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Revenus : l'argent rend-​il heureux ?

D'après les socio­logues et éco­no­mistes, man­quer d'argent serait un fac­teur de stress impor­tant, au quo­ti­dien, en matière de sécu­ri­té phy­sique ou maté­rielle, comme pour le futur de ses enfants.

Contrairement à ce que dit l’adage, éco­no­mistes et socio­logues s’accordent mal­heu­reu­se­ment sur un point : l’argent contri­bue dans une cer­taine mesure au bon­heur. Et en man­quer est un fac­teur de stress impor­tant, au quo­ti­dien, en matière de sécu­ri­té phy­sique ou maté­rielle, comme pour le futur de ses enfants. C’est ce que rap­pelle le socio­logue Denis Colombi dans Où va l’argent des pauvres (Payot, 2020). Il y rap­pelle que les caté­go­ries popu­laires ne sont pas moins bonnes ges­tion­naires, quoiqu’en pensent par­fois les plus aisé·es, jugeant par­fois cer­tains de leurs achats irra­tion­nels. C’est en effet pré­ci­sé­ment le manque d’argent qui peut les ame­ner à faire ce genre d’acquisitions. Pour la psy­cho­logue sociale Elizabeth Dunn, les humains ne sont pas très doués pour pré­dire ce qui va les rendre vrai­ment heu­reux. Ils peuvent ain­si se pré­ci­pi­ter sur l’achat de biens maté­riels en res­tant foca­li­sés sur la satis­fac­tion immé­diate. Alors que le sen­ti­ment de bon­heur est plus sou­vent cor­ré­lé à une expé­rience ou avec le temps que l’on prend pour anti­ci­per un plai­sir, comme un voyage.


"En cas de mala­die, la tris­tesse aug­mente de 38 à 70 % chez les plus pauvres et de 19 à 38 % chez les plus riches"

En 2010, le Prix Nobel d’économie Daniel Kahneman a étu­dié les 450 000 réponses d’un son­dage quo­ti­dien Gallup-​Healthway réa­li­sé sur un groupe de 1 000 Américain·es et en a déduit que, oui, la pau­vre­té rend bien malheureux·euse. Elle est cor­ré­lée défa­vo­ra­ble­ment aux sen­ti­ments de bon­heur ou de bien-​être res­sen­ti par les indi­vi­dus. Cela se voit notam­ment dans l’accès aux soins. En cas de mala­die, la tris­tesse et l’inquiétude des 10 % les plus pauvres aug­mentent de 38 à 70 %, d’après Système 1/​Système 2, les deux sys­tèmes de la pen­sée (Flammarion, 2012). C’est une dif­fé­rence très nette. Pour les plus riches, la mala­die n’accroît la tris­tesse que de 19 à 38 %. Parce qu’ils et elles ont les moyens de rendre la vie plus douce, de se faire soi­gner… même dans ces cas dramatiques.

Seuil fati­dique du bonheur

Mais Daniel Kahneman déter­mine éga­le­ment un seuil à par­tir duquel les dol­lars accu­mu­lés n’amènent plus de points de bon­heur sup­plé­men­taires… Selon lui, le bon­heur ne pro­gresse plus à par­tir de 75 000 dol­lars de reve­nus annuels avant impôts dans les pays les plus déve­lop­pés. Cela cor­res­pon­drait à peu près à 70 000 euros de reve­nus annuels en France avant impôts à l’époque. Techniquement, l’augmentation du bien-​être expé­ri­men­té asso­cié à un reve­nu supé­rieur à cette somme est de… zéro dol­lar. Bien sûr, gagner plus aug­mente l’accès aux res­sources diverses : on peut alors se payer de plus belles vacances, une plus grande uni­ver­si­té, des places à l’opéra, etc. Mais ça n’influence pas notre expé­rience émo­tion­nelle. Quand on gagne plus que ce seuil, la seule chose qui pro­gresse encore est notre niveau de satis­fac­tion ou de juge­ment sur notre propre vie : on se sent plus suc­cess­ful. Parce qu’on est influen­cé par le regard des autres, les repré­sen­ta­tions sociales et celles du groupe social ou de la classe que l’on côtoie le plus. Le seuil fati­dique de bon­heur est confir­mé par une étude de quatre éco­no­mistes de 2018. Comment l’expliquer ? La grande richesse rédui­rait la capa­ci­té de chacun·e à jouir des petits plai­sirs du quo­ti­dien. À méditer.

Lire aus­si l Impôts et pres­ta­tions sociales : pour­quoi la poli­tique « fami­lia­liste » de l'État fran­çais crée des injus­tices finan­cières pour les femmes

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