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© Pyramide Distribution

Pomme : “Aujourd’hui encore, être femme et ambi­tieuse, c’est compliqué”

On n’attendait pas for­cé­ment Claire Pommet, alias Pomme, dans un pre­mier rôle au ciné­ma. On avait tort… Car la jeune musi­cienne est for­mi­dable de cha­risme et de jus­tesse dans La Vénus d’argent, un beau thril­ler intime qui parle d’ambition au fémi­nin, mais aus­si d’identité de genre. Explications entre deux dates de tournée… 

Causette : Vous êtes une musi­cienne accom­plie, recon­nue comme telle… Et là, sur­prise, on vous découvre en tête d’affiche de La Vénus d’argent ! Le ciné­ma, c’est juste un pas de côté ou c’est une envie qui vous tient à cœur depuis long­temps ? 
Pomme : En fait, actrice, c’est un peu le métier qui me fai­sait rêver quand j’étais petite. J’ai même pas­sé pas mal de cas­tings quand j’avais 8, 9 ans. Tous infruc­tueux ! Je pense notam­ment à celui de La Môme, pour jouer le rôle d’Édith Piaf enfant… que je n’ai pas eu, donc [rires] ! Mais je ne regrette rien, car ma tra­jec­toire a été super chouette. J’ai eu la chance de tra­vailler très jeune dans la musique. Je crois qu’à l’époque j’avais sur­tout envie de per­for­mer, que ce soit sur scène ou devant une camé­ra. Finalement, le ciné­ma et moi, ça a juste été une ques­tion de tem­po. L’envie m’a rat­tra­pée au moment du Covid, pen­dant le pre­mier confi­ne­ment, alors que j’étais retour­née vivre chez mes parents. Comme beau­coup de gens, j’ai eu l’impression qu’on allait tous mou­rir, et c’est là que je me suis dit : je veux faire un film avant ! Mais par-​delà ce contexte très par­ti­cu­lier, j’avais aus­si le désir de dépla­cer mon ego, de recom­men­cer, de repar­tir de zéro…

La lettre que vous avez publiée dans Médiapart le 11 février 2021 – De là où je suis, j’ai déci­dé de dire les choses, pour évo­quer les vio­lences sexistes et sexuelles qui minent l’industrie musi­cale – semble avoir été déci­sive dans l’envie qu’a eue Héléna Klotz, la réa­li­sa­trice, de tra­vailler avec vous… 
Pomme : Je ne l’ai appris qu’assez tar­di­ve­ment, lors d’une inter­view qu’elle a don­née au Festival de Toronto, après le tour­nage. J’ai trou­vé ça hyper chouette qu’elle soit venue à moi par le biais de mon enga­ge­ment. Mais je n’ai pas été sur­prise, car Héléna est très enga­gée elle aus­si. Son film pos­sède d’ailleurs plein d’aspects poli­tiques, mais pas de manière fron­tale. Le fait qu’elle ait ancré son récit dans le quo­ti­dien d’un per­son­nage fémi­nin qui évo­lue dans un milieu mas­cu­lin, c’est déjà poli­tique. À tra­vers cette héroïne se noue l’idée de faire une révo­lu­tion, mais une révo­lu­tion douce, par le cinéma. 

Jeanne, votre per­son­nage, se pré­sente comme non binaire, une rare­té dans le ciné­ma fran­çais. Selon vous, cette non-​binarité est-​elle liée à son sta­tut de fille dans un monde de gar­çons, jus­te­ment, ou est-​ce plus pro­fond ?
Pomme : Jeanne est une per­sonne dif­fi­cile à sai­sir, et c’est aus­si pour ça qu’elle est inté­res­sante, mais je pen­che­rais plu­tôt pour la pre­mière option. À savoir un per­son­nage fémi­nin obli­gé d’épouser les codes de la mas­cu­li­ni­té. Disons qu’elle tente d’être la plus neutre pos­sible. Après, c’est un per­son­nage en construc­tion… Mais elle ne rentre pas dans les codes, c’est sûr. Je crois que c’est ça qui est impor­tant à retenir. 

D’ailleurs, elle ne res­pecte pas plus les codes sociaux, puisque cette fille de gen­darme veut à tout prix s’extraire de son milieu et deve­nir tra­der. Que connaissiez-​vous de la haute finance, vous, avant d’incarner Jeanne ?
Pomme : Je ne connais­sais pas du tout ! C’est très loin de mon uni­vers même si, au bout du compte, tous les milieux de pou­voir se res­semblent. Du coup, j’ai ren­con­tré pas mal de gens en amont du tour­nage, des tra­ders juniors, filles et gar­çons, pour com­prendre, m’imprégner. Et l’une des choses qui m’ont frap­pée, c’est qu’il était hors de ques­tion pour les filles de ne pas por­ter une jupe et des talons aiguilles pour aller tra­vailler, donc de ne pas être hyper fémi­nines. En cela, Jeanne est un per­son­nage vrai­ment trans­gres­sif, car elle, elle n’a pas envie d’être réduite au fait d’être une fille. Elle ne veut pas que cela soit un sujet. 

Au fond, Jeanne est une héroïne dépla­cée, à plein d’égards. Mais vous ne pen­sez pas que la ques­tion de trou­ver sa place, ou de la prendre, en agite une autre ? À savoir… com­ment être femme et ambi­tieuse dans un monde d’hommes ? 
Pomme : Tout à fait ! Et j’en parle en connais­sance de cause… D’ailleurs, je me suis com­plè­te­ment iden­ti­fiée à sa quête de réus­site, son par­cours rejoi­gnant la façon dont j’ai construit ma car­rière. Comme elle, je suis par­tie de ma famille très jeune, à 17 ans. Par ailleurs, les thé­ma­tiques abor­dées dans le film sont trans­po­sables dans le domaine de la musique. Celle de l’argent, par exemple. Ainsi moi, en tant que musi­cienne [Pomme est autrice-​compositrice et inter­prète, ndlr], j’ai à dea­ler avec un pro­jet qui génère de l’argent. Or pour beau­coup de gens, aujourd’hui encore, le fémi­nin et l’argent sont deux notions anta­go­nistes, puisque his­to­ri­que­ment les femmes n’ont pas l’argent et qu’elles ne s’occupent pas des finances. Donc il y a une sorte de guerre… De toute façon, dans tous les milieux où ce type de hié­rar­chie existe, c’est com­pli­qué l’ambition pour une fille !

La musique et les voix occupent une place impor­tante dans la tex­ture sin­gu­lière, élé­gante, sty­li­sée, de ce film en forme de thril­ler intime. En quoi le fait d’être musi­cienne vous a‑t-​il aidée, fina­le­ment ? 
Pomme : Déjà, comme je fais de la scène, des clips, il m’est facile d’être regar­dée. Et puis j’ai eu le pri­vi­lège de chan­ter sur la BO, à la fois une com­po­si­tion et une impro­vi­sa­tion. Pourtant, l’impro, c’est un genre dans lequel je ne m’aventure jamais, car dans mon pro­jet de musique tout est contrô­lé. Mais c’était inté­res­sant, cette liber­té. En fait, j’ai l’impression que je suis allée cher­cher quelque chose pour me déblo­quer dans ce film, pour sor­tir de ma zone de confort… Même si le plus impor­tant, bien sûr, c’était d’être cré­dible dans le rôle de Jeanne.

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La Vénus d’argent, d’Héléna Klotz. Sortie le 22 novembre. 

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