LES FLEURS AMERES photo 1
Les fleurs amères © Urban Distribution

La sélec­tion de sep­tembre 2019

Les Fleurs amères, d’Olivier Meys

Nombre de films récents ont chro­ni­qué les chan­ge­ments socio-​économiques en Chine. Les Fleurs amères, du Belge Olivier Meys, est pour­tant l’un des pre­miers à s’intéresser aux réper­cus­sions de ces trans­for­ma­tions en Occident. À Paris, pré­ci­sé­ment. Et c’est peu dire qu’il capte l’attention. Non seule­ment son sujet est ori­gi­nal (la com­mu­nau­té chi­noise de France est qua­si invi­sible au ciné­ma), mais aus­si sa manière de le trai­ter est remar­quable. Sobre, sûre et poi­gnante. En tous points rac­cord avec son per­son­nage prin­ci­pal. 
Optant pour la fic­tion, le réa­li­sa­teur suit au plus près le par­cours de Lina, une jeune femme ori­gi­naire du nord-​est de la Chine qui a choi­si d’émigrer à Paris. Son objec­tif ? Gagner plus d’argent pour l’envoyer à son mari et son fils res­tés au pays. Elle est ambi­tieuse et y croit dur comme fer : ses dés­illu­sions n’en seront que plus cruelles. De fait, comme elle ne parle pas le fran­çais et n’a pas de per­mis de séjour, Lina sera d’abord nou­nou avant de se pros­ti­tuer. Comme nombre de ses sœurs d’exil, toutes issues de la même région et avec les­quelles elle recons­ti­tue une famille fra­gile. Aucun doute, pour­tant, ne vien­dra inflé­chir sa déci­sion et son sens du sacri­fice. De même qu’aucun pathos ne par­vien­dra à alté­rer la ligne claire de ce beau film grave. A. A.

Fête de famille, de Cédric Kahn

C’est sûr, ce film va vous secouer. L’argument, pour­tant, semble fami­lier : la mère d’une famille bour­geoise (Catherine Deneuve) réunit ses enfants à l’occasion de ses 70 ans. Mais cette fête joyeuse est per­tur­bée par l’arrivée sur­prise de sa fille, dis­pa­rue depuis plu­sieurs années. C’est là que tout ­bas­cule, loin du vau­de­ville annon­cé. Parce que ladite fille est un peu dingue, voire tout à fait instable (Emmanuelle Bercot est excep­tion­nelle dans ce rôle dif­fi­cile). Et parce que Cédric Kahn (auteur, réa­li­sa­teur et acteur) livre un film très vivant mais aus­si très cash. Sinon bru­tal. De fait, il inter­roge bel et bien la place de la folie – et du non-​dit – dans la cel­lule fami­liale… Fête de famille est l’une des œuvres les plus bou­le­ver­santes de ce cinéaste rugueux mais ­puis­sant. A. A.

Les Hirondelles de Kaboul, de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

Afghanistan, été 1998. Kaboul, en ruines, est occu­pée par les tali­bans. Terreur et obs­cu­ran­tisme accablent ses habi­tants. C’est alors que deux couples – l’un jeune et moderne, l’autre âgé et désem­pa­ré – vont croi­ser leurs des­tins… Adapté du livre du même nom de Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul est un film d’animation puis­sant sur l’intégrisme reli­gieux. Sa pré­ci­sion, très réa­liste et par­fois vio­lente, n’a d’égale que sa grâce. Coréalisé par Zabou Breitman et la des­si­na­trice Eléa Gobbé-​Mévellec, il est por­té par la dou­ceur lumi­neuse de son gra­phisme. Mais encore par les voix vibrantes de Zita Hanrot, de Swann Arlaud, de Simon Abkarian et de Hiam Abbass, merveilleux·ses inter­prètes. Une réus­site. A. A.

Coproduit par Les Armateurs, par­ti­ci­pa­tion majo­ri­taire de Hildegarde, pro­prié­taire de Causette Média. 

