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Campement de migrants à Calais (Pas-de-Calais) 2021 © Licences Creative Commons

Une enquête ouverte pour des vio­lences poli­cières sur des migrants à Calais

Le par­quet de Boulogne-​sur-​Mer a ouvert début sep­tembre une enquête pour « d’éventuelles vio­lences com­mises par per­sonnes, dépo­si­taires de l’autorité publique » après le signa­le­ment d'associations, de vio­lences poli­cières sur deux migrants, à Calais fin août.

Le par­quet de Boulogne-​sur-​Mer (Pas-​de-​Calais) a ouvert une enquête début sep­tembre pour « d’éventuelles vio­lences com­mises par per­sonnes dépo­si­taires de l’autorité publique » après le signa­le­ment fin août de Human Right Observers (HRO). Ce col­lec­tif, qui réunit les asso­cia­tions Utopia 56 et l’Auberge des Migrants, vise à dénon­cer les vio­lences d’État per­pé­trées contre les per­sonnes en situa­tion d’exil à la fron­tière franco-​britannique, plus spé­ci­fi­que­ment à Calais et Grande-Synthe.

Les faits signa­lés à la jus­tice remontent à la nuit du 22 au 23 août. À 1 h 15 du matin, les équipes de l'association d’aide aux migrant·es Utopia 56 sont appe­lées pour une situa­tion de vio­lences poli­cières à l'encontre de per­sonnes exi­lées. Plus tôt dans la soi­rée, un groupe de migrants ori­gi­naires d’Erythrée s’était ren­du « sur le par­king d’une station-​service de Calais afin d’essayer de mon­ter dans un camion avec l’espoir de rejoindre le Royaume-​Uni », raconte l’association dans un com­mu­ni­qué.

À l’arrivée d’un camion de CRS sur les lieux, le petit groupe se scinde : une par­tie fait demi-​tour tan­dis que deux per­sonnes âgées de 18 ans res­tent seules sur le par­king. « Lorsque les CRS arrivent à leur niveau, l’un des poli­ciers porte un pre­mier coup au visage à cha­cune des deux per­sonnes », pour­suit l’association qui a recueilli les témoi­gnages des deux victimes.

« Un acte de préméditation ».

Selon leur témoi­gnage, les CRS les emmènent à l’écart dans une rue paral­lèle, « à l’abri des camé­ras » de sur­veillance de la ville. Un trans­fert qui consti­tue pour Utopia 56 « un acte de pré­mé­di­ta­tion ». C’est alors qu’environ sept CRS auraient « don­né [aux deux migrants] de nom­breux coups de pied au sol ». Après cela, « les CRS sont repar­tis en riant, lais­sant les deux per­sonnes bles­sées au sol », affirme l'association.

Contactés dans la fou­lée de l'agression, les pom­piers ont trans­por­té l’une des vic­times, « le visage en sang » à l’hôpital de Calais. Le cer­ti­fi­cat médi­cal éta­bli dans la nuit par un méde­cin fait état, selon le com­mu­ni­qué d’Utopia 56, « de sai­gne­ments et d’une dévia­tion de l’arête nasale (frac­ture), de dou­leurs à la pal­pa­tion tho­ra­cique, ain­si que de dou­leurs scro­tales ».

Briser l’omerta

Le len­de­main matin, l’association l’Auberge des Migrants reçoit un appel ano­nyme « d’une per­sonne se pré­sen­tant comme CRS à Calais et sou­hai­tant dénon­cer les vio­lences de la nuit pré­cé­dente », pour­suit le com­mu­ni­qué. La conver­sa­tion y a été retrans­crite : « C’est une autre sec­tion, un autre véhi­cule de la CRS 54, ils font pas­ser cela pour un acci­dent, c’est inac­cep­table, ils ont lais­sé le pauvre comme un chien aban­don­né, c’est ce genre de col­lègues qui nous font énor­mé­ment de tort », aurait alors aler­té le poli­cier au bout du fil. 

Le 31 août, Human Rights Observer signale ces élé­ments au pro­cu­reur de Boulogne-​sur-​Mer, Guirec Le Bras. Ce der­nier, contac­té par l’AFP, indique « avoir sai­si l’IGPN (Inspection géné­rale de la police natio­nale) de Lille pour enquê­ter sur les faits qui [lui] ont été signa­lés », pré­ci­sant que les inves­ti­ga­tions « com­men­çaient », rap­porte Libération. À l'annonce de l'ouverture de l'enquête le 8 sep­tembre, Utopia 56 a réagi sur Twitter, fai­sant savoir que l’association « [Fera] tout ce qui est en [son] pou­voir pour que les cou­pables soient punis et que ces vio­lences cessent véri­ta­ble­ment ».

Hausse des violences

En juin 2021, l’association s’inquiétait d’ailleurs de la hausse des témoi­gnages de vio­lences poli­cières dans la zone des départs vers la Grande-​Bretagne. « Une gra­vi­té encore jamais obser­vée à Calais », aler­tait à l’époque Utopia 56 dans un mes­sage pos­té sur Facebook. Malgré l'augmentation de ces témoi­gnages dénon­çant des vio­lences poli­cières, « seule­ment une mino­ri­té de ces situa­tions donnent suite à des enquêtes et des condam­na­tions », observe l'association.

Lire aus­si I Crise d'épilepsie dans un camp de réfugié·es à Grande-​Synthe : Utopia 56 dénonce un pro­to­cole sani­taire « raciste »

Mais à l’instar de cette récente affaire, une nou­velle don­née com­mence à émer­ger : le concours de cer­tains CRS et gen­darmes qui, en désac­cord avec ces agis­se­ments vio­lents, bri­se­raient l’omerta pro­fes­sion­nelle sur ces vio­lences. En 2020, à Calais, le témoi­gnage de gen­darmes avait déjà per­mis d’obtenir une condam­na­tion suite à des vols avec vio­lences de la part de leurs col­lègues contre un mineur étranger.

Lire aus­si l Aides aux exi­lées : les femmes au taquet

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