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© Charlotte Alaux

Charlotte Alaux, co-​fondatrice des trot­ti­nettes pour fau­teuil rou­lant Omni : « Nos uti­li­sa­teurs sortent deux fois plus »

À l'occasion de la jour­née mon­diale de la créa­ti­vi­té et de l'innovation qui se tient ce ven­dre­di 21 avril, Causette a posé trois ques­tions à Charlotte Alaux, co-​fondatrice de l'entreprise Omni, qui com­mer­cia­lise des trot­ti­nettes élec­triques pour moto­ri­ser les fau­teuils rou­lants, et lau­réate du prix Simone Veil décer­né par la Région Île-de-France. 

Charlotte Alaux, âgée de 31 ans est en fau­teuil depuis ses quatre ans. Atteinte d'une leu­cé­mie infan­tile, une mau­vaise réac­tion à sa chi­mio­thé­ra­pie l'a para­ly­sée de la tête aux pieds. Petit à petit, elle a retrou­vé l'usage de ses membres supé­rieurs et, depuis 25 ans désor­mais, elle se déplace en fau­teuil rou­lant. Une expé­rience de vie qui a gui­dé ses enga­ge­ments puisqu'elle est co-​fondatrice de l'entreprise Omni, une socié­té fon­dée en 2018 qui com­mer­cia­lise des trot­ti­nettes élec­triques per­met­tant de moto­ri­ser n'importe quel fau­teuil rou­lant manuel. Cette inno­va­tion aide déjà plus de 800 per­sonnes à mobi­li­té réduite en France. 

Grâce à son com­bat, Charlotte Alaux a rem­por­té, le 11 avril der­nier, le prix Simone Veil des Trophées Elles de France, décer­né par la Région Île-​de-​France, récom­pen­sant une Francilienne pour sa déter­mi­na­tion et son enga­ge­ment dans une cause. Ce ven­dre­di 21 avril, alors que se tient la jour­née mon­diale de la créa­ti­vi­té et de l'innovation, Causette a inter­ro­gé Charlotte Alaux pour reve­nir sur son com­bat pour l'inclusion, alors même que la France a été épin­glée la semaine der­nière par le Conseil de l'Europe pour ses man­que­ments aux droits et à la liber­té des per­sonnes en situa­tion de handicap. 

Causette : Quel mes­sage souhaitez-​vous faire pas­ser en cette Journée mon­diale de la créa­ti­vi­té et de l'innovation ?
Charlotte Alaux :
Cette jour­née est l’occasion de faire un focus sur le han­di­cap et sur l’innovation liée au han­di­cap. Pour moi, c’est aus­si le moment de pro­mou­voir l'inclusion à toutes les échelles et de per­mettre de sen­si­bi­li­ser tout le monde à ce besoin. Mon conseil pour les per­sonnes qui sou­haitent mener des démarches d’innovation, c’est d’appliquer la méthode cen­trée sur l’utilisateur, ce qu’on appelle le « desi­gn thin­king ». L’idée, c’est de se mettre à la place de l’utilisateur final pour déve­lop­per des solu­tions. En uti­li­sant cette méthode, il y a beau­coup plus de chances que l’innovation réponde à un vrai besoin. Nous par exemple, avec Omni, on a d’abord déve­lop­pé beau­coup de petits pro­to­types, qu'on a appe­lé « quick and dir­ty », des bri­co­lages un peu moche réa­li­sés en trente minutes. Et petit à petit, en avan­çant par iti­né­rance, on s'est amélioré. 

Vous venez de rem­por­ter le Prix Simone Veil des Trophées Elles de France, qui met à l’honneur votre déter­mi­na­tion et votre enga­ge­ment à défendre une cause, celle de la mobi­li­té des per­sonnes en fau­teuil rou­lant. Que repré­sente pour vous cette recon­nais­sance ?
C. A. : J’ai été très tou­chée de rece­voir ce prix, d’abord parce que Simone Veil est un modèle pour moi, mais aus­si parce qu’il récom­pense ma déter­mi­na­tion et mon cou­rage. Recevoir un prix de la sorte, c’était l’un des sou­haits les plus chers de la petite fille que j’étais, qu’elle soit en fau­teuil rou­lant ou non. J’espère que les per­sonnes qui regar­de­ront le par­cours des femmes qui ont été récom­pen­sées pour les Trophées Elles de France se diront qu’il y a tou­jours des solu­tions qui existent pour s’en sor­tir. J’espère que ces per­sonnes se diront qu’elles seront tou­jours capables de mon­ter une start-​up, de gagner leur vie, d’être ambi­tieuses, et ceci qu’elles soient une femme ou non, en fau­teuil ou non. Que ces cri­tères ne sont pas des obs­tacles à l’innovation, bien au contraire. 

"On a iden­ti­fié que nos uti­li­sa­teurs sor­taient deux fois plus et ren­con­traient quatre fois plus de personnes."

Cette semaine, la France a été épin­glée par le Conseil de l'Europe sur ses man­que­ments en matière de droits et de liber­tés des per­sonnes en situa­tion de han­di­cap. Face à ce constat, com­ment envisagez-​vous l’avenir pour les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap ?
C. A. : Même si quo­ti­dien­ne­ment, nous, per­sonnes en fau­teuil rou­lant, fai­sons le constat que c’est com­pli­qué de se dépla­cer dans les espaces publics, on ne sou­haite pas deman­der aux élus de trans­for­mer radi­ca­le­ment les rues en enle­vant les pavés du Vieux-​Lille ou en apla­nis­sant les rues de Marseille. Non, ce n’est pas réa­liste et ce n’est pas sou­hai­table. Mais avec Omni, on pro­pose une solu­tion qui rend les mobi­li­tés élec­triques acces­sibles à tous pour ren­for­cer l'économie des per­sonnes à mobi­li­té réduite, afin que se dépla­cer dans l'espace public ne soit plus un obs­tacle. Et de fait, on per­met à ces per­sonnes de se déve­lop­per que ce soit dans leur vie pro­fes­sion­nelle et sociale. On a iden­ti­fié que nos uti­li­sa­teurs sor­taient deux fois plus et ren­con­traient quatre fois plus de per­sonnes. Aujourd'hui, ce qu’on demande aux pou­voirs publics, c'est d'accompagner le déve­lop­pe­ment de ces nou­velles mobi­li­tés élec­triques pour les per­sonnes à mobi­li­té réduite, comme c'est fait aujourd'hui pour les per­sonnes valides. Cela passe par exemple par des sub­ven­tions pour l'achat d'un vélo élec­trique pour les per­sonnes à mobi­li­té réduite. [Une trot­ti­nette élec­trique Omni coûte entre 999€ et 2080€. Le prix varie en fonc­tion de son auto­no­mie, ndlr] On est à moins de 500 jours des Jeux para­lym­piques de Paris, c’est le moment de déve­lop­per ces mobi­li­tés. Parce qu'aujourd'hui, on voit bien que la ville n’est pas prête à accueillir toutes ces per­sonnes en situa­tion de han­di­cap. La Ville de Paris a déve­lop­pé tout un tas d'infrastructures, qui per­mettent d'accueillir les mobi­li­tés douces, moi, j'estime que le moment est venu de rendre cet espace-​là inclusif.

À lire aus­si I Marie-​Amélie Le Fur : « Les ath­lètes olym­piques et para­lym­piques font du sport ensemble et vont faire les Jeux ensemble »

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