Le blues des mères quand l’enfant quitte le nid

Le syn­drome du nid vide, c’est ce moment où les parents, majo­ri­tai­re­ment des mères, se retrouvent comme la cigale, fort dépourvu·es quand la bise fut venue. Pas ques­tion de bise ici, mais de soli­tude lorsque l’enfant, le der­nier ou l’unique prend son envol et quitte le nid.

white stork on nest during daytime
© Ijon Tichy

Lorsque vous avez fran­chi les portes de votre mai­son avec cet enfant qui entrait dans votre vie, vous avez fait un baby blues. Et quand il a quit­té cette même mai­son pour voler de ses propres ailes, vous en avez fait un second. Solitude, tris­tesse, aban­don, peur de vieillir… le départ d’un enfant pour sa vie d’adulte peut entraî­ner chez les parents le « syn­drome du nid vide » – terme à la mode dans la presse fémi­nine ou les revues de vul­ga­ri­sa­tion psy­cho­lo­gique depuis le début du XXIè siècle sans qu’on sache vrai­ment com­ment il est appa­ru. Ce que l’on sait par contre, c’est qu’il désigne un moment où, lorsque l’enfant s’émancipe, cer­taines mères se sentent comme au bord de la route. Cette période dif­fi­cile concerne en effet davan­tage les mères que les pères, charge men­tale oblige. « Après des années de trop plein, d’un seul coup, c’est le vide. Alors dans cer­tains cas, il peut y avoir un « manque » de la charge men­tale avec cette impres­sion de ne plus être utile », ana­lyse Stéphanie Torre, psy­cha­na­lyste et psy­cho­thé­ra­peute, qui reçoit beau­coup de femmes venues consul­ter sur le sujet. « Pour l'heure, je n'ai jamais encore reçu d'homme dans ce cas de figure, constate-​t-​elle. Plutôt quelques hommes qui ont par contre peur de se retrou­ver entre quatre yeux avec leur com­pagne… Pour assis­ter au syn­drome du nid vide chez un homme, il fau­drait qu'il fasse par­tie de ceux, encore rares, qui décident de miser davan­tage sur leur pater­ni­té que sur leur car­rière. »

En atten­dant, donc, ce sont dans leur immense majo­ri­té des mères qui se trouvent bou­le­ver­sées par le départ de leur ché­ru­bin. Comme Alice, per­son­nage prin­ci­pal du roman La vie en ose de Lisa Azuelos, elles ouvrent les yeux à l’aube de la cin­quan­taine avec l’impression d’avoir tout misé, et pour­tant n’avoir rien gagné. « Elles n’ont pas tou­jours une vie pro­fes­sion­nelle qui les motive, ne se sentent par­fois pas épa­nouies dans leur vie per­son­nelle. Il n’y a pas d’investissement suf­fi­sant ailleurs pour que ça puisse prendre une vraie dimen­sion à cette période dif­fi­cile », observe la psychanalyste.

Investir sa place en tant que sujet

Pour les mères au foyer, « mamans à temps plein » désor­mais au chô­mage, on leur dit qu’elles sont désor­mais seniors sur le mar­ché du tra­vail. Nécessité alors de se réin­ven­ter en décou­vrant de nou­veaux codes socié­taux qu’elles n’ont pas vus arri­ver, prises dans leur quo­ti­dien au foyer.

Quant à celles céli­ba­taires et à la recherche de l’amour, elles en viennent à dou­ter par­fois de leur beau­té, mer­ci Yann Moix et consorts. Ces femmes mesurent tout d’un coup que le temps a pas­sé et il faut l’avouer, c’est un sacré ver­tige : « elles se retrouvent dépour­vues de "mis­sion conju­gale" en plus d’être pri­vées de "mis­sion paren­tale" », pré­cise Stéphanie Torre. C’est le cas d’Alice, quin­qua­gé­naire fraî­che­ment sépa­rée dont la fille vient de prendre son envol. Elle se ques­tionne au début du roman, « à quoi sert-​on lorsqu’on n’est plus ni une mère, ni une épouse ? » « Après le départ d’un enfant du nid fami­lial, il est cru­cial pour la mère de véri­ta­ble­ment inves­tir sa place en tant que sujet, de s’interroger sur la place de ses dési­rs », déve­loppe Stéphanie Torre.

Pour une grande majo­ri­té, le syn­drome du nid vide n’est qu’un pont tor­tueux entre deux cha­pitres de la vie. Mais pour cer­taines, cette période dif­fi­cile devient une mélan­co­lie qui se révèle même inva­li­dante. Alors, quand l’état dépres­sif pointe le bout de son nez et que les idées noires s’installent en nou­veaux colo­ca­taires, il est for­te­ment conseillé de se tour­ner vers un pro­fes­sion­nel. « Se tour­ner vers son méde­cin et accom­pa­gner ce moment com­pli­qué par une prise de médi­ca­ment peut être une solu­tion tem­po­raire, mais je conseille d’entreprendre une psy­cho­thé­ra­pie d’inspiration ana­ly­tique, par laquelle la mère peut s’interroger sur son propre désir, s’interroger sur soi et se poser la ques­tion "pour­quoi je n’y arrive pas ?" », pré­cise Stéphanie Torre.

Apprendre à cou­per le cordon

De l’autre côté de la rive, quit­ter la mai­son fami­liale, prendre son indé­pen­dance, s’envoler pour sa vie d’adulte, c’est une grande joie, une grande exci­ta­tion mais aus­si une source d’inquiétude et par­fois même de culpa­bi­li­té. « Un enfant peut se retrou­ver en conflit de loyau­té entre ce parent dému­nie et son désir de vivre sa vie de jeune adulte. Il est donc évident que l’état d’esprit dans lequel se trouve le parent per­met à l’enfant de s’épanouir plus faci­le­ment », explique la psy­cha­na­lyse. Et s’il est dif­fi­cile de les voir par­tir, les voir reve­nir peut l’être tout autant. Alors quand le scé­na­rio du film Tanguy devient une réa­li­té, « il est cru­cial de poser un cadre et des limites. »

Pour la psy­cha­na­lyste, l’important est de pré­ve­nir le syn­drome du nid vide, d’apprendre à cou­per le cor­don petit à petit et ne pas attendre le départ fati­dique comme une épée de Damoclès. Et d’ajouter : « lorsque l’échéance approche, il est essen­tiel de retrou­ver des centres d’intérêts, de s’interroger sur les rêves qu’on avait mais qu’on a pas réa­li­sé faute de temps. » Et peut-​être serait-​ce vous qui ne répon­drait plus au téléphone.

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.