Législatives : Alma Dufour, la can­di­date Nupes qui veut trans­for­mer l’industrie du bas­sin rouennais

Série : Les primo-candidat·es en cam­pagne 3/​6

Issue du mili­tan­tisme éco­lo­gique, celle qui a été sur­nom­mée « enne­mie n° 1 d’Amazon en France » pour sa pro­pen­sion à faire capo­ter des pro­jets d’implantation d’entrepôts du mas­to­donte amé­ri­cain bat désor­mais la cam­pagne dans le Grand Rouen. Un ter­ri­toire ouvrier qui pour­rait, croit-​elle, deve­nir le labo­ra­toire d’une relo­ca­li­sa­tion indus­trielle répon­dant aux enjeux de la crise climatique.

280305473 1354374021733219 5338604405410490968 n
Alma Dufour © Basile Mesre-Barjon

« Je sou­haite obte­nir le pou­voir de voter des lois parce que le mili­tan­tisme, c’est le ton­neau des Danaïdes, réfléchit-​elle, atta­blée à un café. On lutte fron­ta­le­ment contre l’implantation des entre­pôts Amazon mais aus­si en sen­si­bi­li­sant la popu­la­tion sur le mal que l’entreprise fait à l’environnement comme à l’économie. Les gens se conscien­tisent puis oublient, c’est extrê­me­ment fati­gant de tenir la ligne contre Amazon en tant que mili­tant. » De pas­sage à Paris pour se prê­ter à une série d’entretiens avec la presse natio­nale, Alma Dufour a don­né rendez-​vous quar­tier Stalingrad. La jeune femme, deve­nue depuis la pré­si­den­tielle une figure média­tique de la France insou­mise qui l’a fait mon­ter à bord en jan­vier et lui a confié la par­ti­ci­pa­tion aux plans Plein emploi et Produire en France de son pro­gramme, y a conser­vé ses habi­tudes de sa pré­cé­dente vie. Quand, en décembre, elle n’était pas encore can­di­date aux élec­tions légis­la­tives sous l’étiquette Nupes mais sala­riée des Amis de la Terre.

Spécialiste des enjeux de sur­con­som­ma­tion pour l’ONG, elle a, de haute lutte faite de recours judi­ciaires et d’occupations de sites, empê­ché l’implantation de cinq entre­pôts Amazon à divers endroits du pays. Elle en a tiré le sur­nom d’« enne­mie n° 1 d’Amazon en France » parce que c’est elle qui s’est col­ti­né la lutte façon pot de terre contre pot de fer. « Des libraires et des jour­na­listes dénon­çaient les tur­pi­tudes d’Amazon, mais les ONG n’avaient pas trop inves­ti ce ter­rain de lutte, se souvient-​elle. Donc j’y suis allée avec les Amis de la Terre, et on peut se féli­ci­ter que ce tra­vail de longue haleine paie : mal­gré la pan­dé­mie et le confi­ne­ment, la part de mar­ché d’Amazon en France a recu­lé de 3 %, alors qu’ils ont raflé 20 % chez nos voi­sins européens. »

Une cir­cons­crip­tion meur­trie par Lubrizol

Le der­nier renon­ce­ment d’Amazon dû, entre autres, à l’activisme d’Alma Dufour, a jus­te­ment eu lieu en mars au cœur de cette qua­trième cir­cons­crip­tion de Seine-​Maritime (Le Grand Quevilly, Elbeuf, Grand-​Couronne…) qu’elle brigue. De quoi don­ner du grain à moudre à certain·es de ses adver­saires poli­tiques qui conspuent son para­chu­tage. Certes, la can­di­date de 32 ans est née dans le Gers et a gran­di dans le XXe arron­dis­se­ment de Paris. Mais, rétorque-​t-​elle, c’est pré­ci­sé­ment là sa sin­cé­ri­té : ce ter­ri­toire ouvrier, bas­sin de l’industrie tex­tile qui a déser­té dans les années 1970 et désor­mais terre d’accueil des groupes pétro­chi­miques meur­tri par la catas­trophe de Lubrizol, elle l’a choi­si. Parce qu’elle a lut­té contre l’établissement d’un nou­veau han­gar géant (160 000 m2 sur trois niveaux) de la mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine en lieu et place, à Petit-​Couronne, de l’ancienne raf­fi­ne­rie Petroplus déman­te­lée en 2013, et parce que ce n’était pas une siné­cure : com­ment ne pas paraître com­plè­te­ment hors-​sol lorsqu’on s’oppose à un pro­jet per­met­tant la créa­tion de 1 000 emplois – et 1 800 en période de pointe – dans une com­mune qui pla­fonne à 17 % de chô­mage, soit bien plus du double de la moyenne nationale ?

« Je ne veux pas être une acti­viste qui sys­té­ma­ti­que­ment s’oppose, je can­di­date à la dépu­ta­tion afin de me don­ner les moyens de mes idées, sou­tient Alma Dufour. Il existe un ave­nir de réin­dus­tria­li­sa­tion et de relo­ca­li­sa­tion des emplois en France, mais en choi­sis­sant d’aider à s’implanter des entre­prises qui font le plus sens pour ren­con­trer nos exi­gences de tran­si­tion éco­lo­gique. » Dans cette équa­tion, la can­di­date s’astreint donc à une vision à 360 ° de l’ensemble des élé­ments d’un dos­sier, bien au-​delà de ses seules inci­dences locales : oui, évi­dem­ment oui, au déve­lop­pe­ment indus­triel por­té par des lob­bies conscien­cieux, tels qu’En mode cli­mat, qui regroupe des marques de vête­ments cher­chant à relo­ca­li­ser leurs productions. 

