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© Black Swan

Au ciné­ma, le cli­to­ris reste un héros très discret

Rares dans le porno, le clito et sa mise en scène active, le cunnilingus, sont quasi inexistants dans le cinéma traditionnel. Et quand il est bel et bien montré à l’écran, il subit parfois les foudres de la censure. Heureusement, des exceptions subsistent et quelques gâteries passent entre les mailles du filet.

Aux États-Unis, la censure, c’est sûr ? 

En 2014, l’actrice Evan Rachel Wood, assez vénère, avait résumé ainsi, à propos du film Charlie Countryman, la condition du cunni sur les écrans yankees : « La MPAA * a une nouvelle fois jugé préférable de censurer la sexualité d’une femme. La scène où les deux personnages principaux [elle-même et Shia LaBeouf, ndlr] font l’amour a été changée, car certaines personnes ont estimé que le cunnilingus était “inapproprié”. Mais les scènes dans lesquelles les gens se font exploser la tête sont restées telles quelles. »

Oui, le cunnilingus, s’il s’invite plus souvent dans les films américains que dans les longs- métrages français, est pourtant souvent l’occasion d’une censure… de taille variable. Ainsi le film Blue Valentine, dans lequel Ryan Gosling gâte Michelle Williams avec un cunni gourmand, obtient à cause de cette scène un visa NC-17 (film interdit aux moins de 17 ans). Décision grave, puisque de nombreux réseaux de salles de ciné ne projettent pas les films classés NC-17. Pourtant, malgré un cunni tout aussi explicite entre Mila Kunis et Natalie Portman, Black Swan, de Darren Aronofsky, s’en tire avec un visa R, autorisant les 17 ans et moins à voir le film s’ils sont accompagnés d’un adulte...

« Quand il s’agit de deux femmes, c’est OK. Et quand c’est entre un mari et une femme, c’est interdit aux mineurs ? ricane Ryan Gosling. Il y a plein de films comprenant des scènes de sexe oral où c’est la femme qui le pratique sur l’homme, et ils obtiennent la classification R. Dans le nôtre, c’est l’inverse et, curieusement, il est perçu comme pornographique. » On dirait. Pourtant, dans Gone Girl, de David Fincher, Nick Dunne (Ben Affleck) prodigue à sa fiancée Amy (Rosamund Pike) un cunnilingus tout à fait réussi que la commission de censure n’a apparemment pas remarqué. Comme pour Cartel, de Ridley Scott (Michael Fassbender s’occupe personnellement du clito de Penélope Cruz) ou encore In the Cut, de Jane Campion, où la scène de cunni (Mark Ruffalo et Meg Ryan), filmée avec amour, dure près de deux minutes.

Alors, qu’est-ce qui distingue les amateurs de clito cinématographique aux yeux de la MPAA ? Le genre des protagonistes ? La complaisance des réalisateurs ? Les passe-droits et le favoritisme dont bénéficieraient certaines productions ? On ne le saura pas. Comme les voies de Dieu, les choix cunni de la MPAA sont impénétrables.

* Motion Picture Association of America (MPAA) est une organisation professionnelle représentant les grands studios hollywoodiens.

Quelques perles made in France

Les écrans français n’ont pas de clito ! Ou presque. Parmi les rares exceptions, on peut citer Romance, de Catherine Breillat ; Baise-moi, de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi ; ou Q, de Laurent Bouhnik. Récemment, le paysage a été encombré par la scène (très) longue et (trop) explicite du film d’Abdellatif Kechiche La Vie d’Adèle, qui ne doit pas faire oublier celle, lumineuse et goûtue, que les frères Larrieu ont glissée dans Les Derniers Jours du monde, avec Karine Viard et Mathieu Amalric. Lequel Amalric, en tant que réalisateur, choisit le cunnilingus comme seule scène de sexe pur dans son très sensuel Tournée. Côté documentaires, on n’est pas mieux lotis. Il n’en existe qu’un qui fasse référence : Le Clitoris, ce cher inconnu, de Michèle Dominici, Variety Moszynski et Stephen Firmin.

Le plus British : Oh My God !

C’est l’histoire de l’invention industrielle de l’un des meilleurs amis du clito : le vibromasseur. Dans l’Angleterre victorienne, un médecin, le docteur Mortimer Granville, découvre qu’il peut améliorer considérablement l’état hystérique de ses patientes en leur prodiguant des massages précis du clitoris (sous une couverture de velours, pour respecter la pudeur, bien sûr). Bientôt, son cabinet ne désemplit plus. Le film recèle quelques scènes carrément hilarantes. Il est plutôt bien vu puisque, grâce à une jeune féministe, Mortimer comprendra enfin que ce qu’il nomme hystérie n’est autre que de la frustration. 

Le plus oups : L’Abominable Vérité

Pour une scène d’anthologie : Katherine Heigl égare au restaurant la télécommande de son œuf vibrant, préalablement introduit dans son intimité. Elle assiste à un dîner important. Or un petit garçon découvre la zapette et s’amuse avec le curseur… Attendu, mais réjouissant ! 

Le plus muet : Polissons et galipettes

Une farandole de films érotiques muets du début du XXe siècle. Ces petites pépites tout à fait réjouissantes – l’humour y est partout – étaient projetées pour faire patienter les messieurs dans les bordels pendant que ces dames terminaient leur ouvrage avant de les prendre en main. À la fois bon enfant et furieusement précis, ces court-métrages mettent souvent en scène le clitoris, en montrant des cunnilingus pratiqués entre femmes. Et la tâche est parfois confiée à un petit chien, tout à fait bien dressé. 

Le plus rentable : Gorge profonde de Gerard Damiano

Linda (Linda Lovelace) est une jeune femme frigide. Elle a testé toutes sortes de mâles et de pratiques plutôt créatives, rien n’y fait. Elle s’ennuie. Un psychiatre-gynécologue (si, si, ça existe !) l’examine de près et découvre que son clitoris se situe… dans sa gorge ! Pour atteindre l’orgasme, il lui suffira désormais de pratiquer des fellations. Thérapie immédiate avec le toubib et, oui, ça marche. Le doc l’embauche pour l’aider à résoudre les problèmes sexuels de ses patients, ce qui procure à la gourmande de bien beaux moments itou.
Ça c’est du scénar, non ? Comme il sort en 1972, dans le sillage des révoltes de la Beat Generation, ce nanar mal filmé va captiver le public, puis le New York Times, qui y voit une charge sociale. Warren Beatty et Jack Nicholson en font l’apologie, les millions de dollars s’accumulent. C’est le clito le plus rentable du cinéma : produit pour 25 000 dollars, il rapportera 600 millions de recettes internationales.
La réalité sera connue plus tard, révélée dans plusieurs documentaires et biopics consacrés à Linda Lovelace, dont  le récentLovelace, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. On y découvre comment cette jeune fille naïve s’est fait manipuler, menacer et frapper par son mari. 

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