Sidonie au Japon
Sidonie au Japon © 1015! Production/Lupa Films/Box Productions

“Sidonie au Japon”, “Quelques jours pas plus”, “Il pleut dans la mai­son” : les sor­ties ciné de la semaine

Une écri­vaine pari­sienne croise le fan­tôme de feu son mari lors d’un voyage au Japon, un rocker rou­blard s’attendrit au contact d’un réfu­gié afghan, une sœur et un frère adolescent·es passent leur der­nier été ensemble dans une Belgique cani­cu­laire : voi­ci les sor­ties du 3 avril.

Sidonie au Japon

C’est à un voyage tout en dou­ceur et malice que nous convie Élise Girard. Un voyage dans un Japon de carte pos­tale, jalon­né de ceri­siers en fleurs, de ben­tos goû­teux et de fan­tômes facé­tieux. Un voyage au côté d’une héroïne légè­re­ment dépha­sée : écri­vaine de pro­fes­sion, par­tie à contre­cœur à l’autre bout du monde à l’occasion de la res­sor­tie de son pre­mier best-​seller, Sidonie se retrouve nez à nez avec son mari décé­dé ! Une ren­contre inopi­née qui va lui faire perdre ses der­niers repères et lui offrir, peut-​être, enfin, un nou­veau départ…

Assez irré­sis­tible de beau­té zen, cette esca­pade nip­pone, qui s’offre le luxe de bous­cu­ler les codes du récit d’apprentissage (Sidonie est une femme mûre), nous trans­porte à tout point de vue ! Grâce en soit ren­due, d’abord, à la finesse de son scé­na­rio. Coécrit avec Sophie Fillières, cinéaste (décé­dée en juillet 2023) experte en comé­dies per­chées (Gentille, La Belle et La Belle), Sidonie au Japon mul­ti­plie les déca­lages futés.

Ainsi, alors que Sidonie est cen­sée décou­vrir un pays répu­té pour son effer­ves­cence et sa forte den­si­té démo­gra­phique, elle ne cesse de déam­bu­ler dans des espaces vides (l’aéroport, l’hôtel, les rues et jar­dins alen­tour). Une manière fine de nous dire son iso­le­ment (elle ne connaît ni la langue ni la culture japo­naise). Une façon déli­cate, aus­si, de la ren­voyer à ses silences (elle ne par­vient plus à écrire depuis la mort de son mari). Et puis il y a le ton du film, entre tris­tesse pro­fonde, rêve­rie déli­cate et bur­lesque assu­mé : ces rup­tures racontent on ne peut mieux, elles aus­si, le périple incer­tain, mal­adroit, mais fina­le­ment répa­ra­teur de Sidonie. Jusqu’au tendre rap­pro­che­ment avec son édi­teur qui l’accompagne tout le long…

Bien sûr, ce roman­tisme peut sem­bler un brin désuet, sinon à l’eau de rose. Mais la pré­sence d’Isabelle Huppert au géné­rique empêche jus­te­ment de ver­ser dans un excès de miè­vre­rie. Idéale de rai­deur, elle brille de sobrié­té et d’humour, mais oui, dans le rôle cen­tral (évi­dem­ment !) de Sidonie. Si ce doux voyage au pays du Soleil-​levant séduit autant, c’est aus­si grâce à elle, grande comé­dienne qui sait se réin­ven­ter à chaque film-escale.

Sidonie au Japon, d’Élise Girard. 

Quelques jours pas plus

En voi­là une comé­die maligne et fine­ment trous­sée ! Le pre­mier long-​métrage de Julie Navarro, adap­té d’un roman déso­pi­lant signé Marc Salbert (De l’influence du lan­cer de mini­bar sur l’engagement huma­ni­taire, aux édi­tions de La Dilettante), oscille entre rom’ com, chro­nique sociale et bur­lesque non­cha­lant pour le meilleur. Pas si cou­rant dans le ciné­ma français !

Se jouant des cli­chés avec gour­man­dise, il met en scène la ren­contre d’Arthur, cri­tique rock en dis­grâce, avec Mathilde, char­mante res­pon­sable d’une asso­cia­tion huma­ni­taire. Une col­li­sion d’autant plus frap­pante qu’elle démarre sur un coup de matraque assé­né au dit jour­na­liste night-​clubber lors de l’évacuation mus­clée d’un camp de migrants, avant de rebon­dir sur un coup d’éclat : il va accep­ter d’héberger Daoud, un jeune Afghan clan­des­tin, afin de séduire la dame ! Surprise : une bro­mance inat­ten­due va finir par se nouer entre le jeune réfu­gié mûri trop vite et le vieux post-​ado rivé à sa musique, ses idoles et son nombril…

De fait, Quelques jours pas plus étonne à plus d’un titre. D’une part, il donne à voir autre­ment, en mode léger mais enga­gé, la pro­blé­ma­tique sérieuse des migrant·es. Gentiment déca­pant ! Et, d’autre part, il offre son meilleur rôle à Benjamin Biolay, savou­reux d’autodérision en rocker rou­blard (sans oublier Camille Cottin, qui joue sa dul­ci­née sans fausse note, et Amrullah Safi, acteur non pro­fes­sion­nel qui épate de jus­tesse et de sagesse dans le rôle de Daoud).

Quelques jours pas plus, de Julie Navarro.

Il pleut dans la maison

À la lisière du docu­men­taire et de la fic­tion, le film de Paloma Sermon-​Daï semble assez emblé­ma­tique, au départ, du ciné­ma social belge. Dans le sillon natu­ra­liste, en gros, des frères Dardenne. Il pleut dans la mai­son raconte en effet le der­nier été (ora­geux) d’une sœur et d’un frère adolescent·es avant que la vie, âpre et pré­caire, ne les sépare. Soudée comme jamais dans une mai­son qui fuit de toutes parts (la mère, alcoo­lique, n’y fait que de brefs pas­sages), cette fra­trie débrouillarde se pré­pare, de fait, à entrer dans l’âge adulte… Déjà vu ? Eh bien, pas tout à fait ! En dépit de ce contexte pré­caire, et de sa vio­lence sous-​jacente, le récit mini­ma­liste de Paloma Sermon-​Daï sur­prend par sa lumière, sa cha­leur, voire sa légè­re­té appa­rente… Même s’il est per­tur­bé, çà et là, par des moments de ten­sion ou de creux, rac­cord avec l’âge flot­tant des pro­ta­go­nistes et leur situa­tion périlleuse. Reste que le natu­rel ébou­rif­fant de Purdey et Makenzie Lombet, frères et sœurs dans la vraie vie, par­ti­cipe pour beau­coup du charme solaire de l’ensemble.

Il pleut dans la mai­son, de Paloma Sermon-Daï.

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