woman leaning against a wall in dim hallway
© Eric Ward

La cour d'appel confirme la requa­li­fi­ca­tion en atteinte sexuelle pour les trois pom­piers accu­sés de viol par Julie Leriche

La cour d’appel de Versailles a confirmé ce jeudi 12 octobre que les trois pompiers de Paris initialement mis en examen pour viol aggravé sur Julie Leriche entre 2008 et 2010 – mineure au moment des faits – seraient bien jugés en correctionnelle pour atteinte sexuelle. Dix ans après son dépôt de plainte, sa mère Corinne Leriche se bat toujours pour que sa fille obtienne justice.

Le délibéré de la cour d’appel de Versailles est tombé ce jeudi matin et avec lui les espoirs de Julie* et de sa famille. La pétition lancée il y a un an par sa mère pour demander une requalification des faits – qui a récolté plus de 228 000 signatures – n’aura rien changé. Le juge a, en effet, confirmé que les trois hommes de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, initialement poursuivis pour viol aggravé sur mineur, seraient finalement bien jugés devant un tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle en réunion. Un délit passible de sept ans de prison… bien loin des vingt ans prévus pour un viol aggravé, souhaité par la partie civile. Le juge a également confirmé que les dix-sept autres pompiers également accusés de viol sur Julie ne seraient pas poursuivis. Pour justifier ces décisions, le procureur a plaidé que la connaissance de l’âge de l’adolescente par les prévenus n’a pu être établie, ainsi qu’un défaut de consentement insuffisamment caractérisé. Ce qui revient à dire que Julie, violée à de multiples reprises de 2008 à 2010 entre ses 13 et 15 ans, était consentante. Un mépris total et une honte pour sa mère, Corinne. « La justice avait enfin l’occasion de réparer le préjudice de Julie, mais après dix ans de bataille judiciaire, ils ne la considèrent toujours pas comme une victime et ça, c’est intolérable », souligne avec colère Corinne Leriche qui a d’ores et déjà prévu de poursuivre le combat en cassation. 

Si Corinne Leriche parle de « bataille judiciaire », c’est que cette ancienne institutrice – qui a depuis arrêté d’enseigner pour s’occuper de Julie, dévastée par cette affaire - mène depuis dix ans maintenant, une lutte acharnée pour que justice soit rendue à sa fille. Une bataille qui s’est intensifiée en juillet 2019 lorsque le juge d’instruction de Versailles a décidé de renvoyer l’affaire devant un tribunal correctionnel pour atteinte sexuelle. « Durant toute la durée de l’instruction, il s’agissait d’un viol en réunion. Vingt pompiers ont été mis en cause par ma fille le 31 août 2010 et aujourd’hui ils ne sont plus que trois et devraient répondre simplement d’atteinte sexuelle ! », s’emporte sa mère.

Vulnérabilité totale 

Le calvaire de Julie commence au courant de l’année 2008. La jeune fille de 13 ans est alors élève de quatrième dans un collège du Val-de-Marne. Sa mère la décrit comme une jeune adolescente très intelligente, sensible et fragile, sujette à l’époque à des crises d’angoisse récurrentes qui lui font perdre connaissance. Les pompiers sont alors régulièrement amenés à la secourir lors de ces épisodes, chez elle, au collège, et même au supermarché. « Ils sont intervenus environ 140 fois entre 2008 et 2010 », indique Corinne Leriche. Lors d’une de ces interventions, Julie fait connaissance avec Pierre, un jeune sapeur-pompier de Paris, âgé de 20 ans. Il récupère ses coordonnées sur sa fiche d’intervention et recontacte la jeune fille. Se noue entre eux, une relation amicale. Fin 2009, Pierre vient la chercher chez ses parents sous prétexte d’une promenade. « À ce moment je rappelle au jeune homme de manière très explicite que Julie n’a que 14 ans et que même un flirt n’est absolument pas envisageable », se souvient Corinne. Pierre confirme qu’il ne s’agit que d’une promenade amicale, pourtant il emmène Julie dans son appartement des Yvelines où deux autres sapeurs-pompiers en tenue les rejoignent. Ce jour-là, Julie subit son premier viol en réunion

