fbpx
capture decran 2022 04 29 a 11.52.12

"Rwanda : le silence des mots", ces femmes vio­lées par les sol­dats fran­çais cen­sés les protéger

Dans un docu­men­taire Arte, Gaël Faye et Michaël Sztanke donnent la parole à trois Rwandaises vio­lées en 1994 par des sol­dats fran­çais de l’Opération Turquoise.

Le titre l’annonce, tout se joue au niveau sonore dans ce docu­men­taire Arte. Bien sûr, les images sont belles. Lumière dif­fuse d’avant l’orage, lents plans appe­lant à la contem­pla­tion. Du vent dans les arbres du pays aux mille col­lines, des mains de femmes dans la terre ou sur le dos d’un patient, du linge mis à sécher, ber­cé par la musique grave de Guillaume Poncelet. Entrecoupées par les pay­sages, des femmes sou­vent silen­cieuses qui se tiennent bien droites. Marie-​Jeanne, Concesa et Prisca, toutes les trois Tutsi, remontent le fil de leur mémoire meur­trie il y a presque 30 ans. Elles com­mencent par racon­ter l’horreur des mas­sacres per­pé­trés par les Hutu envers leur eth­nie en 1994, sur lequel Michaël Szantke, co-​réalisateur avec l’auteur-compositeur franco-​rwandais Gaël Faye, a déjà réa­li­sé un repor­tage. Meurtres, muti­la­tions, viols, rien n’est trop glauque pour le der­nier géno­cide du 20ème siècle. Et les sau­veurs s'avèrent par­fois aus­si barbares. 

En juin 1994, la France envoie 2 500 mili­taires sur place dans le cadre de l’Opération Turquoise, sou­te­nue par la réso­lu­tion 929 de l’ONU qui vise à « contri­buer, de manière impar­tiale, à la sécu­ri­té et à la pro­tec­tion des per­sonnes dépla­cées, des réfu­giés et des civils en dan­ger au Rwanda ». Les sur­vi­vantes des hor­reurs per­pé­trées par les Hutu se croient enfin en sécu­ri­té lorsqu’elles atteignent le camp de Nyarushishi, au sud du pays. « On croyait naï­ve­ment que le blanc était un sau­veur » racontent-​elles. Espoir fra­cas­sé les nuits où des sol­dats fran­çais passent faire leur mar­ché dans les tentes des femmes, violent et prennent des Polaroïds de leurs crimes. Le sen­ti­ment d’impunité semble total et ne sera d'ailleurs pas démen­ti par la suite. Ces femmes, qui « [peuvent] tout oublier mais pas ce qu’[elles ont] vécu à Nyarushishi », ont por­té plainte en 2004 et en 2012 contre X auprès de la jus­tice fran­çaise – « seule la jus­tice peut m’aider à sur­mon­ter ma dou­leur et à recon­naître offi­ciel­le­ment ma souf­france », souffle l'une d'elles. Les dos­siers sont tou­jours en cours d’instruction. « L’histoire d’un géno­cide ne finit jamais de s’écrire », conclut Gaël Faye, voix off très discrète. 

Rwanda : le Silence des mots. Michaël Sztanke et Gaël Faye, Arte, 53 minutes, dis­po­nible sur Arte.fr.

Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés
hs9 clarenore stinnes 2 l capture ecran youtube

Clärenore Stinnes, pilote à fond la caisse

À 24 ans, elle inflige une dégelée à ses adversaires masculins lors d’un rallye international. Puis, cumulant les victoires, Clärenore Stinnes se lance, deux ans plus tard, dans un tour du monde en voiture. Le premier du genre.