Lætitia, édu­ca­trice au secours des ados difficiles

Chaque mois, on demande à quelqu’un·e pour­quoi il ou elle se lève le matin. La réponse en dessins. 

Lætitia Cuzon est édu­ca­trice pour la pro­tec­tion judi­ciaire de la jeu­nesse (PJJ) depuis dix ans. Elle tra­vaille aux ser­vices ter­ri­to­riaux édu­ca­tifs de milieu ouvert (Stemo), à l’unité édu­ca­tive de milieu ouvert (Uemo Friant), qui couvre les arron­dis­se­ments du Sud pari­sien. Elle suit des jeunes fai­sant l’objet de mesures édu­ca­tives sur déci­sion d’un juge pour ten­ter d’éviter de les voir un jour pas­ser par la case pri­son. Et si pos­sible pour redis­tri­buer un peu les cartes « chance ». 

Il est 9 heures à l’unité édu­ca­tive d’hébergement col­lec­tif (UEHC) de Meaux (Seine-​et-​Marne) où a été pla­cé le jeune Mehdi*. La réunion de syn­thèse le concer­nant peut com­men­cer. Autour de la table, l’éducatrice réfé­rente du jeune pen­dant les six mois qu’il pas­se­ra au foyer, la psy­cho­logue, l’assistante sociale (AS) et Lætitia. Mehdi, c’est « son » jeune, elle le suit depuis deux ans. Mehdi a été pla­cé à l’UEHC, il y a un mois. Il a enchaî­né 220 absences à l’école dans le tri­mestre et comp­ta­bi­lise trois contrôles judi­ciaires en cours – dont un pour ten­ta­tive d’homicide… Les pro­fes­sion­nelles croisent les infos pour avoir une vision d’ensemble. 

travail éducatrice

L’Uemo Friant fonc­tionne à flux ten­du depuis des années, cer­tains jeunes, comme Mehdi, ont beau­coup de mesures en cours, et c’est autant de dos­siers à gérer pour leurs édu­ca­teurs aux emplois du temps mil­li­mé­trés.
« Il y a un max d’activités, à chaque sor­tie on a une entrée, ça n’arrête pas. Il y a même une liste d’attente. On croule sous les mesures. C’est frus­trant de man­quer de temps, d’être dis­per­sé. On apporte un accom­pa­gne­ment sur les dif­fi­cul­tés sco­laires, fami­liales, de san­té, d’insertion sociale. On tente de pré­ve­nir la réci­dive, on bosse le maillage avec le sec­teur psy, les éducs de pré­ven­tion, l’ASE (aide sociale à l’enfance), l’Éducation natio­nale… On se doit encore d’être dis­po pour aller ren­con­trer un môme en déten­tion en cas ­d’incarcération… », explique Lætitia.

PJJ 4 1

Lætitia ne se dépar­tit jamais d’un voca­bu­laire pro­fes­sion­nel, tout en sobrié­té. Sous cette cara­pace de sérieux, un réel enga­ge­ment pour cha­cun de ces gamins se devine.
« Ma tra­jec­toire a tou­jours été tour­née vers les jeunes. J’ai été pionne, je vou­lais deve­nir CPE*. Je veux appor­ter une alter­na­tive à ces gamins plus fra­giles que d’autres. Ma grand-​mère accueillait des mômes pla­cés, qui l’aimaient beau­coup, ça a peut-​être un lien. » 
« Il y a par­fois des coups de “moins bien”, des situa­tions qui peuvent t’envahir. Quand un jeune décède lors d’une rixe entre quar­tiers rivaux, par exemple. Et puis on est limi­té dans les moyens de mise en œuvre, ça peut être décou­ra­geant. C’est un peu violent quand t’apprends que le môme que tu suis a été ren­voyé en Algérie. Les mineurs iso­lés, c’est le plus dur. » 

* Conseillère prin­ci­pale d’éducation

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Cet après-​midi, Lætitia accom­pagne le jeune Ben* à la 25e chambre du ­tri­bu­nal pour enfants. Âgé de 17 ans au moment des faits – déten­tion de stu­pé­fiants et rébel­lion –, il en a aujourd’hui 19. Son audience a été repor­tée en rai­son d’une longue hos­pi­ta­li­sa­tion. « On a décou­vert en cours de mesure que Ben était psy­cho­tique, il entend la voix d’un frère ima­gi­naire. Nous ­sui­vons de plus en plus de jeunes avec des pro­blèmes psy. »

Lætitia appré­hende. À ses ques­tions, pour pré­pa­rer l’audience, Ben répond à peine. Sa mère le couve d’un regard anxieux et aimant. Lætitia la récon­forte, court après l’avocate pour lui trans­mettre les infos.
« Le lien de confiance peut prendre du temps, ce dont on manque. Il faut asso­cier les familles. »


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Ils sortent d’audience vers 18 heures. Par res­pect pour la situa­tion médi­cale de Ben, la cour a déli­bé­ré tout de suite. Un mois avec sur­sis, assor­ti d’une obli­ga­tion de soins et de for­ma­tion.
Comme à chaque fois, Lætitia essaie d’être pré­sente jusqu’au déli­bé­ré, par­fois jusque dans la nuit. « Ce sont des moments impor­tants pour les familles. »
La mère de Ben a les yeux humides. 


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* Les pré­noms ont été modifiés.

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