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Lettre à ma poule : « Tu es entrée dans ma vie comme une vic­toire, une espé­rance, une nou­velle manière de man­ger »

Causette est par­te­naire de Lettres d’une géné­ra­tion, un site sur lequel les adolescent·es et jeunes adultes fran­co­phones sont invité·es à écrire une lettre à un des­ti­na­taire qui ne peut pas répondre. Toutes les deux semaines, Causette publie l’une de ces mis­sives.
Dans ce hui­tième épi­sode, Aurélien, 16 ans, vivant en région pari­sienne, s’adresse à feue sa poule adop­tive.

Vous avez entre 15 et 25 ans et sou­hai­tez par­ti­ci­per au pro­jet Lettres d’une géné­ra­tion ? Écrivez-​leur par là !

red and brown rooster painting
© Jon Tyson

“Ma “p’tite poule”,
Tu es par­tie trop vite, trop tôt. Pour moi, ça a été dou­lou­reux. Mais je me console en pen­sant aux quelques mois qu’on a pas­sés ensemble. Ces quelques mois où j’espère t’avoir appor­té une vie un peu meilleure que celle de la plu­part de tes congé­nères.

Pour tout te dire, tu as d’abord exis­té sur le papier, sur une liste. Une liste que j’ai com­men­cé à dres­ser il y a deux ans et qui repré­sente pour moi un acte fort d’engagement pour la pla­nète et son ave­nir… Si tant est qu’on lui laisse en avoir un. Évidemment, tu n’étais pas en haut de la liste. Il fal­lait d’abord revoir pas mal de choses dans notre quo­ti­dien, ma famille et moi : notre consom­ma­tion de pro­duits sur­em­bal­lés, culti­vés en agri­cul­ture inten­sive et venant de l’autre bout du monde… Aux côtés de mes parents, ouverts mais novices, je suis deve­nu un véri­table porte-​étendard du chan­ge­ment : fabri­quer avant d’acheter, ache­ter en agri­cul­ture rai­son­née, de proxi­mi­té, d’occasion, en vrac… Et je me sou­viens encore des longues soi­rées de recherches et de dis­cus­sions, avec un papa très réti­cent, pour démon­trer l’importance et la sim­pli­ci­té du fameux com­post de jar­din.

Et puis, alors que tu étais déjà bien pré­sente dans mon esprit, mais loin de celui de mes parents – “Ça demande trop d’entretien”, “J’en ai trop peur !” –, la magie du pre­mier confi­ne­ment 2020 a opé­ré. Ta pré­sence à nos côtés était désor­mais envi­sa­geable, à une condi­tion : “Que tu t’occupes de tout !”

Avec mon frère Jojo, il ne nous a pas fal­lu long­temps pour nous retrou­ver dans la longue file d’attente devant le maga­sin de bri­co­lage. Nous n’étions visi­ble­ment pas les seuls à vou­loir pro­fi­ter du confi­ne­ment pour bâtir de nou­veaux pro­jets. Planches de bois, poteaux, grillage… Bizarrement, une fois tout ce maté­riel à la mai­son, je n’ai plus eu à devoir m’occuper seul de tout : c’était deve­nu un pro­jet fami­lial ! Une aven­ture que nous pre­nions plai­sir à vivre ensemble. Avant même ton arri­vée, tu as su créer du lien chez nous. Alors, ima­gine quand tu as pris tes quar­tiers !

On t’a choi­sie, toi et une copine, par­mi des cen­taines. À votre arri­vée à la mai­son, nous nous sommes mutuel­le­ment appri­voi­sés. Ça a pris son temps. Au début, vous vou­liez sans cesse explo­rer au-​delà du pou­lailler. Nous, on n’était pas encore prêts, on tâton­nait… C’était tout nou­veau. On dou­tait… Il fal­lait vous obser­ver de près pour vous com­prendre, vous nour­rir à la bonne fré­quence, vous ins­tal­ler votre man­geoire et votre abreu­voir. Finalement, vous avez pon­du vos pre­miers œufs, petits et mous, mais tout à fait man­geables et sur­tout ultra­lo­caux.

Pendant plus de trois mois, on vous a vu explo­rer tous les recoins de votre par­celle, retour­ner la terre pour déter­rer les vers dont vous raf­fo­liez, accou­rir quand on venait vous par­ler et fuir quand on vou­lait vous por­ter et vous cares­ser. On avait réus­si à vous offrir une vie pai­sible, à hau­teur de vos besoins et de nos idéaux d’écolos presque par­faits.

Mais un 22 octobre, tout s’est arrê­té. Tu as com­men­cé par ne plus pondre, tu t’es mise à boi­ter, à ne plus man­ger. Je sen­tais que quelque chose ne tour­nait pas rond, mais mes parents, eux, n’étaient pas inquiets… Je ne t’avais pas don­né de nom, mais je te connais­sais bien. Le vété­ri­naire a fini par venir, mais ses médi­ca­ments n’ont rien pu pour toi.

En 2018, tu étais pour moi une idée, une envie, une folie. Tu es entrée dans ma vie en 2020 comme une vic­toire, une espé­rance, une nou­velle manière de man­ger. Tu m’as appris beau­coup. Puis, tu es par­tie, comme pour me don­ner une der­nière leçon : celle de la vie. Je ne t’oublierai pas, pro­mis. »

Aurélien, 16 ans, région pari­sienne.

Lettre d’une géné­ra­tion, épi­sode 7 l Lettre à ma barbe man­quante : « C’est toi, ma belle, qui me délaisses »

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