La sélec­tion BD d'avril 2019

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© Dargaud

La Princesse de Clèves, de Claire Bouillhac et Catel

Après Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker, Benoîte Groult… la des­si­na­trice fémi­niste Catel, en binôme, cette fois, avec Claire Bouilhac, célèbre une autre femme de trempe : Madame de La Fayette. Coucou Nicolas Sarkozy ! Car quoi qu’en dise notre ami, cette écri­vaine à l’avant-garde fut à l’origine du roman psy­cho­lo­gique moderne et ins­pi­ra Balzac, Raymond Radiguet et Jean Cocteau.
Les deux artistes nous plongent dans les salons pré­cieux de la cour des Valois en adap­tant La Princesse de Clèves. Catel s’est amu­sée, dans le pro­logue et l’épilogue, à mettre en scène l’autrice de ce texte qui fut, dès sa ­sor­tie, en 1678, un best-​seller, bien qu’il fût d’abord publié ano­ny­me­ment. Tandis que Claire Bouilhac nous conte, elle, l’histoire de cette prin­cesse écar­te­lée entre son désir ardent pour le duc de Nemours et la pro­messe de fidé­li­té faite à son époux, le prince de Clèves. Lourds silences, regards fur­tifs, dou­lou­reux ater­moie­ments, Madame de La Fayette a mis en scène comme per­sonne le lan­gage de la pas­sion. Et le triomphe de la rai­son… C.R.

La Princesse de Clèves, de Claire Bouillhac et Catel. Éd. Dargaud, 216 pages, 24,99 euros.

Made in France. 68–78. Chronique d’une famille chi­noise à Paris, de Brigitte Tchao et Christel Han

Dans Made in France 68–78, char­mante BD au trait un tan­ti­net enfan­tin, Brigitte Tchao raconte les tri­bu­la­tions d’une petite fille d’origine chi­noise qui gran­dit à Paris dans les années 1970. Une vie entre deux cultures qui oscille entre son quo­ti­dien dans le res­tau­rant de ses parents et ses envies d’émancipation. « Il com­men­çait déci­dé­ment à me faire braire ce coin­cé du cul de Confucius ! » déclare l’héroïne qui, au fil des pages, se forge son iden­ti­té grâce à l’école, la varié­té des années 1970 et les pro­grammes de télé­vi­sion. Adaptée du roman en par­tie auto­bio­gra­phique de l’autrice Brigitte Tchao, La Chinoise de Paname, publiée en 2002, cette pre­mière BD signée par la des­si­na­trice Christel Han est aus­si drôle que tendre. Avec, en ­épi­logue, des notes humo­ris­tiques sur tout un tas de cou­tumes chi­noises. C. R.

Made in France. 68–78. Chronique d’une famille chi­noise à Paris, de Brigitte Tchao et Christel Han. Éd. Les Enfants rouges, 88 pages, 15 euros.

Cassandra Darke, de Posy Simmonds

Onze ans qu’on l’attend ! Enfin il est là, le nou­veau roman gra­phique de Posy Simmonds. Et il est plus qu’à la hau­teur de notre grande impa­tience. Après les aven­tures de Gemma Bovery (2000) et de Tamara Drewe (2008), voi­ci les tur­pi­tudes de Cassandra Darke. Nettement moins fré­quen­table, Cassandra est misan­thrope et égoïste. Galeriste, elle a ven­du des faux et per­du sa répu­ta­tion, mais conserve sa for­tune pour son usage perso.Sa nièce Nicki, four­voyée dans une sale his­toire, va la pous­ser à sor­tir de sa zone de confort. Le récit est aus­si pas­sion­nant à lire (humour bri­tish garan­ti) qu’à regar­der. La grâce du trait, la mise en page, la palette ajoutent de la pro­fon­deur à l’histoire. Les planches sur les rues de Londres mêlant décors de Noël et SDF en disent long sur ­l’Angleterre. Ce polar noir est aus­si une réflexion poin­tue sur la socié­té, comme sait le faire l’élégante et indis­pen­sable Posy Simmonds. I. M.

Cassandra Darke, de Posy Simmonds. Éd. Denoël, 96 pages, 21 euros.

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