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Accusations de vio­lences sexuelles au sein de la plus grosse asso­cia­tion d’aide aux femmes vic­times de vio­lences du Val‑d’Oise

Surendettée, Du côté des femmes, la principale association d’aide aux victimes de violences dans le Val-d’Oise a été placée, mardi 26 septembre, en liquidation judiciaire. Un employé est également accusé de violences sexuelles envers des femmes hébergées par la structure.

Depuis plusieurs mois, Du côté des femmes, la plus grosse association d’aide aux personnes victimes de violences dans le Val-d’Oise est dans la tourmente : après avoir été placée en redressement judiciaire en mars, le tribunal de Pontoise a prononcé, mardi 26 septembre, la liquidation judiciaire de la structure, qui pourrait donc disparaître. Quarante et un·e salarié·es seraient licencié·es, au détriment des cent cinquante femmes et enfants hébergé·es actuellement. Le conseil d’administration a décidé de faire appel pour tenter de sauver l’association.

Des salarié·es mobilisé·es ont alerté la presse régulièrement sur leurs conditions de travail et le sort des femmes hébergées et aidées. L’association, qui existe depuis 1984, accompagnait deux mille femmes en 2021 et comptait environ soixante salarié·es en début d’année, réparti·es entre deux sites, Cergy et Sarcelles, tout en proposant des hébergements d’urgence. 

Agressions sexuelles sur des femmes hébergées

En sus des difficultés financières, durant l’été, des accusations de violences sexuelles ont émergé au sein de l’association. Dans un courrier envoyé à la direction le 5 septembre, que Causette a pu consulter, des salarié·es de la structure dénoncent des faits graves de la part d’un salarié, évoquant des agressions sexuelles commises à l’encontre d’au moins deux femmes hébergées et un “danger” pour les autres femmes accueillies. Selon ce courrier et plusieurs salarié·es contacté·es par Causette, la semaine du 17 juillet, une femme accueillie dans un hébergement d’urgence aurait signalé être victime de harcèlement sexuel de la part d’un salarié de l’association ayant accès aux hébergements d’urgence et l’ayant invitée à plusieurs reprises à venir chez lui. Celle-ci dit avoir “peur de dormir chez elle” après l’intrusion dans son hébergement de l’homme en question, devenu hostile depuis son refus.

“Je vais te violer

Quelques semaines plus tard, une autre femme signale des faits similaires : elle a également été invitée avec insistance chez l’employé et aurait refusé ses avances. Elle affirme que le salarié lui aurait touché les fesses et fait du chantage : “Je peux t’aider, je fais ce que je veux dans cette asso,” aurait-il déclaré, faisant valoir sa position au sein de l’association. “Je vais te violer”, lui aurait-il répété, faisant passer sa menace pour une plaisanterie. Si deux femmes ont témoigné, d’autres pourraient également être concernées. Dans ce courrier adressé à la direction, les salarié·es s’inquiètent du maintien en poste du salarié incriminé et de l’absence de mesures prises par la direction, informée des faits dès le mois de juillet. “Pendant plus d’un mois, on l’a laissé exercer comme si de rien n’était”, s’alarme une autre salariée de l’association. D’autant que l’employé aurait déclaré à l’une des victimes présumées : “Je ne serai jamais licencié.” “Ce qui nous dérange, c’est qu’on est une association qui travaille avec des femmes victimes de violences. Or, l’association n’a rien fait. Aucune procédure n’a été mise en place pour accompagner les femmes à porter plainte ou faire un suivi psychologique,” s’insurge la même salariée. En effet, les deux femmes ayant témoigné n’ont pas porté plainte pour l’instant. Contactée par Causette, la direction de l’association n’a pas donné suite à nos sollicitations. Joint par téléphone, l’administrateur judiciaire de Du côté des femmes, Maître Pinaudeau, a indiqué ne pas avoir “à communiquer sur ce point”. Le salarié en question aurait été finalement mis à pied mi-septembre, soit deux mois après les faits.

D’autant que ce n’est pas la première fois que des femmes hébergées par la structure subiraient des violences sexuelles de la part du personnel. En effet, plusieurs salariées interrogées par Causette rapportent des faits de harcèlement sexuel de la part d’un autre employé, à l’encontre d’une femme hébergée en 2021. Là encore, ces sources confirment l’absence de sanction appropriée de la part d’une direction qui aurait tenté d’étouffer l’affaire à l’époque. Une ancienne salariée proche du dossier confirme : “La direction a tendance à protéger les harceleurs.” 

“Il n’y a plus d’accompagnement sur les violences”

Dans le Val-d’Oise, on s’inquiète du sort des femmes victimes de violences, livrées à elles-mêmes à la suite des difficultés financières de l’association. En janvier dernier, Du côté des femmes n’avait pu verser le salaire de ses soixante salariée·s. Fin mars, l’association était placée en redressement judiciaire par le tribunal de Pontoise. Depuis, la situation s’est dégradée : “Il manque des professionnels. Il n’y a plus d’accompagnement sur les violences. Il ne reste que des rendez-vous pour gérer des urgences en administratif,” s’alarme une salariée. 

Avec 2 millions d’euros de dette accumulée, l’association a réduit son activité pour réaliser des économies : en mars, elle a d’abord mis fin à l’accompagnement psychologique des victimes, femmes et enfants. En avril, elle a définitivement fermé des hébergements situés à Meulan et Boissy-l’Aillerie, soit quarante places d’urgence dans le Vexin. Mi-juin, quinze salariées étaient licenciées et percevaient leurs indemnités avec deux mois de retard. En juillet, les salarié·es de l’association ont écrit à Isabelle Rome, ex-ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, alertant, dans un courrier que Causette a pu consulter, sur la dégradation de leurs conditions de travail, et s’inquiétant du sort des femmes victimes de violences, sans recevoir de réponse. “On a essayé d’alerter, il ne se passe rien. Le sentiment d’impuissance est total,” déplore une salariée. Depuis, les démissions et les arrêts maladie se multiplient, jusqu’à la liquidation judiciaire prononcée mardi. “On ne comprend pas pourquoi il n’y a pas plus de réactions, confirme une membre du collectif féministe du département, Héro·ïnes95, qui alerte depuis plusieurs mois sur ses réseaux sociaux. Si cette association disparaît, c’est tout le Val-d’Oise qui n’a plus de réseau pour aider les femmes, car la structure couvre un département entier qui est pilote pour la lutte contre les violences faites aux femmes.” L’ancienne ministre Isabelle Rome avait d’ailleurs choisi l’association pour son déplacement le 8 mars dernier. 

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