VIOLETTE LEDUX
© Гарбацкі /Wikimedia

“Ravages”, le roman les­bien culte de Violette Leduc res­sort dans une ver­sion non censurée

En réédi­tant sans aucune cen­sure Violette Leduc, une autrice qui sen­tait le soufre après-​guerre, Margot Gallimard secoue par son fémi­nisme l’arbre généa­lo­gique de la célèbre lignée d’éditeur·rices dont elle est issue.

Ravages, œuvre emblé­ma­tique de la lit­té­ra­ture les­bienne, avait subi des coupes sévères lors de sa pre­mière publi­ca­tion par les édi­tions Gallimard en 1955, dans la col­lec­tion Blanche. Au grand déses­poir d’une Violette Leduc “bri­sée” quand elle s’y est rési­gnée. Un demi-​siècle envi­ron après sa mort, voi­ci Ravages, édi­tion aug­men­tée, sor­ti le 2 novembre dans la col­lec­tion L’Imaginaire. Et Margot Gallimard, 35 ans, y est pour beau­coup, elle qui dirige cette col­lec­tion. La troi­sième fille d’Antoine Gallimard, petite-​fille de Claude, arrière-​petite-​fille de Gaston, est une héri­tière qui trace sa propre voie. “Je n’ai pas l’impression de rompre avec quoi que ce soit : c’est la conti­nui­té de l’histoire fami­liale. Quand mon père a créé L’Imaginaire, dans les années 1970, il était un peu en marge, ancien soixante-​huitard… Je veux aus­si por­ter mon atten­tion vers les marges”, a‑t-​elle expli­qué à l’AFP. Cette col­lec­tion se concen­trait sur la “réédi­tion d’œuvres lit­té­raires tan­tôt oubliées, mar­gi­nales ou expé­ri­men­tales d’auteurs recon­nus, tan­tôt esti­mées par le pas­sé mais que le temps a pu éclip­ser”.
Margot Gallimard, qui l’a reprise en 2021, lui a don­né “un souffle inclu­sif, queer et fémi­niste”, comme elle le disait au maga­zine Les Inrockuptibles. Elle confiait alors son rêve de retrou­ver le manus­crit com­plet de Ravages. Cela n’a pas été pos­sible : “Je ne sais pas ce qu’on en a fait”, regrette l’éditrice, d’abord for­mée au ciné­ma. Mais “ce dos­sier que mon pré­dé­ces­seur avait lan­cé, je l’ai repris et j’en ai fait un com­bat per­son­nel. Ça a été long : deux ans et demi où il a fal­lu convaincre les ayants droit, conci­lier les trois spé­cia­listes qui avaient cha­cun des sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes et des domaines de pré­di­lec­tion. Ils ont four­ni un tra­vail tita­nesque. Et on y est arri­vé”.

“Banalité du couple lesbien”

Reconstituée à par­tir de mul­tiples écrits de l’autrice, l’édition aug­men­tée est une ver­sion sans doute très proche de celle qu’avait appor­tée Simone de Beauvoir, amie de Violette Leduc, aux pontes de Gallimard en 1954. Le texte de la pre­mière édi­tion de ce roman d’éducation est conser­vé en noir, et les pas­sages sup­pri­més à l’époque sont réta­blis à l’encre vio­lette. Alexandre Antolin, auteur d’une thèse de doc­to­rat sur ce “cas de cen­sure édi­to­riale” à l’université de Lille, est l’un de celles et ceux qui ont contri­bué à réta­blir ce texte dans son inté­gra­li­té. “Indiquer les pas­sages cou­pés en vio­let, c’était l’idée des édi­tions Gallimard pour faire res­sor­tir ce qui n’était pas dicible en 1954. Il n’y a là rien de cho­quant, pas de scènes de sexe extra­or­di­naires comme on pour­rait le croire, explique-​t-​il. Non, ce qu’on a sup­pri­mé, ce sont des choses comme la bana­li­té du couple les­bien, les vio­lences médi­cales, à une époque où non seule­ment l’avortement est inter­dit, mais aus­si sa pro­mo­tion.” Avec ce roman, “Violette Leduc aurait été la pre­mière [autrice, ndlr] à faire le récit d’une vie homo­sexuelle qui se ter­mine sans une sanc­tion comme la pri­son, la mort, des mal­heurs extrêmes”, poursuit-​il.
Antoine Gallimard, 76 ans, père de quatre filles, n’a rien lais­sé fil­trer sur ses pro­jets quant à sa suc­ces­sion à la tête du groupe Madrigall (Gallimard, Flammarion, P.O.L, Minuit, Casterman, etc.). Mais d’après des sources concor­dantes, ce groupe fami­lial est pré­pa­ré au jour où il sou­hai­te­ra pas­ser la main. L’aînée, Charlotte Gallimard, 43 ans, dirige les édi­tions Casterman. La puî­née, Laure, 40 ans, la petite enfance chez Gallimard Jeunesse. Enfin, la
ben­ja­mine, Louise, 21 ans, étu­diante, ne se dirige pas vers l’édition.

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