Petroplus et bet­te­rave intensive

Oui aus­si, « même si ça a éton­né plus d’un jour­na­liste quand [elle l’a] dit », elle aurait été favo­rable à la pro­lon­ga­tion des acti­vi­tés de Petroplus, la raf­fi­ne­rie de la cir­con­crip­tion qui a fer­mé en 2013 (c’est le site de cette indus­trie que lor­gnait pré­ci­sé­ment Amazon). Une ques­tion de prag­ma­tisme, pro­ba­ble­ment dû à ses pré­oc­cu­pa­tions sociales et bien loin des cari­ca­tures qu’on fait par­fois des posi­tion­ne­ments de la gauche éco­lo, sa famille poli­tique d’origine. « Nous devons accom­pa­gner la décar­bo­ni­sa­tion de notre éco­no­mie et de nos acti­vi­tés, et l’Union popu­laire a un plan très ambi­tieux sur le sujet, sou­ligne celle qui a d’ailleurs fait d’un ancien délé­gué syn­di­cal de Petroplus, Olivier Bruno, son sup­pléant. Mais tant que toutes nos voi­tures ne sont pas élec­triques, je pré­fère une raf­fi­ne­rie locale à une raf­fi­ne­rie qui nous oblige à faire grim­per l’addition car­bone en trans­ports de car­bu­rants depuis très loin. »

Enfin, non, réso­lu­ment non au pro­jet actuel dit de la « méga­su­cre­rie » d’une socié­té dubaïote qui entend cibler les mar­chés de sucre du Moyen-​Orient et de l’Europe du Sud à l’aide de la culture inten­sive de bet­te­raves sur 75 hec­tares de friche dans le port de Rouen. « Il n’y a aucune rai­son qu’on cultive de la bet­te­rave avec des néo­ni­co­ti­noïdes [le gou­ver­ne­ment a levé l’interdiction de ces pes­ti­cides tueurs d’abeilles pré­ci­sé­ment pour culti­ver la bet­te­rave, ndlr] pour tuer l’activité des sucre­ries locales de ces pays », pointe la jeune femme qui tance les revi­re­ments de son adver­saire PS, Djoudé Merabet, sur le sujet.

"Petite conne" en Fabiusie

C’est là la dif­fi­cul­té d’être une jeune femme en poli­tique qui inves­tit le ter­ri­toire des élé­phants : en Fabiusie, les héritier·ères naturel·les du très-​longtemps-​député Laurent Fabius ont du mal à céder ce qu’ils et elles estiment être la place qui leur revient de droit, et le PS local n’a pas res­pec­té les enga­ge­ments du bureau natio­nal, inves­tis­sant Djoudé Merabet. Officiellement, côté PS, les rai­sons invo­quées sont celles des diver­gences idéo­lo­giques sur l’international avec la France insou­mise. Quoi qu’il en soit, ce sont jusqu’à pré­sent les inter­ac­tions avec les encarté·es PS qui ont été le plus rude pour Alma Dufour durant sa cam­pagne. « Des mili­tants m’ont sau­té des­sus dans la rue pour me crier que je n’étais pas la bien­ve­nue, que j’ai été para­chu­tée et que je suis une petite conne », raconte-​t-​elle. Voilà pour la réa­li­té du ter­rain. Quant aux réseaux sociaux, elle remarque que des hommes ont une fâcheuse ten­dance à venir lui expli­quer des sujets qu’elle maî­trise bien mieux qu’eux, celui d’Amazon au pre­mier chef. Face aux coups, elle s’endurcit bon gré mal gré, parce que, sait-​elle, « c’est le jeu de la poli­tique ».

Déterminée, on l’aura com­pris, Alma Dufour pense avoir sa chance les 12 et 19 juin, face à la dépu­tée Renaissance (ex-​LREM) sor­tante Sira Sylla et mal­gré les beaux scores du Rassemblement natio­nal à l’élection pré­si­den­tielle d’avril. Elle a pour elle d’avoir créé un ancrage local en lut­tant au sein des Gilets jaunes – le rond point des Vaches de Saint-​Etienne-​du-​Rouvray était l’un des cœurs bat­tants du mou­ve­ment –, y insuf­flant ses idées pour faire un pont entre éco­lo­gie et lutte contre la pau­vre­té. « Je viens de la moyenne bour­geoi­sie du côté de mon père, mais j’ai connu les fins de mois très dif­fi­ciles en vivant avec ma mère à leur sépa­ra­tion, elle dépen­dait du RSA, livre-​t-​elle. Les dis­cus­sions avec mon père, qui tra­vaille à la Cour natio­nale du droit d’asile, m’ont fait com­prendre que si on laisse la pla­nète encore se réchauf­fer, les guerres et les famines qui s’ensuivront vont créer un défer­le­ment de migra­tions. Et quand je vois des gens pauvres, je ne peux pas le sup­por­ter, parce que je vois ma mère. »

Lire aus­si l Législatives : face au can­di­dat de la Nupes, l’indépendante Sanaa Saitouli main­tient sa can­di­da­ture à Cergy

Partager
Articles liés
annick niquet 2

Des pseu­dos beaux comme les camions

Jacky42, L'Ouragan, Ange66 ou Fantastique : les pseu­dos des routier·ères, c'est tout une his­toire. Simples ou créa­tifs, ils en disent tou­jours beau­coup. C'est presque des mes­sages ambu­lants ins­crits sur une fausse plaque...

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.