DSC8113 ∏Denis Manin
©DR

En salle : "Les Meilleures", un film puis­sant qui raconte l'amour entre deux adolesentes

Les Meilleures est un film rare. Parce qu’il donne le beau rôle aux filles dans un quar­tier popu­laire. Et parce qu’il raconte un pre­mier amour entre deux ado­les­centes d’origine magh­ré­bine. Avec force et humour. Explications avec Marion Desseigne-​Ravel, sa réalisatrice.

Causette : D’où vient cette idée, si peu trai­tée au ciné­ma, voire car­ré­ment taboue ?
Marion Desseigne-​Ravel :
J’ai gran­di à Avignon, où ma mère était institu- trice dans un quar­tier popu­laire. Un uni­vers qui m’est donc fami­lier. Plus tard, lorsque j’ai été reçue à la Fémis [l’une des deux grandes écoles de ciné­ma en France, ndlr] et que je suis arri­vée à Paris, j’ai trou­vé un appar­te­ment dans le quar­tier de la Goutte‑d’Or. En bas de chez moi, il y avait une asso­cia­tion qui fai­sait du sou­tien sco­laire et j’ai tout de suite eu envie d’aller voir, de ren­con­trer ces jeunes. C’est comme ça que je suis deve­nue béné­vole ! Arrive le « mariage pour tous »… Ses oppo­sants avaient eu la drôle d’idée de venir trac­ter à Barbès. Un jour, les ados de l’asso ont débar­qué avec des tracts hyper viru­lents et m’ont prise à par­tie sur la ques­tion de l’homosexualité. À ce moment-​là, je vivais avec une femme. Je ne leur en avais jamais par­lé, mais ils ont dû sen­tir quelque chose… Bref ! Leurs ques­tions m’ont secouée, et même bou­le­ver­sée, mais cela a été un vrai moment d’échange. C’est cela qui a fait naître l’idée des Meilleures

Pourquoi ce désir, dès votre pre­mier long-​métrage, de fil­mer ce qui est tota­le­ment invi­si­bi­li­sé d’ordinaire ?
M. D.-R. :
Parce que, lorsque j’avais l’âge de mes héroïnes, ce film-​là m’a man- qué. J’ai décou­vert mon homo­sexua­li­té quand j’avais 14–15 ans, j’en ai 35 aujourd’hui. À l’époque, il n’existait pas de film qui raconte une belle his- toire d’amour entre deux femmes. Je veux dire une his­toire qui ne finisse pas tra­gi­que­ment ! Cela étant, c’est moins l’adolescence que j’ai vou­lu racon­ter avec Les Meilleures, que le pre­mier désir. Celui qui nous révèle à nous-mêmes.

Comment avez-​vous choi­si vos deux actrices prin­ci­pales ? Avez-​vous ren­con­tré des réti­cences, ou même essuyé des refus ?
M. D.-R. :
Lina El Arabi, qui inter­prète Nedjma, est arri­vée de manière clas- sique, par un cas­ting. Elle avait déjà été très remar­quée dans Noces, de Stephan Streker (2017). J’ai immé­dia­te­ment per­çu en elle quelque chose d’assez dur, d’assez street, et en même temps une fis­sure, une fra­gi­li­té. Il est rare de trou­ver ces deux facettes dans une même per­sonne. La ren­contre avec Lina a donc été très forte. D’ailleurs, le reste du cas­ting s’est fait autour d’elle. Pour le per­son­nage de Zina, son amou­reuse, ça a été plus com­pli­qué. Un vrai par­cours de com­bat­tante ! Il y a eu des réti­cences, des refus, oui… Même pour le rôle de la petite sœur de Nedjma, cer­tains parents ne vou­lant pas que leur fille inter­prète la sœur d’une les­bienne ! Esther Rollande, qui inter­prète Zina, est donc arri­vée tard sur le pro­jet. C’était sa toute pre­mière expé­rience de jeu, mais j’ai été impres- sion­née par sa matu­ri­té. Pour Lina, comme pour Esther, ça a été un vrai enga­ge­ment et une preuve de cou­rage d’incarner ces personnages…

Les Meilleures, de Marion Desseigne-Ravel. 

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