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© Aiden Frazier / Unsplash

Le tra­vail, haut lieu de vio­lences pour les per­sonnes transgenres

Lorsqu’il a com­men­cé sa tran­si­tion de genre, Charly a eu l’impression de se méta­mor­pho­ser en “créa­ture” aux yeux de ses col­lègues. Questions indis­crètes et raille­ries sur ses trans­for­ma­tions phy­siques étaient deve­nues presque quo­ti­diennes. Une réa­li­té pour de très nom­breuses per­sonnes trans­genres et non binaires.

“J’ai cra­qué plu­sieurs fois, comme ce jour où, alors que je venais de me faire agres­ser dans la rue, mon patron m’a dit que je l’avais bien cher­ché”, raconte Charly. Comme d’autres per­sonnes trans­genres, l’employé d’un super­mar­ché en Bretagne – qui a débu­té sa tran­si­tion en 2020 – a été pris en étau entre un “har­cè­le­ment” au tra­vail deve­nu invi­vable et la néces­si­té de finan­cer des opé­ra­tions et trai­te­ments coû­teux. Selon une enquête de BCG Consulting, menée en 2023 auprès de 269 per­sonnes concer­nées, plus de 80 % des per­sonnes trans­genres et non binaires déclarent avoir vécu des expé­riences pro­fes­sion­nelles néga­tives lors des douze der­niers mois.

Transphobie ambiante

Parmi les offenses les plus citées dans cette enquête figurent le fait d’être “mégen­ré” (être dési­gné par son ancien pro­nom) et la mise à l’écart par des col­lègues. Plus grave, 43 % des répondant·es déclarent avoir été vic­times d’au moins une agres­sion ou incon­duite sexuelle au cours de l’année pas­sée. “Lors de mon entre­tien d’embauche, on ne m’a posé que des ques­tions cen­trées sur ce que j’avais dans ma culotte, se sou­vient Anne*. On m’a deman­dé par exemple si je me pros­ti­tuais ou si j’avais le sida.”

Les agres­sions ver­bales conti­nuent plu­sieurs mois après son embauche, jusqu’au jour où, lors d’une for­ma­tion, elle dit subir une ten­ta­tive de viol. “Lorsque j’ai pré­ve­nu ma hié­rar­chie, ils m’ont dit qu’ils ne vou­laient rien savoir.” Après une dépres­sion, Anne sai­sit la défen­seure des droits sans, à ce jour, avoir dépo­sé plainte. D’après Arnaud Alessandrin, socio­logue spé­cia­liste des ques­tions LGBTQIA+, seule­ment “3 % des vic­times de trans­pho­bie sai­sissent la jus­tice”, sou­vent “décou­ra­gées par la quo­ti­dien­ne­té des faits, qui crée un sen­ti­ment de bana­li­té, et la peur d’être mal reçues par les ins­ti­tu­tions”.

Un "par­cours du combattant"

Les conseiller·ères prud’homaux·ales manquent par ailleurs de for­ma­tion sur ces sujets, selon Me étienne Deshoulières, avo­cat d’associations comme Stop Homophobie, pour qui néan­moins “la France dis­pose de l’un des meilleurs arse­naux légis­la­tifs au monde [] contre la LGBT-​phobie”. Clémence, membre de SOS Homophobie char­gée des sujets liés à la tran­si­den­ti­té, ajoute cepen­dant : “Encore faut-​il pou­voir accé­der au tra­vail”, ce qui reste une “excep­tion” chez “les per­sonnes qui sont trans de manière visible”.

Ce “par­cours du com­bat­tant” pour trou­ver un emploi, Élisabeth, tra­vailleuse sociale spé­cia­li­sée dans l’autisme, l’a vécu : “Pré-​transition, quand j’envoyais un CV, on me rap­pe­lait – par­fois même le len­de­main ! Là, je n’ai eu aucun retour pen­dant huit mois.” Elle a dû recou­rir à son “dead­name” [ancien pré­nom] et se poser “la ques­tion de la dé-​transition par pres­sion sociale”, avant de décro­cher un emploi dans le sec­teur asso­cia­tif LGBTQIA+. 

Responsabilité de l'État

Faute de trou­ver un emploi, de nom­breuses per­sonnes trans­genres connaissent ain­si la pré­ca­ri­té, contraintes de vivre du tra­vail du sexe ou de mini­ma sociaux. La part de béné­fi­ciaires du RSA dans ce groupe est supé­rieure à la moyenne fran­çaise, affirme Arnaud Alessandrin. Selon Olivier Klein, délé­gué inter­mi­nis­té­riel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-​LGBT (Dilcrah), l’État “aide finan­ciè­re­ment les asso­cia­tions (comme OUTrans ou L’Autre Cercle) inter­ve­nant dans les écoles et les entre­prises” pour faire de la sen­si­bi­li­sa­tion à la tran­si­den­ti­té et des formations.

L’an der­nier, après la pré­sen­ta­tion du plan gou­ver­ne­men­tal de lutte contre la haine et les dis­cri­mi­na­tions anti-​LGBTQIA+ jusqu’en 2026, plu­sieurs asso­cia­tions avaient tou­te­fois regret­té le peu de place accor­dée à la ques­tion des “tran­si­den­ti­tés”. Les dis­cri­mi­na­tions envers les per­sonnes trans­genres devraient être ciblées par les opé­ra­tions de “tes­ting” – pra­tique visant à débus­quer les pra­tiques dis­cri­mi­na­toires en envoyant une can­di­da­ture ana­logue fic­tive – pré­vues par une pro­po­si­tion macro­niste en cours d’examen au Parlement, d’après Olivier Klein. Même s’il “reste beau­coup à faire”, les pou­voirs publics ont “conscience” du pro­blème, ajoute-​t-​il, alors qu’a lieu, dimanche, la Journée inter­na­tio­nale de la visi­bi­li­té transgenre.

* Le pré­nom a été modifié.

Lire aus­si I “L’autodétermination” des per­sonnes trans­genres à nou­veau sou­mise au Conseil d’État

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