0008208
Dieu existe, son nom est Petrunya © Pyramide Distribution

La sélec­tion de mai 2019

Dieu existe, son nom est Petrunya, de Teona Strugar Mitevska

Teona Strugar Mitevska se défi­nit comme une fémi­niste, une artiste et une acti­viste. Difficile, donc, d’attendre quelque chose de tiède de cette réa­li­sa­trice macé­do­nienne. Bingo ! Avec Dieu existe, son nom est Petrunya, elle nous livre un film com­ba­tif et jubi­la­toire. 
Au cœur de cette fic­tion mor­dante, ins­pi­rée d’un fait réel, la Petrunya du titre. Au chô­mage, constam­ment infé­rio­ri­sée, cette ronde tren­te­naire tombe par hasard sur une pro­ces­sion sui­vie par une horde d’hommes torses nus. Étrange ? Pas tant que ça ! Chaque année, en jan­vier, le pope lance une croix de bois dans la rivière qui tra­verse cette petite ville des Balkans ; celui qui la récu­père s’assurant bon­heur et pros­pé­ri­té. Sauf que, ce jour-​là, Petrunya s’en empare sur un coup de tête. Scandale ! Jamais aucune femme n’avait osé par­ti­ci­per à ce rituel mas­cu­lin… Tournant en ridi­cule la reli­gion, les poli­tiques, la police et toute forme de pou­voir patriar­cal, Teona Strugar Mitevska fait feu de tout bois. Son film est riche et malin, oscil­lant entre la chro­nique sociale et le récit d’émancipation, entre la comé­die et la charge anti­ma­chos. Il a la chance, aus­si, d’être illu­mi­né par le talent de Zorica Nusheva. Captivante et futée dans le rôle de Petrunya, elle est… en état de grâce !

Coming Out, de Denis Parrot

Préparez vos mou­choirs, ce film va vous bou­le­ver­ser ! Pourtant, au départ, ça n’est qu’un mon­tage – per­ti­nent – de vidéos pos­tées sur YouTube entre 2012 et 2018 par des jeunes du monde entier. Sauf que ce dis­po­si­tif très simple, par­fois trem­blo­tant, donne à voir une mosaïque de coming out. Soit quelques mots pro­non­cés face camé­ra à l’adresse des parents, des proches, pour dire une homo­sexua­li­té jusque-​là tenue secrète. Car encore trop sou­vent jugée déviante ou sacri­lège (quand elle n’est pas cri­mi­na­li­sée). Au-​delà du cou­rage des une·s et des autres (assor­ti, par­fois, d’un nar­cis­sisme atten­dris­sant), c’est sur­tout la soli­tude de ces filles, de ces gar­çons, qui frappe. Oui, c’est peut-​être cela le plus poi­gnant et le plus scan­da­leux : ce sen­ti­ment d’isolement… que seul Internet par­vient à rompre.

Séduis-​moi si tu peux !, de Jonathan Levine

Ne pas s’arrêter au titre : il est fran­che­ment rin­gard. À contre­sens du film (hila­rant) qu’il pré­tend défendre ! Car si Séduis-​moi si tu peux ! ­inves­tit le registre de la comé­die roman­tique, c’est pour mieux le dyna­mi­ter. Jugez plu­tôt : ici nous est conté le coup de foudre (à retar­de­ment) entre une femme poli­tique brillante, belle, puis­sante, et un jour­na­liste au chô­mage, pico­leur et mal pei­gné… De l’art de cha­hu­ter les stéréo­types de genre (elle fini­ra pré­si­dente et lui « ­pre­mière dame » éna­mou­rée). De l’art, aus­si, de pla­cer les bonnes per­sonnes au bon endroit. À savoir Seth Rogen, génial ­humo­riste et scé­na­riste amé­ri­cain, dans le rôle du jour­na­liste out­si­der, et Charlize Theron, excel­lente comme tou­jours, dans celui de la future pré­si­dente des States. Improbable ? Oui, justement !

