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© Salomé Robles

Une soi­rée avec les jeunes de la « Génération Z » comme Zemmour

Le polé­miste n’a pas encore dévoi­lé ses inten­tions pour 2022 mais de jeunes fan­zouzes cré­pitent d'impatience et lui font déjà la pré­chauffe. Causette s’est infil­trée à un ras­sem­ble­ment du mou­ve­ment de jeu­nesse, le temps d’un apéro.

Ils et elles l’appellent « le Z » et eux, c’est les « GZ », de la Génération Zemmour. Ces jeunes entre 18 et 30 ans se sont retrouvé·es ce jeu­di soir sur la pelouse de l'avenue de Breteuil à Paris, der­rière les Invalides. Certains iront d’ailleurs, à la nuit tom­bée, assis­ter aux illu­mi­na­tions de La Nuit aux Invalides. « Ça coûte 15 euros donc c’est un peu cher mais bon, c’est Napoléon ! » Mais Napoléon, ce n’est quand même pas Eric Zemmour car ici, c’est lui le big boss. « Vous pen­sez qu’il est com­ment en vrai ? J’aimerais trop le ren­con­trer ! », lance Pierre, un néo-​militant du mou­ve­ment. Armée de bières chaudes et de chips, la soixan­taine de jeunes présent·es ce soir-​là était ras­sem­blée pour une cause com­mune : le sou­tien à Eric Zemmour et sa poten­tielle can­di­da­ture à l’élection pré­si­den­tielle de 2022.

Ils et elles se sont rencontré·es sur le réseau social Discord. Pour y être accepté·e, il faut d’abord rem­plir un for­mu­laire que l’on trouve sur le site de Génération Z. S'ensuit alors un fil­trage minu­tieux dont un membre de la coor­di­na­tion se vante beau­coup ce soir-​là. Un « tra­vail monstre » selon celui-​ci, tant ils reçoivent de demandes ces der­nières semaines, mais qui a quand même lais­sé pas­ser Causette entre ses mailles. Le rendez-​vous ave­nue de Breteuil a, entre autres, été orga­ni­sé par Stanislas Rigault, pré­sident de Génération Z, que l’on a notam­ment pu voir récem­ment sur le pla­teau de CNews.

Homophobie décom­plexée et fémi­nisme identitaire

En arri­vant sur la pelouse, on pour­rait croire à un after­work d’une entre­prise du CAC 40. Des che­mises, des cos­tards et des chaus­sures bien cirées, et sur­tout, que des hommes (ou presque). Quelques uns se dis­tinguent par leurs tenues criardes, comme ce jeune homme arbo­rant un t‑shirt avec une pho­to de Vladimir Poutine che­vau­chant un ours ou comme Théodore, che­veux longs et che­mise hawaïenne, qui admet être « habillé comme un gau­chiste aujourd’hui ». Il ne fau­drait néan­moins pas se méprendre, car, lui, c’est un ancien de Génération Identitaire, grou­pus­cule d’extrême droite dis­sous en mars der­nier par le minis­tère de l’Intérieur. Son look fait d’ailleurs réagir Côme, 20 ans, : « d’habitude, les mecs avec des che­veux longs, c’est des pédales. » Théodore explique d’ailleurs que par­fois, « avec [son] masque », il lui arrive de se faire accos­ter par des hommes. Le reste du groupe oscille entre l’hilarité et la frayeur. « Et t’arrives à vivre comme ça ? », demande sérieu­se­ment quelqu’un. Ambiance.

Les dis­cus­sions tournent autour des rai­sons de l’engagement et du par­cours mili­tant de cha­cun. Si pour plu­sieurs, le sou­tien au chro­ni­queur de CNews est un pre­mier pas dans le monde poli­tique, de nom­breux « GZ » viennent de la sphère de la droite dure : le syn­di­cat étu­diant de l’UNI, le par­ti les Patriotes de Florian Philippot, Génération Identitaire… Marie, elle, est une ancienne de Debout la France, le par­ti de Nicolas Dupont-​Aignan, comme son com­pa­gnon, Benjamin Cauchy, ex-​figure des Gilets Jaunes et qu’on entend régu­liè­re­ment aujourd’hui sur Sud Radio ou RMC. Elle fait éga­le­ment par­tie de Némésis, col­lec­tif de « fémi­nistes iden­ti­taires » qui luttent sur­tout contre « les méfaits de l’immigration pour les femmes ».

Classe aisées

Sociologiquement, même si cer­tains affirment le contraire, sont majo­ri­tai­re­ment présent·es des jeunes issus de classes aisées. Ils font ou ont fait de grandes études, en écoles de com­merce ou en écoles d’ingénieurs, par exemple. Côme, lui, est à Sciences Po. Avec des parents gen­darmes, il a fait le lycée Saint-Cyr‑L’Ecole. « Passer d’un lycée mili­taire où on fai­sait en per­ma­nence des chants anti-​pd à Sciences Po où on te fait une pro­pa­gande LGBT dès que tu arrives, ça m’a fait un choc. Disons qu’il y a un des deux mondes où je me sens mieux », explique l’étudiant, actuel­le­ment en stage au Ministère de l’Intérieur. Tous·tes par­tagent un constat : avoir des idées de droite dure ultra-​conservatrice sup­plé­ment Zemmour est dif­fi­cile à assu­mer et vivre au quo­ti­dien. Ils sont donc très content·es de pou­voir se retrou­ver et échan­ger entre eux.

