La sélec­tion livres de février 2021 (3−3)

Au pro­gramme de ce mois de février, L'Enfant de la pro­chaine aurore, de Louise Erdrich, Les lois de l'ascension, de Céline Curiol et À la folie, de Joy Sorman. 

L'Enfant de la pro­chaine aurore, de Louise Erdrich 

119 L ENFANT PROCHAINE AURORE © Editions Albin Michel

L'enfant de la pro­chaine aurore,
de Louise Erdrich.
éd. Albin Michel/​Coll. Terres d’Amérique,
416 pages, 22,90 euros.

L’Enfant de la pro­chaine aurore ouvre une nou­velle voie chez la grande Louise Erdrich. Cette figure majeure de la lit­té­ra­ture amé­rin­dienne depuis plus de trente ans change de bra­quet pour son sei­zième roman, qui reprend ses pré­oc­cu­pa­tions habi­tuelles, mais façon Margaret Atwood et Cormac McCarthy. Indienne 0jibwa adop­tée par des Blancs, Cedar Hawk Songmaker a désor­mais 26 ans et attend un enfant. Bizarre, car dans le futur proche du livre, une catas­trophe géné­tique a blo­qué la repro­duc­tion de toute espèce humaine et ani­male. Le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, avec à sa tête une « Église de la Nouvelle Constitution », pour­chasse les rares femmes enceintes. Alors, Cedar se planque, puis décide de par­tir à la recherche de ses vrais parents. Serpentant entre la para­bole biblique et la puis­sance de la rési­lience, Erdrich com­pose un somp­tueux road-​movie géo­gra­phique et géné­tique. H.A.

Les lois de l'ascension

119 COUV LES ROIS DE L ASCENSION © Editions Actes Sud
Les Lois de l’ascension, de Céline Curiol.
éd. Actes Sud, 848 pages, 25 euros.

C’est le genre de livre qui pro­voque un bien-​être. C’est d’autant plus sciant que ce pavé, hui­tième roman de Céline Curiol, traite de la dure­té du monde, des migrants dans le Paris d’aujourd’hui, des struc­tures de sou­tien aux défa­vo­ri­sés et aus­si des jeunes qui cèdent aux sirènes dji­ha­distes. Mais voi­là : ces Lois de l’ascension ont un sacré rythme. Entre autres car c’est un récit cho­ral, autour de six per­son­nages. Voici Orna, jour­na­liste pour une chaîne d’infos en ligne ; Sélène, sa sœur uni­ver­si­taire ; Pavel, psy­chiatre ; Modé, le tra­vailleur social ; Hope, la chô­meuse ; et enfin, le lycéen Mehdi. Ils vivent dans le même quar­tier pari­sien, Belleville. Chacun vient de subir une grande perte. Certains se connaissent, d’autres vont se croi­ser, se cogner, s’enflammer. L’histoire com­mence quand Orna veut aider un migrant qui dort au pied de son immeuble, alors que celui-​ci est embar­qué… Il devien­dra le fil de l’intrigue. Laquelle, par l’effet domi­no de ces micro­fic­tions entre­croi­sées, forme un tableau psy­cho­lo­gique et social pre­nant. Une fic­tion comme une caisse de réson­nance sai­sis­sante. H.A.

À la folie, de Joy Sorman 

9782080235336 ALaFolie CouvBandeau HD 1
À la folie, de Joy Sorman.
éd. Flammarion, 283 pages, 19 euros. 

« Je les aime, ces insen­sés .» Il y a celles et ceux qui sont né·es ain­si, celles et ceux qui un jour ont déraillé, celles et ceux qui ne gué­rissent jamais, celles et ceux qui effrayent, celles et ceux qui atten­drissent. Il y a le per­son­nel soi­gnant, les édu­ca­teurs, les sur­veillants… Et au milieu de tout cela, il y a une roman­cière. Dans son der­nier livre, À la folie, Joy Sorman pour­suit le fil d’une œuvre à la fron­tière du docu­men­taire et de la fable, en racon­tant l’année qu’elle a été auto­ri­sée à pas­ser dans un hôpi­tal psy­chia­trique. Avec sen­si­bi­li­té et dis­cré­tion, elle capte les ondes les plus ténues qui cir­culent entre ces êtres. Sous sa plume, patient·es et soignant·es se mettent à dan­ser pour échap­per, corps et âmes, aux règles que la socié­té leur impose pour les « nor­ma­li­ser ». Un livre brillant qui, en nous débar­ras­sant de la « charge écra­sante de la véri­té », éclaire les parts de nous-​mêmes que l’on n’ose jamais regar­der. L.M.

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