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© Charlein Gracia

Adoptions illé­gales : l'ONU affirme qu'elles pour­raient rele­ver de crimes contre l'humanité

Une vic­toire pour les vic­times et leurs familles : pour la pre­mière fois, l'Organisation des nations unies ren­verse la table en qua­li­fiant, dans cer­taines cir­cons­tances, les adop­tions illé­gales comme des crimes contre l'humanité.

C'est une décla­ra­tion pas­sée sous les radars média­tiques mais qui apporte beau­coup d'espoir pour les per­sonnes qui ont été adop­tées enfants à l'international. Jeudi 29 sep­tembre, l'Organisation des nations unies a recon­nu que « les adop­tions illé­gales à l'international sont sus­cep­tibles de vio­ler l'interdiction des enlè­ve­ments, ventes ou tra­fics d'enfants et l'interdiction des dis­pa­ri­tions for­cées ». Plus encore : « Dans cer­taines cir­cons­tances défi­nies par les lois des pays, les adop­tions illé­gales à l'international pour­raient consti­tuer de graves crimes rele­vant du géno­cide ou des crimes contre l'humanité. » Un ren­ver­se­ment du para­dygme, puisque dans ces affaires d'adoptions illé­gales, les vic­times se retrouvent dému­nies face au droit, qui ne leur per­met bien sou­vent que de por­ter plainte dans leur pays d'adoption pour… Escroquerie, avec, évi­dem­ment, des délais de pres­crip­tion très courts pour ce genre de délits.

« C'est une étape fon­da­men­tale dans le com­bat que nous menons pour la recon­nais­sance des crimes qui ont mené à nos adop­tions », se réjouit Coline Fanon, fon­da­trice de Racines per­dues, qui aide les per­sonnes adopté·es au Guatemala à retrou­ver leurs familles d'origines et plaide la cause des adopté·es auprès des ins­ti­tu­tions. La décla­ra­tion de l'ONU – qui émet aus­si une série de pré­co­ni­sa­tions telles que la créa­tion d'un fichier ADN per­met­tant de faci­li­ter la recherche d'origines – est un pre­mier pas pour per­mettre aux enfants lésé·es par de sor­dides tra­fics, mais aus­si à leurs familles d'origine comme d'adoption, d'obtenir jus­tice. « La por­tée de ce texte va dépendre, dans cha­cun de ces par­cours dou­lou­reux, des sta­tuts et conven­tions rati­fiés par les pays par­tie pre­nante », observe Coline Fanon. 

Lire aus­si l « Les Enfants de Reine de Miséricorde » : scan­dale de l’adoption en Éthiopie – Épisode 1

Elle-​même vic­time d'un tra­fic d'enfants et arra­chée à sa mère bio­lo­gique pour être adop­tée en Belgique, Coline Fanon a mis sur pieds il y a quelques mois le col­lec­tif VAIA, pour Voices against ille­gal adop­tions. VAIA regroupe 13 asso­cia­tions d'adopté·es de dif­fé­rents pays d'origine ou d'adoption. Coline Fanon a été enten­due l'année der­nière par le groupe d'expert·es des dis­pa­ri­tions for­cées, rat­ta­ché au comi­té des droits de l'homme de l'ONU. « Ça a été un moment très fort puisque, à l'issue de mon audi­tion, où j'ai racon­té mon his­toire mais aus­si décrit les dys­fonc­tion­ne­ments sys­té­miques de l'adoption inter­na­tio­nale, un des experts pleu­rait », se souvient-elle.

Le texte publié la semaine par l'instance inter­na­tio­nale der­nière résulte direc­te­ment de cet effort de plai­doyer de longue haleine, mené par plu­sieurs des asso­cia­tions regrou­pées dans VAIA. « Les témoi­gnages pleuvent, tient à sou­li­gner Coline Fanon. Beaucoup de vic­times écrivent des livres racon­tant leur his­toire, qui sen­si­bi­lisent le grand public à ce sujet et contri­buent à ce que les ins­ti­tu­tions, qu'elles soient natio­nales ou inter­na­tio­nales, nous prêtent atten­tion. Chez VAIA, il n'y a pas moins de quatre autrices. Lynelle Long, avo­cate aus­tra­lienne a écrit en anglais The Colour of time. Céline Breysse, fran­çaise, a écrit Good mor­ning Nilanthi, dans laquelle elle raconte sa recherche d'origines au Sri Lanka. Véronique Piaser a publié Ma fille, je ne savais pas, dans lequel elle retrace le cata­clysme qu'a été pour elle de décou­vrir que sa fille, adop­tée au Sri Lanka, avait été vic­time d'un tra­fic d'enfant. Et Maman, je ne suis pas morte, que j'ai moi-​même écrit et dans lequelle je raconte ma quête pour retrou­ver ma famille au Guatemala. »

Lire aus­si l « Les Enfants de Reine de Miséricorde » : escro­que­ries aux par­rai­nages ? – Épisode 2

Le com­bat conti­nue désor­mais pour VAIA, qui devrait être à nou­veau reçu au début de l'année 2023 à l'ONU pour conti­nuer à démê­ler la com­plexi­té du droit inter­na­tio­nal afin de per­mettre de judi­cia­ri­ser ces adop­tions illé­gales. Le 22 novembre, Coline Fanon sera audi­tion­née en France par la Mission de l'adoption inter­na­tio­nale (MAI), organe du minis­tère des Affaires étran­gères char­gé de veiller au res­pect des enga­ge­ments et des prin­cipes conte­nus dans les conven­tions régis­sant les adop­tions inter­na­tio­nales et aux­quelles la France a sous­crit : la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant, de 1989 et la Convention de La Haye de 1993 sur la pro­tec­tion des enfants et la coopé­ra­tion en matière d’adoption internationale.

Lire aus­si l « Les Enfants de Reine de Miséricorde » : les familles adop­tives portent plainte – Épisode 3

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