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© Masha / Unsplash

SÉRIE NOUVELLES FAMILLES : Le choix du "petit nom" dans les familles homoparentales

Dans les familles homo­pa­ren­tales, le choix du nom de chacun∙e est sou­vent le fruit d’une longue réflexion. Jusqu’à ce que l’enfant parle et bap­tise ses parents à sa manière.

Quand elles ont com­men­cé leur par­cours PMA pour avoir un enfant, Anaïs et Cécile étaient les pre­mières au sein de leur cercle ami­cal. Les deux jeunes femmes, aujourd’hui mères d’une fille de 6 ans et d’un gar­çon de 1 an, n’avaient aucun point de repère. Parmi les nom­breuses ques­tions qu’elles se sont posées avant l’arrivée du bébé, il y avait celle du nom ou sur­nom que leur enfant allait leur don­ner. « En consul­tant les forums, nous avons réa­li­sé que plein de couples avaient choi­si des noms dif­fé­ren­ciés. Il y avait “Maman” et “Mamou”, par exemple. Et, la plu­part du temps, “Maman” c’était celle qui avait por­té le bébé, raconte Anaïs. Ce constat nous a un peu effa­rées. Nous avions déci­dé de ce pro­jet de famille à deux, à l’image de tous les couples hété­ros. Pourquoi l’une de nous devait-​elle renon­cer à son titre de maman ? » Dans le foyer de Maxence et Romain, heu­reux papas de jumelles de 2 ans, les dis­cus­sions ont été sen­si­ble­ment les mêmes. « On en a par­lé mais fina­le­ment pas tant que ça, se sou­vient Romain. On ne s’est pas posé la ques­tion de s’appeler autre­ment que “Papa” tous les deux. Il n’était pas ques­tion d’inventer d’autres noms. Donner un sur­nom genre “Dadou” ou “Papou”, c’est être un peu un sous-​papa selon moi. » Aujourd’hui, leurs filles les appellent donc tous les deux “Papa” avec le plus grand naturel…

Petit nom composé

Quand la fille de Catherine et Élise a vu le jour il y a neuf ans, elle a enten­du des “Maman Cath” et “Maman Élise”. « Pour nous, c’était une façon de dire qu’on était à éga­li­té mais en pré­ci­sant nos pré­noms, com­mente Catherine. Mais fina­le­ment c’était com­pli­qué et long à dire. Nous avons donc opté pour “Maman” et “Mamoune”. S’appeler toutes les deux “Maman”, ce n’est pas simple. Comment savoir qui est qui ? Les noms servent quand même à savoir à qui on s’adresse. »

L’ajout du pré­nom est un grand clas­sique dans de nom­breuses familles, le plus sou­vent par com­mo­di­té. « Notre fille navigue entre “Maman Anaïs” et “Maman Cécile” ou par­fois juste Anaïs ou Cécile, raconte Anaïs. En réa­li­té, une fois que tu es dans le quo­ti­dien, tu ne te ques­tionnes plus sur ton sta­tut, ni sur ton appel­la­tion. Tout se fait de manière fluide et évi­dente. » Parfois c’est l’extérieur qui exige une cla­ri­fi­ca­tion, une pré­ci­sion. « J’ai l’impression que ce sont sur­tout les autres qui se posent des ques­tions, relève Romain. Pour ça comme pour le reste, on nous pose plein de ques­tions. Des ques­tions que, bien sûr, on ne pose jamais aux hétéros. »

“Plusieurs parents queer disent s’être fait bap­ti­ser par leur enfant lui-​même, au cours de ses pre­miers mois ou pre­mières années de vie”

Gabrielle Richard, socio­logue du genre

Dans la famille d’Émilie* et Roxane*, la demande de dif­fé­ren­cia­tion entre les deux mamans est venue des pro­fes­sion­nelles de la crèche. « Elles vou­laient par­ler de cha­cune d’entre nous à notre fille de 1 an, relate Émilie. On est deve­nues “Maman Émilie” et “Maman Roxane”, ce qu’on n’aime pas vrai­ment. On a cher­ché d’autres noms pos­sibles, notam­ment dans la culture ita­lienne ou bre­tonne. Mais on en venait tou­jours à trou­ver un sur­nom pour celle qui n’avait pas por­té, et ça me gênait. Mais je pense quand même qu’à l’usage, il fau­dra trou­ver une manière de nous dif­fé­ren­cier. On aime bien se don­ner des petits sur­noms drôles entre nous. Roxane m’appelle sou­vent “Mohican” parce que quand je me réveille le matin, j’ai les che­veux en pétard. Donc pour­quoi pas “Maman Mohican” ? Pour le moment, notre fille ne parle pas mais on ver­ra ce qu’elle dira quand ce sera le cas. J’ai hâte de décou­vrir quel sur­nom elle va s’approprier. »

Les choix de l’enfant

Dans son ouvrage Faire famille autre­ment**, la socio­logue qué­bé­coise Gabrielle Richard a pu obser­ver des dizaines de familles homo­pa­ren­tales. Elle a consta­té que les enfants avaient sou­vent leur mot à dire en matière de déno­mi­na­tion. « Malgré toute la réflexion et la pla­ni­fi­ca­tion éla­bo­rées en amont, plu­sieurs parents queer disent s’être fait bap­ti­ser par leur enfant lui-​même, au cours de ses pre­miers mois ou pre­mières années de vie », détaille la cher­cheuse. « Ma com­pagne m’a tou­jours sur­nom­mée “Bleu”, confie ain­si Violaine, mère de deux enfants de 4 ans et 11 mois. Dans la bouche de ma fille, je suis donc deve­nue “Maman Bleu”. C’est un glis­se­ment de mot d’amour assez tou­chant, qui, j’imagine, va rester. »

“S’appeler toutes les deux “Maman”, ce n’est pas simple. Comment savoir qui est qui ? Les noms servent quand même à savoir à qui on s’adresse”

Catherine

Gabrielle Richard a par ailleurs remar­qué que la quête du « bon » nom était encore plus vive chez les parents trans, qui cherchent des alter­na­tives aux sacro-​saints Maman/​Papa. « On voit par­ti­cu­liè­re­ment ces démarches chez des parents qui ne sont pas cis­genres, qui appré­hendent d’avoir à se faire appe­ler (par leur enfant ou de manière géné­rale, dans la socié­té) avec des termes par défi­ni­tion très gen­rés », décrit la sociologue.

Avec le recul, Violaine se dit que tous les doutes et ques­tion­ne­ments en amont n’étaient pas si impor­tants. « J’ai l’impression que les couples homo­pa­ren­taux qui ont fait des enfants il y a quinze ou vingt ans se posaient davan­tage la ques­tion du nom, car il y avait l’idée de dis­tin­guer les parents. Comme s’il y avait la mère bio­lo­gique et l’autre, un peu moins mère. Désormais, on ne joue plus sur les mots. Il n’y a pas un papa et le copain du papa ou une maman et la com­pagne de la maman. Non, il y a juste deux papas ou deux mamans. » Un point c’est tout. 

* Les pré­noms ont été modi­fiés.
** Faire famille autre­ment, de Gabrielle Richard.Binge Audio Édition, 2022.

Article issu du hors-​série Causette automne 2023 "Les nou­velles familles"

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