« Ils intervenaient pour des malaises et des crises de tétanie, ils ne pouvaient pas ignorer sa détresse »

Corinne Leriche 

Très vite, son numéro de portable et son compte Facebook tournent au sein de la caserne, et c’est le début d’une véritable descente aux enfers. Souffrant de phobie scolaire, Julie est rapidement déscolarisée. Elle ne sort plus de chez elle, commet sa première tentative de suicide et se scarifie quasi quotidiennement. « Les médecins lui prescrivaient des doses très importantes de neuroleptiques, une dizaine d’antidépresseurs différents ainsi que des anxiolytiques, raconte sa mère. Avec ce cocktail chimique, Julie était un légume, c’était impossible de ne pas voir qu’elle était vulnérable. » Pourtant, malgré sa détresse, les rapports sexuels se poursuivent, dans des parcs, des parkings, sur des capots de voiture et même dans les toilettes de l’hôpital pédopsychiatrique Montsouris où séjourne Julie. Au total lorsque la jeune fille de 15 ans porte plainte, le 31 août 2010, elle accuse vingt sapeurs-pompiers de Paris de l’avoir violée. « Lorsque ma fille m’a révélé avoir subi ces viols, ma vie a explosé, lâche Corinne Leriche dans un sanglot. Et pourtant à l’époque je croyais encore en la justice. »  

Corinne s’exprime au passé, car sur les vingt militaires seuls trois sont mis en examen pour viols sur mineur, requalifié en juillet 2019 comme atteinte sexuelle donc. Quant aux dix-sept autres, ils sont – encore aujourd’hui – entendus en tant que témoins. S’ils reconnaissent pour une grande majorité, avoir eu des rapports sexuels avec Julie, ils affirment cependant ne pas avoir eu connaissance ni de son âge ni de son état de fragilité. « Ils intervenaient pour des malaises et des crises de tétanie, ils ne pouvaient pas ignorer sa détresse, » assure Corinne Leriche avec ironie. 

Lire aussi : l’enquête que Causette avait réalisé sur les pompiers en septembre 2012

Des casernes sous omerta ?

Dix ans plus tard, les espoirs de justice de cette maman se sont bel et bien évanouis. « Je croyais beaucoup au renforcement de la lutte contre les violences sexuelles avec la loi Schiappa en 2018 [qui élargit la définition du viol en prévoyant que “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol”, ndlr] mais la décision de ce matin me prouve une nouvelle fois que pour la justice, une gamine de 13 ans, gavée de médicament, peut être consentante face à des pompiers en uniforme. »

Au-delà de son combat pour sa fille, Corinne Leriche mène un combat pour toutes les autres victimes de viol. Ainsi, elle confie avoir reçu de nombreux témoignages de jeunes femmes violées elles-aussi par des pompiers. « Elles sont terrorisées et refusent de parler mais je suis persuadée que l’affaire de Julie permettra de libérer la parole et fera exploser l’honorable réputation des soldats du feu qu’ils tiennent tant à protéger. »Un grand nombre des pompiers accusés par Julie exercent toujours aujourd’hui. « J’ai écrit un nombre incalculable de fois aux responsables de ces casernes car je suis certaine que Julie n’était pas la première et ne sera pas la dernière victime », estime Corinne. Des lettres restées sans réponse à ce jour.

Aujourd’hui, Julie a 25 ans et bien qu’handicapée à 80 % - en raison de nombreuses tentatives de suicide dont la dernière remonte à juillet dernier – la jeune femme tente de reprendre goût à la vie. « Petit à petit Julie trouve son autonomie, elle a pris un appartement, seule, à 50 mètres de chez nous. Avec son papa et son frère, nous sommes très fiers d’elle », confie Corinne avec beaucoup d’émotion. 

« Le combat sera difficile et certainement encore très long, mais on ne lâchera jamais, souffle la maman à demi-mot. Nous irons devant la cour européenne des droits de l’homme s’il le faut. C’est très important de poser le mot « viol aggravé » sur ces faits, pour Julie et pour toutes les autres victimes. » 

*Le prénom a été modifié 

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