Astrid, de Pernille Fischer Christensen 

Qui ne connaît pas Fifi Brindacier, la « petite fille la plus forte du monde » ? Sa gouaille, son aplomb et ses nattes rousses ont fait d’elle l’une des héroïnes les plus popu­laires de la lit­té­ra­ture jeu­nesse. Pas sûr, en revanche, que le grand public sache tou­jours bien situer Astrid Lindgren, celle qui l’a inven­tée. Un tort… heu­reu­se­ment répa­ré par Pernille Fischer Christensen. Avec Astrid, la réa­li­sa­trice se penche sur les jeunes années, déci­sives, de cette savou­reuse roman­cière sué­doise… pour mieux nous éclai­rer sur son œuvre. Résolument moderne. On la découvre ain­si à l’âge de 16 ans, alors qu’elle décroche un job dans le jour­nal local de sa petite ville, tombe amou­reuse de son patron (marié) et… devient « fille-​mère ». Un véri­table scan­dale dans la Suède rurale des années 1920 ! Rien qui n’entame, pour­tant, sa force ni son anti­con­for­misme. Astrid choi­sit d’être une femme libre (d’élever seule son fils, d’écrire et de tra­vailler). 
Qui ne connaît pas Fifi Brindacier, la « petite fille la plus forte du monde » ? Sa gouaille, son aplomb et ses nattes rousses ont fait d’elle l’une des héroïnes les plus popu­laires de la lit­té­ra­ture jeu­nesse. Pas sûr, en revanche, que le grand public sache tou­jours bien situer Astrid Lindgren, celle qui l’a inven­tée. Un tort… heu­reu­se­ment répa­ré par Pernille Fischer Christensen. Avec Astrid, la réa­li­sa­trice se penche sur les jeunes années, déci­sives, de cette savou­reuse roman­cière sué­doise… pour mieux nous éclai­rer sur son œuvre. Résolument moderne. On la découvre ain­si à l’âge de 16 ans, alors qu’elle décroche un job dans le jour­nal local de sa petite ville, tombe amou­reuse de son patron (marié) et… devient « fille-​mère ». Un véri­table scan­dale dans la Suède rurale des années 1920 ! Rien qui n’entame, pour­tant, sa force ni son anti­con­for­misme. Astrid choi­sit d’être une femme libre (d’élever seule son fils, d’écrire et de tra­vailler). 
Classique mais vibrant, le récit d’Astrid res­ti­tue joli­ment la flamme de cette pion­nière (qui s’est éteinte à l’âge res­pec­table de 94 ans en 2002). Le soin por­té à l’image y contri­bue beau­coup, tout autant que la lumi­neuse fraî­cheur d’Alba August dans le rôle-titre.

Alice T., de Radu Muntean

DSC 4611 36
Andra Guti dans le rôle d’Alice, avec Mihaela Sirbu (Bogdana). © Bac Films

Impossible de la rater avec sa tignasse rouge, ses épaules rondes, son air bou­deur et son bagou incon­trô­lable. Alice, 16 ans, a tout de l’adolescente écor­chée ! Une héroïne « badass » et tota­le­ment magné­tique, qui n’est évi­dem­ment pas la pre­mière à vam­pi­ri­ser le film d’un cinéaste confir­mé. Que l’on se sou­vienne seule­ment d’À nos amours, chef‑d’œuvre de Maurice Pialat, qui révé­la Sandrine ­Bonnaire, en 1983, au même âge fré­mis­sant, sen­suel, exces­sif.
Précisément : Radu Muntean, le réa­li­sa­teur rou­main d’Alice T., vénère ce ciné­ma brut, natu­ra­liste, en état de ten­sion per­ma­nente. Comme Pialat, il est un excellent direc­teur d’acteurs et ­d’actrices (dans le rôle d’Alice, la jeune Andra Guti est sidé­rante). Et comme Pialat, il colle au plus près de ses per­son­nages, de leurs émo­tions, de leurs conflits. Il fait bien : la rela­tion entre Alice et Bogdana, sa mère adop­tive, per­met peu à peu à son film de se dis­tin­guer de son modèle, donc de trou­ver sa véri­té. Un lien tumul­tueux : la jeune fille annonce à sa mère débor­dée qu’elle est enceinte, ravi­vant de sourdes dou­leurs chez cette femme sté­rile. Mais ren­for­çant aus­si un lien puis­sant, com­plexe, irré­duc­tible. À leur amour ! Puisque, in fine, c’est bien de cela (et de la famille…) qu’Alice T. nous parle !

