Galettes des reines : on a lu « Du miel sous les galettes », pre­mier roman de l'humoriste Roukiata Ouédraogo

Comme elle sait le faire dans ses pétillantes et pertinentes chroniques sur France Inter, Roukiata Ouédraogo mêle dans Du miel sous les galettes, son premier roman, son sens de l’observation à une belle énergie de conteuse.

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Roukiata Ouédraogo © Olivier Thibaud

Du miel sous les galettes, récit largement autobiographie de l'humoriste Roukiata Ouédraogo, raconte son enfance dans le village de Fada N’Gourma au Burkina-Faso, et le long combat que sa mère a dû mener pour réhabiliter son père, injustement emprisonné.

« Maman était de grande taille, elle imposait son allure au monde. » Elle l’impose également à ce roman, qu’elle domine de bout en bout. Mère courage, femme charismatique, ne manquant ni d’humour ni de tendresse, Djelila Sankalé est un personnage fascinant. Ces galettes fourrées de miel – et d’un délicieux secret de fabrication - ce sont celles qu’elle prépare et vend pour faire vivre sa famille de 7 enfant. Son épopée est décrite par la petite dernière, Yasmina (où l’on pourrait reconnaître Roukiata), 6 mois. La toute jeune narratrice jouit d’un point de vue imprenable : le dos de sa maman où elle est accrochée, nichée au creux d’un large pagne. Elle voit donc tout, à hauteur d’homme. Ou de femme.

Au fil du récit de cette injustice, qui aura plusieurs étapes et rebondissements, Roukiata Ouédraogo décrit son pays dans les années 80, alors que Thomas Sankara arrive au pouvoir. Un pays envoutant mais complexe, entravé par une administration pesante et souvent corrompue. Et l’affection que l’autrice éprouve pour le peuple Burkinabé ne l’empêche pas de garder les yeux ouverts sur des réalités moins enchanteresses que les paysages. Ainsi décrit-elle la façon dont les mères sont en charge des descendants. S’ils dérapent, « la mère est immanquablement montrée du doigt. Aux yeux de tous, elle est la fautive, la seule responsable de l’éducation ratée d’un enfant. » Au contraire, leur réussite est attribuée au père, qui a su prodiguer de bons conseils. « La sagesse de l’homme ruisselle sur l’ensemble de la famille, c’est comme une théorie familiale du ruissellement. Il faut sortir de ce bain-là pour prendre un peu de recul, pour en saisir le ridicule. » L’écrivaine ne cache pas non plus l’épisode douloureux et révoltant de l’excision qu’elle subit à l’âge 3 ans. Elle sait trouver les mots pour dire l’acceptation de la douleur, la perversité d’une tradition qu’on ne remet pas en question. Et combien, bien plus tard, il lui faudra de courage pour mesurer les conséquences, réparer, oser en parler à sa mère admirable et pourtant complice de cette sanglante épreuve.

Cette plongée au cœur de Fada N’Gourma, ce flash-back sur son enfance, Roukiata Ouédraogo la fait alterner avec le présent, un présent dans lequel la comédienne et humoriste se prépare à prendre la parole en public, en tant que marraine de la Journée internationale de la francophonie. Au cours de la matinée précédent l’événement elle se remémore sa mère et toutes ces femmes africaines courageuses, déterminées, qui font tourner leurs pays. Le discours qu’elle prononce à la fin de la cérémonie, dans les dernières pages du roman, rassemble ces deux temporalités en une seule réalité : celle d’une jeune femme qui a hérité de la pugnacité de sa mère, et qui vient, grâce à elle, témoigner devant un public attentif, de ce que la force des femmes peut accomplir.

CVT Du miel sous les galettes 4987

Du miel sous les galettes, de Roukiata Ouédraogo. Editeur : Slatkine Et Cie, 269 pages, 17 euros

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