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Le collectif féministe NousToutes a appelé a manifester a l occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre. Ici, une pancarte se réfère aux violences sexuelles et sexistes dans le milieu du cinéma. © Virginie Haffner / Hans Lucas via AFP

Abus dans le ciné­ma : "beau­coup de gens n'en ont rien à faire", déplore le col­lec­tif 50/​50

Au-​delà de l'affaire Depardieu, le com­bat contre les vio­lences sexuelles concerne l'ensemble du monde du ciné­ma, estime le col­lec­tif 50/​50, alors que des obli­ga­tions légales sont mises en place dans le milieu.

Co-​présidente de ce col­lec­tif fon­dé il y a cinq ans, Clémentine Charlemaine salue l'annonce lun­di par le Centre natio­nal de la ciné­ma­to­gra­phie (CNC) et l'Afdas, char­gée des for­ma­tions dans le sec­teur, d'une for­ma­tion obli­ga­toire contre les vio­lences sexistes et sexuelles pour l'ensemble des professionnel·les du 7ème art.

La dif­fu­sion sur France 2 du maga­zine Complément d'Enquête sur Gérard Depardieu a sus­ci­té le débat dans le monde du ciné­ma. Comment avez-​vous réagi ?
Clémentine Charlemaine : Il était mani­fes­te­ment néces­saire pour que l'opinion publique se mette à croire ce qui était dénon­cé depuis un cer­tain temps. Mais j'aurais sur­tout envie que toutes ces per­sonnes qui se sont com­por­tées de façon abu­sive le recon­naissent, fassent un tra­vail sur elles-​mêmes et fassent preuve d'une cer­taine humi­li­té en pré­sen­tant des excuses sin­cères, au lieu de nier en bloc comme ça se fait de façon sys­té­ma­tique. Malheureusement, ce genre de situa­tions est encore pos­sible. J'ai conscience que la voix du col­lec­tif 50/​50 a un écho sur cer­tains pla­teaux de ciné­ma mais il y a aus­si beau­coup de gens qui ne sont vrai­ment pas sen­si­bi­li­sés et qui n'en ont rien à faire. Je pense que ça reste très com­pli­qué d'élever la voix, de com­mu­ni­quer son malaise face à une situa­tion.

Sur la pari­té et les vio­lences, les choses ont évo­lué depuis la créa­tion du col­lec­tif en 2018. Quelles sont aujourd'hui vos reven­di­ca­tions ?
C.C : On appelle à ce que les per­sonnes qui sont réfé­rent har­cè­le­ment sur les pla­teaux de tour­nage [une obli­ga­tion dans toutes les entre­prises depuis 2019, ndlr] suivent une for­ma­tion plus longue, de trois jours, et qu'il n'y ait pas un seul réfé­rent mais deux. Nous lan­çons aus­si un vaste chan­tier sur la ques­tion de la consom­ma­tion d'alcool et de drogues dans notre milieu pro­fes­sion­nel. On s'est aper­çu au fil des his­toires qui nous ont été rap­por­tées qu'il est presque tou­jours ques­tion de consom­ma­tion d'une sub­stance psy­choac­tive dans les agres­sions et les vio­lences sexuelles. Évidemment, ça va de pair avec un rythme de tra­vail intense et un cadre par­ti­cu­lier lors des tour­nages, où sou­vent les équipes sont logées sur place et ne rentrent pas chez elles. Le pro­blème des vio­lences sexuelles ne vient pas de ces consom­ma­tions, mais c'est un fac­teur de risque.

Que va chan­ger l'obligation de for­mer l'ensemble de la pro­fes­sion à la lutte contre ces vio­lences ?
 C.C :
Jusqu'à pré­sent, il y avait quelques heures de for­ma­tion obli­ga­toire pour les gérants d'une entre­prise de pro­duc­tion mais cela ne concer­nait qu'une per­sonne par entre­prise, et qui n'était pas spé­cia­le­ment impli­quée sur les tour­nages. Et c'est pré­ci­sé­ment là qu'une grande par­tie des vio­lences sexuelles ont lieu. Quant aux for­ma­tions pour les tech­ni­ciens pré­sents sur les pla­teaux, elles n'étaient pas obli­ga­toires, donc les seules per­sonnes for­mées étaient déjà sen­si­bi­li­sées à ces sujets. Ce qui est vrai­ment impor­tant, c'est que cette jour­née de for­ma­tion concerne le plus grand nombre de per­sonnes et ne se limite pas aux plus moti­vées, et, sur­tout, que des per­sonnes qui n'ont même pas conscience de leurs propres agis­se­ments ou de la vio­lence qu'elles peuvent com­mettre soient for­mées. Si on sait que tout le monde est sen­si­bi­li­sé à ces ques­tions, je pense qu'on aura moins de dif­fi­cul­tés aus­si à en par­ler, et à désa­mor­cer des situa­tions assez vite.

A lire aus­si I Le col­lec­tif 50/​50 affiche désor­mais une ligne intersectionnelle

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