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© Capture écran Queering the Map

Le conflit israélo-​palestinien vu de la pla­te­forme LGBTQIA+ “Queering the Map”

Queering the Map est une carte col­lec­tive du monde sur laquelle les utilisateur·rices sont encouragé·es à par­ta­ger leurs his­toires queers. Depuis quelques jours, la tra­gé­die de la guerre s’y lit dans des mes­sages poignants. 

Des témoi­gnages ano­nymes pos­tés sur la pla­te­forme Queering the Map, publiés sur X (ex-​Twitter) et relayés par Konbini donnent à voir l’expérience de la com­mu­nau­té queer en Palestine. Queering the Map est une carte col­lec­tive du monde sur laquelle les utilisateur·rices sont encouragé·es à par­ta­ger leurs his­toires queers. Mise au point en 2017 par Lucas LaRochelle, desi­gner et chercheur·euse dans le domaine de la culture digi­tale queer et trans à Montréal, la pla­te­forme per­met d’épingler un endroit pré­cis sur la carte et d’y rela­ter un moment queer qui y a eu lieu. Elle reven­dique une approche queer de l’espace qui per­met aux per­sonnes LGBTQIA+ de se le réap­pro­prier et la mise en lumière de l’intimité queer trop sou­vent invi­si­bi­li­sée sur les réseaux sociaux dominants. 

Si de nom­breux posts sur Queering the Map racontent des anec­dotes légères, drôles ou tendres (“Two boys kiss under a tree”“deux gar­çons s’embrassent sous un arbre”), d’autres font état de la vio­lente répres­sion dont est vic­time la com­mu­nau­té queer à tra­vers le monde. “My coun­try ban­ned me” (“mon pays m’a banni·e”) écrit par exemple un·e inter­naute à Moscou. Dans la région de Gaza, des posts col­lec­tés par le compte X @Bingsujung témoignent quant à eux du dan­ger encou­ru au quo­ti­dien par les membres de la com­mu­nau­té LGBTQIA+ mêlé aux hor­reurs de la guerre. “Ils l’ont abat­tu, mon cœur a brû­lé, tout le monde m’a conso­lé de la perte d’un ami, ils ne savaient pas que je m’étais per­du, cette balle nous a tués tous les deux, ils disent que tu es un mar­tyr, que tu es au ciel, je vien­drai te voir, mon amour, où que tu sois, au ciel, en enfer ou dans le néant… je vien­drai à toi”, écrit un uti­li­sa­teur depuis Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne. 

Les mes­sages pos­tés sur Queering the Map ne sont pas datés, dans le but, explique leur créateur·rice dans une inter­view au maga­zine I‑D, de pro­po­ser une lec­ture de l’histoire “ le pas­sé, le pré­sent et l’avenir sont en conver­sa­tion les uns avec les autres en même temps”. S’il n’est donc pas pos­sible de déter­mi­ner si ces témoi­gnages datent d’avant ou d’après les évé­ne­ments qui ont sui­vi l’attaque du 7 octobre der­nier, leur conte­nu rap­pelle néan­moins la répres­sion que les per­sonnes queers subissent dans la région. La Palestine se trouve par­mi les pays les moins bien notés sur l’index d’égalité LGBT 2023 d’Equaldex, publi­ca­tion en ligne qui exa­mine les droits des per­sonnes LGBTQIA+ à tra­vers le monde. Elle occupe la 191e place, devant la Corée du Nord et der­rière l’Iran. Dans la région de la bande de Gaza et sous l’autorité pales­ti­nienne, il n’existe aucune pro­tec­tion contre la dis­cri­mi­na­tion à carac­tère homo­phobe. Le mariage pour tous et toutes n’y est pas recon­nu et les thé­ra­pies de conver­sion n’y sont pas inter­dites, tou­jours selon Equaldex. Au quo­ti­dien, la répres­sion se tra­duit aus­si par l’invisibilisation des per­sonnes queers, la stig­ma­ti­sa­tion et la vio­lence per­pé­trée envers la com­mu­nau­té LGBTQIA+. “Le pre­mier gar­çon que j’ai embras­sé vivait ici. Son cou­sin l’a décou­vert et a essayé de me poi­gnar­der. Je ne suis pas reve­nu depuis”, peut-​on lire encore sur une épingle de Queering the Map en plein cœur de Gaza.

De l’autre côté de la fron­tière, Israël fait figure de bon élève, recon­naît le mariage pour tous et toutes, inter­dit la dis­cri­mi­na­tion et les thé­ra­pies de conver­sion et se classe à la 48e place de l’index Equaldex. Fort de ces résul­tats, il a sou­vent été repro­ché à l’État israé­lien d’instrumentaliser la situa­tion de la com­mu­nau­té LGBTQIA+ pales­ti­nienne pour sou­te­nir son dis­cours anti-​Palestine. Cette accu­sa­tion de pink­wa­shing – pro­cé­dé uti­li­sé par un organe d’autorité pour amé­lio­rer son image en pro­mou­vant son atti­tude accueillante envers l’homosexualité – envers Israël est notam­ment sou­te­nue dans une thèse inti­tu­lée “Pinkwashing : la poli­tique des droits des LGBTQ en Israël/​Palestine”. Ainsi, le gou­ver­ne­ment de Benyamin Netanyahou s’affairerait à dia­bo­li­ser la Palestine en s’appuyant sur son rejet des per­sonnes queers, tout en se fabri­quant une image de défen­seur des droits LGBTQIA+ (tou­jours selon Equaldex, un son­dage révèle que 49 % des per­sonnes israé­liennes inter­ro­gées disent vivre dans un “mau­vais endroit” pour les per­sonnes homosexuelles). 

Les posts sur Queering the Maps depuis les régions envi­ron­nantes de Gaza rap­pellent cepen­dant que les membres de la com­mu­nau­té queer pales­ti­nienne existent bien et qu’ils et elles subissent les réper­cus­sions des ten­sions atti­sées entre Israël et la Palestine. Cet espace de célé­bra­tion de l’expérience LGBTQIA+ per­met aus­si de ne pas les oublier. 

Je nous ai tou­jours ima­gi­nés, toi et moi, assis au soleil, main dans la main, enfin libres. Nous par­lions de tous les endroits où nous irions si nous le pou­vions. Pourtant, tu n’es plus là. Si j’avais su que les bombes qui pleuvent sur nous t’enlèveraient à moi, j’aurais volon­tiers dit au monde que je t’adorais plus que tout. Je regrette d’avoir été lâche”, écrit dans un post bou­le­ver­sant un·e utilisateur·rice de Queering the Map à Jabalia, au nord de la bande de Gaza. 

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