Her Job, de Nikos Labôt

Une femme douce, un récit sub­til, un film fort. D’apparence modeste, Her Job sur­prend de bout en bout. Ce pre­mier long-​métrage signé Nikos Labôt raconte le par­cours de Panayiota, une femme au foyer illet­trée qui se libère en deve­nant femme de ménage dans une grande sur­face. Des ver­tus du tra­vail, même le plus pré­caire. Cette chro­nique de la sur­vie ordi­naire se déroule en Grèce, aujourd’hui, dans un quar­tier popu­laire d’Athènes. Il y est donc autant ques­tion d’émancipation fémi­nine que des ravages de la crise économico-​financière (au tra­vail, à l’école, dans la rela­tion de couple). Rien de démons­tra­tif pour autant. Le réa­li­sa­teur opte pour un ton doux, empa­thique quoique lucide, rac­cord avec son héroïne (inter­pré­tée par la magné­tique Marisha Triantafyllidou). La meilleure façon de stig­ma­ti­ser – par contraste – la bru­ta­li­té du monde contem­po­rain ! Enchaînant des say­nètes atta­chantes, il donne une épais­seur ­for­mi­dable à ses per­son­nages. Gens de peu qu’on n’avait pas regar­dés de façon aus­si tendre depuis le néo­réa­lisme italien. 

Quand nous étions sor­cières, de Nietzchka Keene

010 026 039
Björk, actrice dans une fable réa­li­sée en 1989 et inédite en France. © Capriocci Films

Pour quelle rai­son étrange cette fable mélan­co­lique, réa­li­sée en 1989 et por­tée par une toute jeune Björk d’à peine 20 ans, est-​elle res­tée si long­temps inédite en France ? Il n’est que temps de la décou­vrir ! 
Située à la fin du Moyen Âge, Quand nous étions sor­cières raconte une his­toire sacré­ment dépay­sante quoique fami­lière… Adapté libre­ment d’un conte des frères Grimm, le film, entiè­re­ment res­tau­ré, chro­nique la fuite de Margit et de sa sœur aînée, Katla, après que leur mère a été brû­lée pour sor­cel­le­rie. Puis leur ins­tal­la­tion dans la ferme de Johann, un pay­san qui élève seul son petit gar­çon. Et, enfin, la rela­tion qui se noue entre Johann et Katla, au grand dam de l’enfant (qui lui reproche de prendre la place de sa mère). Haine et super­sti­tions vont donc se déchaî­ner à nou­veau, tan­dis que Margit se réfu­gie, elle, dans son monde ima­gi­naire… 
Premier bonus : Margit, c’est Björk, fas­ci­nante de sim­pli­ci­té et de dou­ceur ! L’ampleur des pay­sages islan­dais qui l’entourent favo­rise, il est vrai, l’envoûtement. Filmés en noir et blanc, ils nous trans­portent immé­dia­te­ment. Reste que si cette sobre esthé­tique séduit, elle ne verse jamais dans la poé­sie éthé­rée. Ce que Nietzchka Keene nous donne à voir, c’est bien l’éternelle soli­tude des femmes dans un monde d’hommes… 

Fugue, d’Agnieszka Smoczynska

La pre­mière image est de celles qui ne s’oublient pas. On y découvre Alicja, l’héroïne de Fugue, au sor­tir d’un tun­nel, tré­bu­chant sur les rails de la gare cen­trale de Varsovie. Hagarde. Bizarre. La séquence sui­vante, située deux ans après, nous donne une amorce d’explication : la jeune femme ne sait plus rien de son pas­sé ni de son iden­ti­té. Ce que la psy­chia­trie dénomme « une fugue dis­so­cia­tive ». À la suite d’une émis­sion de télé, sa famille finit pour­tant par l’identifier. Alicja est donc priée de réin­té­grer son ber­cail, mari, enfant et belle mai­son à la clé. Un home sweet home qu’elle jauge d’un regard farouche et dis­tant. Hyper intri­gant. 
C’est l’un des grands talents du long-​métrage d’Agnieszka Smoczynska que de savoir ména­ger ce mys­tère, grâce à une réa­li­sa­tion sub­ti­le­ment inquié­tante et un juste tra­vail sur les cou­leurs (pâles et froides). L’idée est de res­ti­tuer l’espace men­tal de cette femme amné­sique. D’autant plus inté­res­sante qu’elle fut une fille-​mère-​épouse conven­tion­nelle. En clair, sa méta­mor­phose trou­blante et trou­blée nous parle, en creux, de l’émancipation dif­fi­cile des femmes dans la Pologne de 2019 ! C’est dire si Fugue, por­té par l’intense Gabriela Muskala, est un film mémorable.

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.