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Accusation de viol au 36, quai des Orfèvres : les deux poli­ciers acquit­tés en appel

Les deux fonc­tion­naires accu­sés d'avoir vio­lé une tou­riste cana­dienne dans leurs bureaux de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) en avril 2014 ont fina­le­ment été acquit­tés en appel ce 22 avril. Ils avaient été condam­nés en pre­mière ins­tance, en jan­vier 2019, à sept ans de prison. 

Le ver­dict est tom­bé. Près de huit ans après les faits pré­su­més et trois ans après leur condam­na­tion en pre­mière ins­tance à Paris à sept ans de pri­son, Antoine Q., 43 ans, et Nicolas R., 52 ans, ont été décla­rés inno­cents. Jugés depuis trois semaines à Créteil, les deux poli­ciers qui avaient fait appel ont été acquit­tés ce ven­dre­di par la cour d’assises du Val-​de-​Marne. Ils étaient accu­sés du viol en 2014 d’une tou­riste cana­dienne dans les locaux de la PJ pari­sienne au 36, quai des Orfèvres. Un ver­dict qui s’oppose aux réqui­si­tions de l’avocat géné­ral Christophe Auger, qui avait deman­dé jeu­di leur condam­na­tion à sept ans de pri­son, comme en pre­mière ins­tance, esti­mant que cette « déci­sion était équi­li­brée », lors de son réqui­si­toire.

Hier, les avo­cats de la défense avaient plai­dé l’acquittement des fonc­tion­naires en contes­tant la « cré­di­bi­li­té » de la plai­gnante. Me Pascal Garbarini, avo­cat de Nicolas R., avait effec­ti­ve­ment mis en avant le fait que la par­tie civile, Emily S., avait été « diag­nos­ti­quée bor­der­line » par un expert, « ce qui veut dire qu’elle est d’humeur chan­geante » avait alors décla­ré l’avocat.

Les faits présumés 

Emily S., aujourd’hui âgée de 42 ans, ren­contre Nicolas R. et Antoine Q. alors membres de la pres­ti­gieuse Brigade de recherches et d’intervention (BRI), le soir du 22 avril 2014 dans un pub du 1er arron­dis­se­ment de Paris en face du 36. Les deux agents lui pro­posent une visite des célèbres locaux du quar­tier géné­ral de la police judi­ciaire, la tou­riste cana­dienne accepte. Lorsqu’elle entre au 36, quai des Orfèvres à 0 h 40, Émily S titube, joyeuse. Lorsqu’elle en sort, une heure plus tard, la femme est en état de choc et tota­le­ment effon­drée. Elle se rend dans un com­mis­sa­riat dénon­cer un viol où elle affirme que Nicolas R. et Antoine Q. l’ont for­cée à boire à nou­veau et lui ont impo­sé des fel­la­tions et des péné­tra­tions vaginales. 

Lire aus­si I Le pro­cès en appel des poli­ciers condam­nés pour le viol d'une tou­riste cana­dienne s'ouvre ce 4 avril 

« Est-​ce que ces rap­pro­che­ments au pub, ini­tiés par les accu­sés, signi­fient qu’elle serait d’accord pour mon­ter au “36” pour avoir des rap­ports sexuels ? Parce qu’une femme a une jupe courte ou des shorts, elle vou­drait for­cé­ment avoir des rap­ports sexuels ? », s’est indi­gné l’avocat géné­ral lors de son réqui­si­toire jeu­di, fus­ti­geant des idées « d’une autre époque ». « Ils pen­saient pou­voir avoir une rela­tion sexuelle consen­tie avec elle. Mais elle ne veut pas. Alors on lui sert un verre de whis­ky pour for­cer son consen­te­ment. Et il se passe ce qu’il se passe », a‑t-​il ajouté. 

« En état de stress aigu »

L’avocat s’est notam­ment appuyé sur « l’éclairage » appor­té par le pre­mier psy­chiatre à avoir reçu Emily S., quarante-​huit heures après les faits. Cette der­nière était selon le méde­cin, « en état de stress aigu ». Entendu au cours des débats, ce psy­chiatre a décla­ré que les « troubles psy­cho trau­ma­tiques » qu’elle pré­sen­tait alors « cor­res­pon­daient aux faits qu’elle dénonce »

Lors de l’instruction, la plai­gnante cana­dienne avait for­mel­le­ment iden­ti­fié les deux accu­sés. L'enquête avait d’ailleurs mon­tré que Nicolas R. avait envoyé une série de mes­sages à un troi­sième poli­cier pour l'inviter à les rejoindre le soir du 22 avril : « C'est une tou­seuse [pour par­tou­zeuse, ndlr]. Dépêche. » De plus, l'ADN d'Antoine Q., lequel plai­dait une péné­tra­tion digi­tale consen­tie dans la voi­ture qu’il avait uti­li­sée pour l’amener au « 36 », avait été pré­le­vé dans le vagin d'Emily S. « Hautement impro­pable » pour Christophe Auger que la péné­tra­tion ait été seule­ment digi­tale, l'ADN ayant été retrou­vé au fond du vagin de la plaignante. 

En 2019, après douze jours de débats et huit heures de déli­bé­ré, la cour d’assises de Paris avait décla­ré les deux poli­ciers cou­pables de viol. « Loin de s’appuyer sur le seul témoi­gnage de la par­tie civile, la cour a été convain­cue par un ensemble d’éléments scien­ti­fiques et tech­niques », énon­çait à l'époque le pré­sident, énu­mé­rant les exper­tises ADN et les ana­lyses de télé­pho­nie. Trois ans après, ils sont res­sor­tis libres du palais de jus­tice de Créteil. 

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