Clitoris : la part des hommes

Il y a ceux qui s’en contre­fichent et ceux qui ont com­pris que le cli­to­ris était la clé de l’orgasme fémi­nin. Bizarrement, on a réus­si à ne par­ler qu’aux mâles de cette der­nière espèce très bien inten­tion­née, mais tou­jours un peu intri­guée par ses mystères.

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© Florent Lazare 

C’est un drôle de mot nap­pé de mys­tère qui débarque dans leur vie à l’âge où les hor­mones s’émulsionnent. « Au col­lège, en cours de bio, oui, on te parle de cli­to­ris. Mais géo­gra­phi­que­ment, comme on te parle de la Moldavie », plai­sante Clément, 28 ans. Parfois, il y a des profs qui cherchent à aller plus loin en expli­quant qu’il est lié au plai­sir, mais c’est assez dérou­tant quand on a 14 ans : « La prof l’avait com­pa­ré à un “petit pénis”, et la classe n’a pas gar­dé son sérieux une seconde », se sou­vient Alex, 25 ans.

Trop sou­vent encore aujourd’hui, si les hommes ne devaient comp­ter que sur l’école, le cli­to­ris res­te­rait un vague « bou­ton » coin­cé entre les petites lèvres de l’anatomie fémi­nine. Potentiel ? Leur rap­por­ter deux points au contrôle, si tant est qu’ils retiennent son nom. Et puisque ce n’est pas à ses parents qu’on va aller sou­ti­rer des infos sur l’énigmatique corps des femmes, il faut trou­ver d’autres brèches.

« La pre­mière fois que j’ai enten­du le mot “cli­to”, c’était dans la cour du col­lège, se remé­more Germain, 25 ans. Parce qu’on écou­tait tous une radio à la con, Skyrock, et qu’on y avait enten­du par­ler de femmes fon­taines. T’es encore un bébé, t’as même pas l’âge de tou­cher une femme et tu t’imagines une espèce de monstre. Je m’étais créé un mythe confus entre le point G et le cli­to. » Un truc flip­pant, pro­téi­forme – et peut-​être incon­trô­lable – sur lequel les gar­çons vont cher­cher de la docu­men­ta­tion. En ter­mi­nale, Pierre, 54 ans aujourd’hui, avait dégo­té un pré­cieux ouvrage : le Rapport Hite sur les femmes, de la sexo­logue Shere Hite, où pour la pre­mière fois il avait accé­dé – et la France entière avec lui (voir page 10) – aux connais­sances sur l’insaisissable plai­sir fémi­nin. « Un énorme bou­quin avec des témoi­gnages, gros­so modo assez tristes, de femmes qui n’étaient pas épa­nouies dans leur sexua­li­té. Ça m’a com­plè­te­ment éveillé à ce qui se pas­sait chez les filles, et j’en par­lais avec elles. Pour moi, c’était un moyen d’échanges. » Le livre est ensuite tom­bé dans l’oubli. Pour les géné­ra­tions sui­vantes, il y a bien la fiche Wikipédia, mais elle n’offre pas de mode d’emploi, et « le plai­sir cli­to­ri­dien n’a qu’une faible place dans la por­no­gra­phie », pointe Christian, 43 ans.

Heureusement qu’Internet a créé des endroits refuges, comme le forum 15–18 ans du site Jeuxvideo.com. Une boîte de Pandore sur les méandres méta­phy­siques de l’adolescence. « Ma meuf a un cli­to­ris plus gros que ton pénis » ; « Sérieux, les cli­to­ris c’est moche » ; « J’ai rêvé d’un cli­to­ris géant »… Autant d’intenses réflexions sur ce forum. Il y en a de plus sérieuses : « Je trouve pas le cli­to­ris de ma meuf. J’vois bien où sont les deux lèvres, le vagin et tout, mais je sens pas le cli­to [sic]. » Mais les réponses sont à l’avenant : « Ça vient sûre­ment du fait que t’as pas de meuf » ; « Va au S.A.V. pour faire chan­ger ta meuf » ; « C’est en B5, sur le plan ». Merci, les gars. 

