Le meuble « Henri » de l'Atelier Emmaüs fait son entrée dans les col­lec­tions du Mobilier national

Les collections du Mobilier national se sont agrandies de 53 œuvres en février dernier. Parmi elles, Henri, fruit de l’Atelier Emmaüs. Rencontre avec la designeuse du meuble, Lisa Lejeune qui nous parle d’inclusion sociale et de démarche éco-responsable.

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Lisa Lejeune ©L.L.

Le 1er février 2022, l’institution du Mobilier national qui meuble les bâtiments officiels de la République annonçait l’ouverture de sa prestigieuse collection à une cinquantaine de pièces de mobilier réalisées par des designer·euses français·es. Au terme d’une campagne d’acquisition lancée en 2021 pour soutenir les créateur·rices français·es impacté·es par la pandémie, ce sont cinquante-trois pièces qui sont entrées officiellement aux côtés du mythique cartonnier signé André-Charles Boulle ou du précieux bureau Louis XVI de Riesener. 

Et parmi ces nouveaux venus, Henri, un petit meuble de rangement d’une cinquantaine de centimètres au design sixties réalisé à partir de bois d’anciens bureaux d’écoliers. Baptisé en hommage à Henri Grouès, alias l’abbé Pierre, ce meuble a été imaginé et dessiné par la designeuse lyonnaise Lisa Lejeune et fabriqué par l’Atelier Emmaüs. Une première pour cette menuiserie-école au service de l’inclusion et de l’environnement. Henri meublera désormais les lieux des plus hautes institutions de la République. Entretien avec la designeuse de 41 ans et ancienne directrice artistique de l’Atelier Emmaüs.

Causette : Racontez-nous l’histoire de la conception du meuble Henri.
Lisa Lejeune : Tout commence en 2017, lorsque Guillaume Poignon fonde l’Atelier Emmaüs sur Lyon et me demande de dessiner un meuble pour lancer la collection dont j’étais à l’époque la directrice artistique. Il voulait un meuble qui puisse synthétiser à lui seul tous les gestes de base du métier d’ébéniste : découper le bois, l’usiner, l’assembler et en faire les finitions. Pour la forme, j’ai tout de suite pensé à un meuble de rangement. Je voulais un petit meuble d’appoint fait avec des matériaux bruts.
La démarche de l’Atelier Emmaüs est de concevoir des meubles en bois et des objets contemporains à partir de rebuts de mobilier des communautés Emmaüs ou de chutes industrielles. On a donc eu l’idée de récupérer du mobilier de bureau. La forme d’Henri est toujours la même, un cadre en bois et des pieds en compas. Mais les matériaux et les couleurs sont uniques pour chacun. On a donné aux meubles de la collection des prénoms de gens qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire d’Emmaüs. Henri était le premier de la série, il était logique qu’il porte le prénom du fondateur d’Emmaüs, Henri Grouès. Le meuble a commencé à être commercialisé en 2018 sur le site Label Emmaüs et a tout de suite reçu un très bon accueil de la part des particuliers et des professionnels. L’Atelier Emmaüs a ensuite participé à l’appel à projet courant 2021 lancé par le Mobilier national et a eu l’honneur d’être sélectionné.

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Le meuble Henri ©Label Emmaüs

C’est d’ailleurs la première fois qu’un meuble de l’Atelier Emmaüs fait son entrée au sein des collections du Mobilier national. Quel est le concept de cette menuiserie-école ?
L.L : Il s’agit de redonner vie à la matière en utilisant l’artisanat comme un levier d’inclusion sociale et professionnelle. Nous poursuivons deux objectifs : un engagement social et un impact environnemental. Chaque meuble, dont Henri, est dessiné par des designers pour ensuite être conçu de A à Z avec des matériaux de récupération par des artisans-apprenants. Ce sont des personnes aux histoires de vie atypiques, très éloignées de l’emploi. L’Atelier accueille par exemple des demandeurs d’asile, des jeunes qui ont décroché sur le plan scolaire ou des personnes qui sortent de prison. Ils viennent pour apprendre les métiers du bois auprès de professionnels. Une manière de développer leur estime d’eux-mêmes et de leur donner la possibilité ensuite de se projeter dans un avenir professionnel.

Derrière le meuble « Henri », se cache donc une démarche éco-responsable et pédagogique. C’est ce qui en fait, selon vous, sa particularité ?
L.L : Oui je pense que sa beauté globale réside dans sa conception vertueuse. C’est un meuble éthique mais avant tout un support de formation pour des personnes au parcours de vie fragile. C’est ce qui le rend intéressant. L’artiste-élève doit, pour fabriquer le meuble, utiliser toutes les machines d’ébénisterie de base. Henri est un meuble manifeste du pont entre l’inclusion sociale et le monde du design contemporain. 

Votre meuble a fait son entrée dans les collections du Mobilier national aux côtés de pièces de design d’exception. Une consécration ?
L.L : Complètement ! C’est évidemment le rêve de tout designer de figurer dans les collections du Mobilier national. C’est une grande fierté de savoir qu’Henri trône désormais aux côtés de pièces mythiques dans une institution où cohabitent quatre siècles d’Histoire de la création française. J’ai quitté le monde du design contemporain il y a un an pour me lancer dans celui de la permaculture, alors c’était conclure une période avec panache. Mais c’est encore plus gratifiant pour les personnes qui fabriquent chaque meuble Henri. Ils sont d’ailleurs très heureux et très fiers de cette entrée. D’autant que le prénom et le nom de chaque artisan-apprenant est inscrit au dos du meuble qu’il a conçu. C’est vraiment fantastique de se dire que ces petits meubles d’appoint seront installés dans les hauts lieux de la République et que, peut-être, les personnes qui les auront fabriqués auront d’ici là trouvé un travail. C’est la plus belle manière, pour moi, de concrétiser l’inclusion sociale.

Vous pouvez acheter le meuble Henri sur le site de Label Emmaüs au prix de 135 euros. L’argent sert au fonctionnement de l’association Emmaüs. 

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