Vif-​argent, de Stéphane Batut

Les films de fan­tômes ou de morts-​vivants ne sont pas tous roma­nesques et vibrants. Celui-​là l’est, mer­veilleu­se­ment. Pour son pre­mier long-​métrage, Stéphane Batut a choi­si de racon­ter une (sublime) his­toire d’amour entre un reve­nant, mis­sion­né sur terre pour recueillir le der­nier sou­ve­nir des mou­rants, et une jeune femme bien vivante (Judith Chemla, irré­sis­tible), qu’il a déjà croi­sée il y a long­temps et qui ne l’a jamais oublié. Auront-​ils droit à une seconde chance ? Telle est la ques­tion posée par ce récit sin­gu­lier, qui mixe avec une rare déli­ca­tesse pré­ci­sion docu­men­taire (leur ren­contre se fait à Paris) et élé­ments fan­tas­ma­go­riques. Une chose est sûre : au ciné­ma, le roman­tisme n’est pas mort. A. A.

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© Gaumont

La Vie sco­laire, de Grand Corps malade et Mehdi Idir

Visiblement, Grand Corps malade et son coréa­li­sa­teur Mehdi Idir aiment plan­ter leurs camé­ras dans des espaces clos. Scènes de théâtre idéales pour accueillir leurs comé­dies sym­pa­thiques, tis­sées de bons mots et de bons sen­ti­ments. Après l’hôpital dans Patients, voi­là qu’ils nous immergent dans le quo­ti­dien d’un col­lège répu­té dif­fi­cile de la Seine-​Saint-​Denis. Une belle éner­gie se dégage de leur chro­nique amu­sée, même si elle n’évite pas tou­jours la cari­ca­ture, côté profs comme côté élèves. Un bon point : La Vie sco­laire est non seule­ment un hymne à la vie mais aus­si à l’école de la République (si, si). Quant à Zita Hanrot (lire page 98), elle assure comme une cheffe dans le rôle pivot de la jeune CPE. Mention très bien pour elle ! A. A.

KusamaDotCar©HarrieVerstappen
© Harrie Verstappen

Kusama Infinity, de Heather Lenz 

Connaissez-​vous Yayoi Kusama ? Reconnaissable à ses che­veux rouges cou­pés au car­ré, ses che­mises à pois et ses 90 balais flam­boyants, elle est l’une des artistes contem­po­raines les plus ven­dues au monde. Depuis plus de qua­rante ans, elle vit pour­tant, de son plein gré, à l’hôpital psy­chia­trique de Seiwa, au Japon, près duquel elle a fait ins­tal­ler son ate­lier et où elle se rend quo­ti­dien­ne­ment d’un petit pas chan­ce­lant. 
Il faut dire que sa vie n’a pas été un long fleuve tran­quille. Elle qui com­men­ça à des­si­ner dès l’âge de 10 ans fut mul­ti­trau­ma­ti­sée. D’abord par les hor­reurs de la Seconde Guerre mon­diale. Mais aus­si et peut-​être encore plus par une édu­ca­tion ultra conser­va­trice dans une famille tota­le­ment dys­fonc­tion­nelle. Très vite, on diag­nos­tique à la jeune fille une névrose com­pul­sive obses­sion­nelle. Victime de nom­breuses hal­lu­ci­na­tions, elle par­vient à trans­for­mer ce han­di­cap en art. 
Son obses­sion pour les pois, notam­ment, don­ne­ra lieu à des ins­tal­la­tions gran­dioses aujourd’hui visibles dans les plus grands musées du monde. Une grande vic­toire pour celle qui fut si long­temps reje­tée, dans son pays mais aus­si aux États-​Unis où elle déci­da d’émigrer en 1957, par­ti­ci­pant au mou­ve­ment psy­ché­dé­lique et pop art. Victime de sexisme, de racisme et régu­liè­re­ment pillée par ses com­parses mas­cu­lins, elle n’a ces­sé de lut­ter pour exis­ter et pou­voir dévoi­ler son art au reste du monde. Son par­cours hal­lu­ci­nant (dans tous les sens du terme) est racon­té dans Kusama Infinity, le docu­men­taire que lui consacre la réa­li­sa­trice Heather Lenz. S. G.

