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© Emeline Odi

Les AESH mani­festent pour plus de recon­nais­sance de leur métier et contre la précarité

Plus d’une cen­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées ce mar­di près du métro Solférino, non loin du minis­tère de l’Éducation natio­nale, suite à l'appel à la grève des accompagnant·es des élèves en situa­tion de han­di­cap (AESH). Ces dernier·ières ont mili­té pour une reva­lo­ri­sa­tion de leur salaire et contre la fusion entre les AESH et les AED (assistant·es d'éducation), pro­po­sée par Emmanuel Macron fin avril lors de la Conférence Nationale du Handicap. Ils et elles ont racon­té leurs craintes et leur colère à Causette.

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Laure AESH depuis 8 ans © Emeline Odi

Laure, AESH depuis 8 ans : « Il est impor­tant de mon­trer que nous avons un vrai métier et un vrai sta­tut. Cette année le gou­ver­ne­ment veut fusion­ner les métier d'AED et le nôtre. Mais ils font un métier bien spé­ci­fique, et nous aus­si. Étant don­né que l’on est sur le han­di­cap on ne peut pas mélan­ger les deux. D’autant plus que nous n’avons pas les mêmes for­ma­tions. Nous n’avons pas un salaire viable, on ne peut pas s’en sor­tir. Étant dans un col­lège Ulis, je suis à 28h par semaine avec 1000 euros par mois, c'est très com­pli­qué. »

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Asma (deuxième en par­tant de la droite) et Malika (à droite) © Emeline Odi

Asma, AESH depuis 6 ans : « On est là pour crier notre mécon­ten­te­ment. Cela fait très long­temps que l’on réclame un sta­tut de fonc­tion­naire, de caté­go­rie B, avec un temps de 24h, au lieu d’avoir des heures répar­ties ici ou là. On est contre cette fusion entre AESH et AED. Ce sont deux métiers très dif­fé­rents. Ce n’est pas nor­mal que le gou­ver­ne­ment veuille les fusion­ner. En France, les élèves en situa­tion de han­di­cap on les relègue au der­nier plan, contrai­re­ment aux autres pays où ils les mettent vrai­ment en avant. Avec ce gou­ver­ne­ment notre métier est invi­sible. »

Malika, assis­tante depuis 6 ans : « Le gou­ver­ne­ment reste froid, gla­cé comme un ice­berg. Il n’est à l'écoute ni des pauvres citoyens ni des nous [ les AESH ndlr]. Le gou­ver­ne­ment ne pense pas à nos enfants. Avec notre salaire de 1 000 euros, on ne peut pas les trai­ter digne­ment. Quel va être leur ave­nir ? Comment vont-​ils se pro­je­ter ? Qui va s’occuper d’eux ? Nous en plus, non seule­ment on veut un sta­tut, mais aus­si des for­ma­tions ! On veut évo­luer, mais avec ce salaire c’est impos­sible d’y avoir accès. Je suis attris­tée et en colère. Je veux que le gou­ver­ne­ment réponde à tout ça, qu'il arrête de se cacher. »

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Mamadou (à gauche) et Zékia (à droite) © Emeline Odi

Zékia, AESH depuis 2 ans et demi : « On veut des aug­men­ta­tions de salaire. On est payé au SMIC et avec l’inflation ce n’est pas équi­li­bré. Ils ont éga­le­ment mutua­li­sé les moyens donc il y a des col­lègues qui sont répar­tis sur plu­sieurs éta­blis­se­ments ou d’autres qui ont plu­sieurs élèves au même endroit mais ils n’arrivent pas à tous s’en occu­per. »

Mamadou 6 ans en tant qu’AESH : « Au fil des années on s’est ren­du compte que notre métier n’était pas res­pec­té. Les élèves perdent en qua­li­té de sui­vi et d'accompagnement. C’est impor­tant de rap­pe­ler que les condi­tions de tra­vail et d’accompagnement sont désas­treuses. On a besoin de sou­tien que ce soit de la part du Ministère, des parents et des élèves. »

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Marielle (troi­sième en par­tant de la gauche) et Amandine (à gauche) © Emeline Odi

Marielle AESH depuis 20 ans : « Je suis en fin de car­rière mais je ne viens pas seule­ment pour moi mais pour les futurs AESH et les enfants que l'on accom­pagne. Nous sommes tous·tes sou­cieux de leur ave­nir. Les classes sont sur­char­gées et il y a un pro­blème d’effectif qui ne convient pas aux élèves en situa­tion de han­di­cap. Dans ces condi­tions, il est dif­fi­cile de les accom­pa­gner. Leur fra­gi­li­té, sen­si­bi­li­té et leur fati­ga­bi­li­té ne sont pas res­pec­tées. Le gou­ver­ne­ment fait des annonces qui peuvent être sédui­santes de l'extérieur : il y a plus de CDI, de recru­te­ment mais il y a moins d’heures auprès de chaque élève. Il y a de plus en plus d’enfants, fort heu­reu­se­ment, qui béné­fi­cient de ce dis­po­si­tif mais comme il y a un manque de per­son­nel on arrive pas à faire notre tra­vail cor­rec­te­ment. On arrive à un sys­tème qui va explo­ser, c’est juste inadmissible. »

Amandine, AESH depuis 18 ans : « On ne veut pas de cette loi, il est hors de ques­tion que l'on fusionne l'AED et l'AESH. Il est hors de ques­tion que je fasse la per­ma­nence ou la can­tine. Je ne me sens pas capable de gérer une per­ma­nence avec énor­mé­ment d’élèves à l’intérieur où il faut être auto­ri­taire. Mon métier c’est plu­tôt la bien­veillance envers les enfants. Dans l’intitulé on ne parle plus d’enfants en situa­tion de han­di­cap on parle d’accompagnant en réus­site édu­ca­tive. Il peut y avoir une inci­dence sur l'inclusion des per­sonnes en situa­tion de handicap. »

Lire aus­si l Handicap à l'école : pour­quoi avoir recours aux AESH pri­vés n'est vrai­ment pas une solution

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