Anne Sophie Deleseries Laureate 1 ©Florian Thibert
© Florian Thibert

Rencontre avec Anne-​Sophie Delseries, lau­réate du prix de la jeune tech­ni­cienne de cinéma

Anne-​Sophie Delseries a rem­por­té, cette année, le prix CST de la jeune tech­ni­cienne de ciné­ma pour son tra­vail en tant que cheffe déco­ra­trice sur le film Le Théorème de Marguerite. Elle raconte à Causette son par­cours, son tra­vail et ses inspirations.

À l’origine, Anne-​Sophie Delseries, 38 ans, ne se des­ti­nait pas à une car­rière sur les pla­teaux de tour­nage. “J’étais en mas­ter d’histoire du ciné­ma au moment où j’ai com­men­cé à faire des décors, se souvient-​elle. J’ai com­men­cé sur un court-​métrage pour un ami. Et ça m’a com­plè­te­ment détour­née des études plus aca­dé­miques.” La jeune femme passe alors le concours d’entrée du dépar­te­ment décor de La Fémis, pres­ti­gieuse école pari­sienne de ciné­ma, d’où elle sort diplô­mée en 2014. Anne-​Sophie Delseries a ensuite tra­vaillé sur quelques courts-​métrages, avant de pas­ser au long-​métrage en 2015 avec Les filles au Moyen Âge, d’Hubert Viel. Elle col­la­bore éga­le­ment avec Benoît Forgeard sur Yves en 2019, ou encore avec la réa­li­sa­trice Héloïse Pelloquet sur le film La Passagère, sor­ti en 2022. Elle est aujourd’hui lau­réate du prix CST de la jeune tech­ni­cienne de ciné­ma – dis­tinc­tion qui œuvre pour l’égalité pro­fes­sion­nelle entre les femmes et les hommes dans l’industrie du ciné­ma – pour son tra­vail de cheffe déco­ra­trice sur le der­nier film d’Anna Novion, Le Théorème de Marguerite. Une récom­pense qui a sur­pris la cheffe déco­ra­trice. “Je tra­vaille à l’arrière. Je n’ai pas l’habitude”, commente-​t-​elle.

Ce qui a mené Anne-​Sophie Delseries à la déco­ra­tion de ciné­ma, c’est d’abord “un goût pour les ambiances, dans les films et dans la vie”. Comme elle l’explique, plus que l’esthétique, c’est ce que racontent ces ambiances qui est avant tout au cœur de sa réflexion : “C’est vrai­ment anti-​décor, mais les ambiances de la Nouvelle Vague, de Michelangelo Antonioni, du ciné­ma ita­lien néo­réa­liste m’ont beau­coup ins­pi­rée, parce que ça montre aus­si un monde en chan­ge­ment.” Son tra­vail de cheffe déco­ra­trice lui per­met d’être “une petite pièce dans l’édifice qui peut faire tout le carac­tère et toute l’atmosphère” d’un film. 

Cette atmo­sphère, elle s’élabore avec le ou la réalisateur·rice autour de ses inten­tions, après lec­ture du scé­na­rio. “Ensuite, on bâtit un fil avec des réfé­rences, poursuit-​elle, et en même temps, on se lance dans des repé­rages de lieux réels.” Cette étape per­met aus­si de dis­cu­ter le bud­get, par­tie non négli­geable de l’élaboration d’un décor, où “se mêlent l’artistique et les contraintes réelles”. La cheffe déco­ra­trice consti­tue ensuite une équipe et orga­nise “les mon­tages et démon­tages suc­ces­sifs”. Dans l’équipe, l’ensemblier·ère se char­ge­ra par exemple de sour­cer les meubles. “C’est de la chine, ça passe par Le Bon Coin”, avoue Anne-​Sophie Delseries, qui endosse éga­le­ment ce rôle sur cer­tains projets.

Au cours de sa car­rière, la jeune femme a tra­vaillé sur des films très dif­fé­rents. “J’ai fait pas mal de comé­dies. Le Théorème de Marguerite, c’est autre chose. C’est plus manié­riste, il y a un goût pour l’ancien. Mais je m’adapte à tous les films. Pour le film Terrible Jungle, d’Hugo Benamozig et David Caviglioli, j’ai dû recréer les pay­sages de la Guyane, mais en tour­nant à La Réunion. Là, c’est une tout autre com­mande. C’est ça qui est génial dans notre métier. J’ai aus­si tra­vaillé récem­ment sur une his­toire de fri­go qui parle. Une his­toire avec un robot dans un monde un peu dys­to­pique.” Peu importe le pro­jet, la cheffe déco­ra­trice cherche à y appor­ter “des décors fouillés, un sou­ci du détail, à la fois d’équilibre dans l’image, de cou­leurs et de rap­ports de formes”.

“J'adore mon tra­vail. Un prix per­met de le faire voir

Anne-​Sophie Delseries

Pour Le Théorème de Marguerite, Anne-​Sophie Delseries s’est ins­pi­rée du ciné­ma asia­tique, notam­ment celui de Wong Kar Wai, réa­li­sa­teur d’In the Mood for Love. “C’est un ciné­ma que j’aime bien parce qu’il y a quelque chose d’un peu sur­an­né dans le mobi­lier, la déco­ra­tion.” Des réfé­rences “aux lumières colo­rées” venues de la réa­li­sa­trice du film, Anna Novion, avec qui elle a déve­lop­pé une “for­mi­dable” col­la­bo­ra­tion. “Ça se joue beau­coup à la ren­contre, raconte la cheffe déco­ra­trice. Et tout de suite, Anna a un enthou­siasme, une vision de son film, donne de la place et fait confiance.” Une col­la­bo­ra­tion qu’elle décrit éga­le­ment comme “très douce, même si Anna a quand même une sacrée poigne”, et qui s’inscrit dans un rap­port dif­fé­rent de celui avec les réa­li­sa­teurs mas­cu­lins. Une dis­tinc­tion femme-​homme que la tech­ni­cienne fait peu, mais qu’elle recon­naît encore néces­saire dans le cadre du prix CST qu’elle a reçu. “Je trouve ça super, parce que ça met en valeur et parce qu’il y a un besoin. On se rend compte que dans le ciné­ma, il n’y a pas tant de meufs que ça. On a beau dire que ça va mieux, c’est pas si vrai. Il y a de plus en plus de femmes, mais sur des postes à res­pon­sa­bi­li­té, il y en a tou­jours beau­coup moins. Il y a cer­tains films où je me retrouve à être la seule femme.”

En atten­dant le jour où “il n’y aura plus besoin de prix pour les femmes”, Anne-​Sophie Delseries savoure cette dis­tinc­tion : “J’adore mon tra­vail. Un prix per­met de le faire voir. J’ai hâte de voir les pro­chaines pro­po­si­tions qui arri­ve­ront. En tout cas, j’ai l’impression que Le Théorème de Marguerite est un film qui plaît et je suis hyper contente de ce qu’on a fait. Ce prix donne aus­si l’occasion de le mettre en valeur.” Au sujet de nou­velles pro­po­si­tions, Anne-​Sophie Delseries se dit très enthou­siaste à l’idée de tra­vailler sur un film d’époque. “Ça m’intéresserait vache­ment. On a une vision très arrê­tée des époques pas­sées. Mais je pense qu’il y a plein de manières de les mon­trer selon le film. C’est assez pas­sion­nant. J’aime bien les films d’époque, mais je trouve qu’on pour­rait en faire avec peut-​être plus d’audace !” On ne demande qu’à voir !

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