Salim Berrada
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Procès du “vio­leur de Tinder” : “aucune remise en ques­tion” de l’accusé et un pro­fil psy­cho­lo­gique “inquié­tant”

L’avocat géné­ral a inter­ro­gé mer­cre­di 27 mars des expert·es psy­chia­triques et psy­cho­lo­giques qui ont exa­mi­né Salim Berrada, accu­sé d’avoir vio­lé ou agres­sé dix-​sept femmes ren­con­trées sur Internet. Un pro­fil “inar­rê­table” qui ne pré­sente pas l’ombre d’une “remise en ques­tion” et inquiète sur de poten­tielles multirécidives.

Pas de “recon­nais­sance des faits”, aucune “remise en ques­tion”. L’expert psy­chiatre qui a exa­mi­né Salim Berrada, accu­sé d’avoir vio­lé ou agres­sé sexuel­le­ment dix-​sept femmes, a décrit mer­cre­di devant la cour cri­mi­nelle de Paris le pro­fil “très inquié­tant” du “vio­leur de Tinder” et un vrai risque de récidive.

Lors de la pro­cé­dure, l’avocat géné­ral Philippe Courroye inter­roge l’expert sur la “dan­ge­ro­si­té” de l’accusé, ex-​photographe de 38 ans. L’accusé nie avoir vio­lé des femmes ren­con­trées sur Internet, en dépit de l’accumulation à la barre de témoi­gnages de plai­gnantes qui ne se connais­saient pas. “Si les faits sont avé­rés”, répond l’expert témoi­gnant en visio­con­fé­rence, “c’est très inquié­tant”. L’avocat rap­pelle le nombre exor­bi­tant de plai­gnantes et le fait qu’à peine remis en liber­té, Salim Berrada est de nou­veau mis en exa­men pour des faits simi­laires. En s’appuyant sur ces élé­ments, la ques­tion est posée : “On peut dire que ça consti­tue un risque de réci­dive très impor­tant ?” L’expert confirme et se dit peu opti­miste, sur une pos­sible évo­lu­tion de Salim Berrada, même avec une injonc­tion de soins. “Les gens qui ne recon­naissent pas les faits n’avancent pas”, déplore-​t-​il.

L’accusé lon­gi­ligne, lunettes rec­tan­gu­laires sur son visage fin entou­ré d’une épaisse che­ve­lure fri­sée, a eu la parole pour un der­nier inter­ro­ga­toire réca­pi­tu­la­tif mer­cre­di après-​midi. “Vous avez été enten­du à dix-​sept reprises”, après chaque audi­tion de plai­gnante, lui dit le pré­sident Thierry Fusina. “Est-​ce que vous avez appris quelque chose à cette audience ?” “J’ai sui­vi atten­ti­ve­ment chaque témoi­gnage, pour com­prendre. Moi aus­si je veux réel­le­ment com­prendre”, répond l’accusé. Comprendre quoi ? “Leur atti­tude ou votre per­son­na­li­té ?”

Salim Berrada s’embarque alors dans une de ces “logor­rhées ver­bales” que lui reproche le pré­sident. Il évoque la “vie brillante” qu’il aurait dû avoir, sa prise de conscience du “mal ter­rible” qu’il a fait, mais redit sa cer­ti­tude que cer­taines des plai­gnantes se sont per­sua­dées qu’il était “un vio­leur” après les appels à témoins publiés sur les réseaux sociaux.

Lire aus­si l Le pro­cès du “vio­leur de Tinder”, Salim Berrada, s’est ouvert ce lun­di à Paris

Un "besoin de posséder"

Selon lui, d’autres “mentent” effron­té­ment et il a “pu pen­ser” de cer­taines “qu’elles étaient consen­tantes parce qu’elles ont dit ‘oui’ pour faire bonne figure”, concède-​t-​il à moi­tié. Pourtant les plai­gnantes, dont plu­sieurs ont la cer­ti­tude d’avoir été dro­guées, ont toutes assu­ré qu’il n’y avait aucun doute pos­sible sur leur absence de consentement. 

Salim Berrada voit une “réa­li­té” dif­fé­rente et sort les vio­lons : “J’étais un homme par­fai­te­ment égoïste qui ne pen­sait qu’à lui-​même”, qui n’avait “pas vrai­ment vécu d’adolescence” et qui a vu “le moment de vivre abso­lu­ment” ce qu’il vou­lait. Le pro­fil éta­bli par l’experte psy­cho­logue décrit un “gar­çon plu­tôt timide” pen­dant l’adolescence, qui a eu ses pre­mières rela­tions sexuelles à l’âge de 20 ans. Avant cela, face à une “mère indé­pen­dante qui s’occupait peu de ses enfants”, il avait dû “être irré­pro­chable”, “sans faille pour plaire à sa mère… mais il n’y a pas eu de retour”, dépeint l’experte.

Son rap­port est clair : “Pas besoin d’un doc­to­rat en psy­cho­lo­gie pour faire un lien entre ce manque du côté de sa mère et son rap­port aux femmes.” Il faut “séduire la femme pour pou­voir la reje­ter”, comme une “ven­geance” de sa mère, décrypte encore l’experte. Au pre­mier jour de l’audience, le pré­sident avait inter­ro­gé Salim Berrada sur sa mère, lui deman­dant si elle était encore “en vie”. Ce à quoi il avait répon­du : “Je pense. Je n’ai plus de nou­velles depuis un petit moment.

Comme l’expert psy­chiatre, l’experte psy­cho­logue remarque une “addic­tion” à la séduc­tion. De “grand roman­tique qui vou­lait vivre comme dans les livres”, il est pas­sé à l’homme froid qui notait ses phrases d’accroche pour les sites de ren­contre dans des tableaux Excel et les envoyait “par ving­taine”, a témoi­gné une amie. Salim Berrada a évo­qué “800−900” rela­tions sexuelles. “On ne serait pas plu­tôt dans une logique de pré­da­tion ?” demande l’avocat géné­ral. “Si les faits étaient avé­rés, effec­ti­ve­ment”, affirme l’experte qui conclut : “Il est inar­rê­table, plus il pos­sède, plus il a besoin de pos­sé­der.” La fin de cette affaire approche : les réqui­si­tions sont atten­dues jeu­di après-​midi avec un ver­dict ven­dre­di soir.

Lire aus­si l “Violeur de Tinder” : le consen­te­ment au centre du procès

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