« Le pro­blème, c’est qu’entre mecs on ne parle de cul que pour le tour­ner en déri­sion, avoue Emmanuel, 46 ans. On se valo­rise beau­coup, on déconne, mais jamais on ne se dit des choses sérieuses. » Du coup, la connais­sance du cli­to­ris se fait « à tâtons, au sens propre comme au figu­ré » : « Comme mes pre­mières par­te­naires étaient aus­si inex­pé­ri­men­tées que moi, ce n’est que peu à peu que j’ai décou­vert que ce bou­ton était éro­gène, qu’il don­nait du plai­sir et qu’on pou­vait jouer avec. C’est une recherche de ter­rain dans laquelle on demande à l’autre com­ment elle fonc­tionne et ce qu’elle préfère. »

Mais jusqu’à ce que la décou­verte de la terre incon­nue cli­to­ri­dienne ait eu lieu, il peut se pas­ser plu­sieurs années : Clément, par exemple, a com­men­cé à avoir des rela­tions sexuelles à 15 ans, mais ne s’est pas sou­cié de la chose avant ses 20 ans. Aujourd’hui, il y accorde une atten­tion par­ti­cu­lière, ce qui n’exclut pas quelques moments gênants : « Je pour­rais impu­ter ça à l’alcool, mais c’est arri­vé quelques fois quand même… T’es per­sua­dé de le cares­ser, tu donnes le meilleur de toi-​même, et là, la nana te dit : “Non, mais tu es un peu à côté !” C’est un peu humi­liant, mais faut pas que ce soit décou­ra­geant pour autant. » Beaucoup d’hommes que Causette a inter­viewés racontent « la pres­sion de ne pas être à la hau­teur » et « la recherche du plai­sir de la par­te­naire ». Avant de les sanc­ti­fier, il faut entendre Pierre-​Jean, 25 ans : « Donner du plai­sir à une fille avec un cunni-​lingus, on le fait aus­si parce que c’est gra­ti­fiant et valorisant. »

« Toutes les femmes sont dif­fé­rentes et chaque fois on remet le comp­teur à zéro, ajoute Emmanuel. Le plai­sir des femmes est plus com­plexe que le nôtre, assez rudi­men­taire. Il faut être un peu humble et s’attendre à devoir réap­prendre lorsqu’on découvre une nou­velle par­te­naire. » Rares sont les hommes qui ont ren­con­tré des par­te­naires qui n’aimaient pas qu’on s’occupe de leur cli­to­ris. Mais Emmanuel se sou­vient par exemple d’une jeune femme qui, par manque de confiance en elle et en l’image que lui ren­voyait son corps, ne par­ve­nait pas à atteindre l’orgasme « parce qu’elle asso­ciait son plai­sir à une dou­leur ». Quant à Germain, sa fré­quen­ta­tion de l’organe lui a appris une chose : quand bien même on le nomme bou­ton, « il faut faire super gaffe, c’est pas un truc sur lequel tu appuies et ça marche ».

Alors, plus de secret entou­rant le cli­to­ris pour les hommes d’expérience ? « Je n’ai appris que récem­ment qu’il englo­bait presque toute l’entrée du vagin, s’émerveille Christian. En fait, le cli­to­ris est aus­si mys­té­rieux qu’un ice­berg : on ne pense qu’à sa par­tie émer­gée, alors que l’essentiel ne se voit pas. » Et ça, « ça veut dire qu’il n’y aurait pas de femmes vagi­nales et de femmes cli­to­ri­diennes, juste des femmes qui prennent plai­sir dif­fé­rem­ment avec leur cli­to­ris, abonde Clément. C’est une infor­ma­tion ultra impor­tante assez mécon­nue ». Causette compte sur vous pour répandre la bonne parole.


Plaisir d’offrir, déses­poir de recevoir

T’aurais pu être comme pas mal de types que j’ai connus. De ceux qui pensent – et ils en sont fiers, les bougres – que « cli­to­ris » est un nom de voi­ture, de la team la-​vie-​est-​trop-​courte-​pour-​les-​préli, ou tout sim­ple­ment de ceux qui ont tou­jours cru en l’absolu pou­voir de leur pénis pour me faire jouir. Je t’aurais remer­cié le len­de­main, mais pas dans le sens que tu crois.
Mais t’es pas comme ça, toi. Toi, t’es hyper atten­tion­né. Tu as appris que mon cli­to­ris me fai­sait res­sen­tir des trucs déments, et comme mon plai­sir est ton plai­sir – ne nie pas, tu me l’as dit –, tu te concentres sur lui. Cinq minutes, c’est sym­pa, on voit que tu as la tech­nique, même si par­fois tu es un peu à côté. Dix minutes, c’est bon, mais je crois que, laisse tom­ber, cette fois-​ci ça ne vien­dra pas. Y a des jours avec et des jours sans, comme pour toi. Un quart d’heure, ça m’irrite. Vingt minutes, cette affaire tourne à l’acharnement. J’ai les muqueuses en feu, envie d’exploser de rire, mais tu y mets tel­le­ment du tien que ce serait cri­mi­nel. Finalement, je te demande d’arrêter. Épuisé et décon­te­nan­cé, tu tires la langue. T’es un achar­né du cli­to un peu penaud, un peu nigaud. Mais toi, au moins, t’as essayé. Causette

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