Pour le moment, le mou­ve­ment n’est pas direc­te­ment affi­lié à Eric Zemmour, même si celui-​ci le laisse gros­sir. L’éditorialiste n’étant pas offi­ciel­le­ment can­di­dat à l’élection pré­si­den­tielle, ces jeunes espèrent insuf­fler une dyna­mique. Ils sont lassé·es de Marine Le Pen, que Julien trouve d’ailleurs « trop molle, notam­ment sur l’immigration ». Le jeune homme sait de quoi il parle, car dans sa fac de Versailles, il y a dans sa classe, selon ses cal­culs très scien­ti­fiques, « 98% d’Arabes ». « Zemmour, lui, c’est pas un poli­tique alors il parle vrai, et ça fait 20 ans qu’il a rai­son sur toute la ligne et sur­tout il aime la France », répond Margaux, jeune étu­diante, lorsqu’on lui demande les rai­sons de son enga­ge­ment. « Il a une vraie paire de couilles », sou­rit un autre. « Même ma mère a peur de prendre le RER, faut se poser les bonnes ques­tions », entend-​t-​on. Beaucoup ont décou­vert leur cham­pion à la télé­vi­sion et l’idée d’une can­di­da­ture a fait son che­min petit à petit. « Quand il était sur On N’est Pas Couché, j’allais même plus en soi­rée, juste pour le regar­der », se sou­vient un mili­tant. Et ils y croient, en ce #Zemmour2022. « T’imagines quand on va voir la tête de Zemmour s’afficher lors de l’annonce des résul­tats du pre­mier tour », souffle Pierre.

« Colleur de Sarko »

Johanna, une des fon­da­trices de Génération Z, dis­tri­bue des affiches et des sti­ckers à qui veut. On peut d’ailleurs en aper­ce­voir sur des bar­rières non loin du parc. Vous en avez d’ailleurs peut-​être vu autour de chez vous, quelque part en France, mais il ne faut pas croire que le mou­ve­ment soit si gros ; la mili­tante confie à demi-​mot qu’ils ont enga­gé une entre­prise pour col­ler les affiches à leur place et affirme, cette fois fiè­re­ment, qu’il s’agit du « col­leur de Sarko ». Arthur, jeune mili­tant, récu­père quelques affiches car il veut « obte­nir des tro­phées », c’est-à-dire réus­sir à col­ler des affiches de Zemmour devant des lieux sym­bo­liques comme « Sciences Po ou les bureaux de BFMTV », ironise-​t-​il. Les mili­tants parlent néan­moins de se retrou­ver dès le same­di sui­vant pour par­ti­ci­per à la mani­fes­ta­tion contre le pass sani­taire. Ils y ont déjà par­ti­ci­pé la semaine d’avant. « Je pen­sais pas par­ti­ci­per à une manif un jour dans ma vie, plai­sante Margaux. C’est un truc de gau­chiste, ça. »

Au-​delà de ces quelques irrup­tions dans la vie réelle, la vaste majo­ri­té des actions menées par Génération Z passe pour l’heure par les réseaux sociaux. Le matin même, ils ont lan­cé une cam­pagne inti­tu­lée #NosViesComptent, des­ti­née à « se sou­ve­nir de nos com­pa­triotes tou­chés par l’ultra vio­lence et l’insécurité ». Pour l’illustrer, le col­lec­tif a notam­ment uti­li­sé des visuels mon­trant les visages de per­sonnes vic­times de ter­ro­risme. Un bad­buzz sur Twitter plus tard, plu­sieurs mili­tants s’accordent à dire que l’idée était mau­vaise mais semblent sur­tout inquiets de la plainte qui plane sur la tête du mou­ve­ment suite à la polé­mique. Ils sont néan­moins habitué·es à faire réagir sur les réseaux sociaux. « Je passe mon temps à me faire trai­ter de facho sur Twitter, j’ai l’habitude », note Margaux, éga­le­ment membre du syn­di­cat étu­diant l’UNI. Juliette, elle, a publié il y a quelques temps une vidéo où elle fait la pro­mo­tion de pro­duits déri­vés Génération Zemmour qui tota­lise près de 180 000 vues sur Twitter et montre à ses cama­rades les mes­sages « de gau­chistes » qu’elle a reçus en réaction.

Au fil de la soi­rée et des bières, on parle un peu de tout. On apprend que Donald Trump et Benyamin Netanyahu leur manquent beau­coup ou qu’ils ont peur que les femmes soient bien­tôt obli­gées de por­ter la bur­qa en France. Lorsqu’un groupe de cyclistes en pro­me­nade dans Paris passe sur la route d’à côté, ils se demandent s’ils n’ont « que ça a foutre, les gau­chistes, un jeu­di soir ». Les jeunes zem­mou­ristes échangent éga­le­ment des sug­ges­tions lec­tures, sou­vent des livres cités par leur idole lors de ses inter­ven­tions télé­vi­sées. A la fin de la soi­rée, ceux et celles qui décident fina­le­ment de jeter leurs bou­teilles vides dans la pou­belle sont taxé·es iro­ni­que­ment « d’écolos ». Un petit groupe décide de conti­nuer la soi­rée dans un bar à proxi­mi­té. Deux mili­tants montent sur un scoo­ter, démarrent et déploient un grand dra­peau bleu-​blanc-​rouge, sous les accla­ma­tions du reste du groupe.

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