cune d’entre elles. Je cher­chais des femmes cou­ra­geuses, qui osent bri­ser les tabous et défendre leurs droits. Il était impor­tant pour moi qu’elles aient déjà entre­pris une démarche publique. Car cela signi­fiait qu’elles étaient conscientes du dan­ger. C’est d’ailleurs comme cela que je les ai trou­vées. Ainsi Deborah Feldman, ex-​juive has­si­dique de New York : je l’ai décou­verte à tra­vers Unorthodox, son best-​seller. Ou l’artiste japo­naise Rokudenashiko : c’est par son pro­cès que j’ai eu connais­sance de son tra­vail sur la vulve et le vagin. Je les ai ren­con­trées juste après, cha­cune sur leur lieu de vie, à New York, Tokyo, Londres, Delhi… J’ai tra­vaillé avec elles pen­dant presque cinq ans. Ce sont des femmes fortes, des acti­vistes nan­ties d’une éner­gie incroya­ble­ment posi­tive. Je les aime et les admire profondément.

#Female Pleasure, de Barbara Miller. En salles.

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