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Alice milliat
© CC Wikipedia

« Les Incorrectes » : un pro­jet de docu­men­taire sur Alice Milliat et ses héri­tières

Les cham­pionnes lui doivent beau­coup, par­fois sans le savoir. Le docu­men­taire Les Incorrectes, actuel­le­ment en phase de crowd­fun­ding, pro­pose de mettre les pleins phares sur le com­bat de la Française Alice Milliat qui créa une com­pé­ti­tion spor­tive inter­na­tio­nale de femmes, sans attendre que les Jeux olym­piques leur ouvrent leurs portes.

Les femmes, ces créa­tures à la san­té fra­gile qui se suf­fi­ront d’une petite pro­me­nade pour se dégour­dir les jambes avant de reprendre leurs tra­vaux de bro­de­rie ? Il ne fal­lait cer­tai­ne­ment pas se ris­quer à oser le dire à Alice Milliat, née en 1884 à Nantes. Celle qui fut l’une des pre­mières femmes à obte­nir sa licence d’aviron consa­cra sa vie à fédé­rer le sport fémi­nin et à plai­der l’intégration des femmes dans les com­pé­ti­tions spor­tives, dans un début de XXe siècle pour le moins dubi­ta­tif sur l’équation femmes et sport de haut niveau. Jusqu’à créer les Jeux mon­diaux fémi­nins, qui se tiennent pour la pre­mière fois à Paris en 1922. Mais le com­bat est long. L’ouverture des JO aux femmes se fera par petites étapes et il fau­dra attendre 1984 et les JO de Los Angeles pour qu’apparaisse un pre­mier mara­thon ouvert aux femmes. C’est cette per­sé­vé­rance ain­si que celle des héri­tières d’Alice Milliat que sou­haite docu­men­ter Anne Cécile Genre, jour­na­liste, pod­cas­teuse (Du sport, chez Binge Audio) et réa­li­sa­trice, avec le docu­men­taire Les Incorrectes, actuel­le­ment en phase de crowd­fun­ding pour fina­li­ser l’ouvrage.

Car on revient de très loin. « Inintéressantes, ines­thé­tiques et incor­rectes », c’est avec ces mots doux que le Comité inter­na­tio­nal olym­pique (CIO) pré­si­dé par Pierre de Coubertin avait jugé les épreuves de 1922. « Il est très ten­tant de faire de toute l’histoire d’Alice Milliat un com­bat entre deux per­son­nages, le sien, issu d’un milieu rela­ti­ve­ment popu­laire, et celui du baron de Coubertin, noble qui consi­dère que le sport est une pra­tique réser­vée à l’élite mas­cu­line des socié­tés, admet Anne-​Cécile Genre. Mais si on sait qu’ils se par­laient bien par tri­bunes de presse inter­po­sées, on n’est pas encore abso­lu­ment cer­tains qu’ils se connais­saient per­son­nel­le­ment. »

Alice Milliat et le baron miso­gyne se rejoignent pour­tant sur un point, explique la réa­li­sa­trice : elle et lui consi­dèrent que la média­ti­sa­tion des com­pé­ti­tions spor­tives doit don­ner l’envie à la jeu­nesse de s’investir dans un sport. Pragmatique, Alice Milliat va mul­ti­plier les pré­cau­tions pour faire valoir sa cause, du genre à « ras­su­rer lors de ses prises de parole publiques, en expli­quant que la femme fera d’autant mieux son devoir à la mai­son qu’elle sera bien dans sa tête et dans son corps grâce au sport », décrit Anne-​Cécile Genre. Malin. D’autant qu’en œuvrant pour le sport de haut niveau des femmes, elle s’oppose aux croyances véhi­cu­lées par le dis­cours médi­cal hygié­niste de l’époque, qui veut que le mou­ve­ment fémi­nin soit « tout en modé­ra­tion », comme le détaille Anne-​Cécile Genre.

Destiné à la télé­vi­sion, Les Incorrectes se pro­pose donc de rendre toute sa valeur à une figure encore trop peu connue de notre his­toire et aux spor­tives qui pour­sui­virent par la suite son com­bat. Les 10 000 euros deman­dés dans le cadre du crowd­fun­ding ser­vi­ront à se pro­cu­rer « des images d’archives qui per­met­tront notam­ment de voir à l’écran les simi­li­tudes tech­niques entre les spor­tives de 1920 et celles d’un siècle après », explique Anne-​Cécile Genre. Le docu­men­taire est sou­te­nu par la Fondation Alice Milliat, qui s’est don­né la mis­sion de pro­mou­voir la pra­tique spor­tive fémi­nine.

Vidéo de pro­mo­tion de la cam­pagne de finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif
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