Jeanne, de Bruno Dumont

La mis­sion guer­rière et spi­ri­tuelle de Jeanne d’Arc vous indif­fère ? Baissez la garde ! Le nou­veau film de Bruno Dumont, qui s’intéresse pour la deuxième fois à la petite ber­gère de Domrémy, va vous trans­por­ter corps et âme. Le cinéaste radi­cal de L’Humanité ou de Ma loute pro­pose avec Jeanne une adap­ta­tion très ins­pi­rée du texte ori­gi­nel (et magni­fique) de Charles Péguy. Grand for­ma­liste, lui aus­si, Dumont le trans­cende lit­té­ra­le­ment, ­pri­vi­lé­giant l’épure, la beau­té et l’élévation tout au long d’un récit jalon­né de méta­phores et de grâce. On n’oubliera pas de sitôt ses dunes nor­distes bat­tues par le vent, ni son splen­dide bal­let de che­vaux fil­mé en plon­gée, ni le regard inflexible de Lise Leplat Prudhomme, sa toute jeune inter­prète. Quant à la musique du chan­teur Christophe, auteur de la BO, elle est divine. A. A.

Le Mariage de Verida, de Michela Occhipinti

Issue du docu­men­taire, Michela Occhipinti réa­lise ici sa pre­mière fic­tion, avec des acteurs non pro­fes­sion­nels. Si le scé­na­rio et l’interprétation sont un peu aléa­toires, son sujet est joli­ment déca­lé, aigui­sant nos regards comme jamais. Le Mariage de Verida raconte le par­cours d’émancipation d’une jeune fille mau­ri­ta­nienne. Sur le point de se marier, elle est obli­gée de se gaver de nour­ri­ture, selon la tra­di­tion, afin de gros­sir pour plaire à son futur mari. Autant dire que l’on est à rebours du modèle occi­den­tal (et de sa « min­ceur par­faite »), même si, là encore, le corps de la femme doit se plier à des dik­tats insup­por­tables. En clair, ce petit film empa­thique se déguste avec curio­si­té et plai­sir. Il célèbre bel et bien, in fine, la déso­béis­sance de son héroïne. A. A.

Mjólk, la guerre du lait, de Grimur Hakonarson

Les figures de femmes mûris­santes et tei­gneuses ont la cote au ciné­ma ! 3 Billboards, avec la géniale Frances McDormand, en est l’exemple le plus récent. On y pense pas mal en décou­vrant Mjólk… deuxième film de Grimur Hakonarson après ses irré­sis­tibles Béliers. Une même colère anime Inga, son héroïne. Une colère froide (on est en Islande), mais tout aus­si intrai­table. Jugez plu­tôt : la dame est exploi­tante lai­tière dans un vil­lage situé non loin de Reykjavik. À la mort de son mari, elle reprend les rênes de l’entre­prise fami­liale, très endet­tée. Elle découvre alors le mono­pole ­abu­sif que la coopé­rative impose aux agri­cul­teurs locaux et décide d’entrer en guerre contre ce sys­tème mafieux… Difficile de ne pas la suivre. D’abord parce qu’Inga n’a pas le pro­fil type de l’activiste. C’est une femme calme, qui va juste ten­ter de se frayer un che­min dans une socié­té mas­cu­line. Pas gagné ! Ensuite parce que la réa­li­sa­tion de Grimur Hakonarson accom­pagne fine­ment sa « révo­lu­tion inté­rieure ». Ses longs plans fixes, qui dévoilent l’âpre soli­tude alen­tour, impriment un rythme sin­gu­lier à ce récit tragi-​comique. Enfin parce que le com­bat d’Inga dépasse les spé­ci­fi­ci­tés islan­daises. Nul besoin d’être spé­cia­liste en quo­tas lai­tiers pour com­prendre que le sort des pay­sans est lié au nôtre et vice-​versa. Là-​bas comme ici. A. A.

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