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Le sport, c’est que pour les garçons ?

Une ques­tion de môme embar­ras­sante ? Des élé­ments de réponse à des­ti­na­tion des parents et… de leurs marmots. 

lARDONS 106

1. Les filles au vestiaire

Mon petit, il faut bien se rendre à l’évidence : glo­ba­le­ment, les filles font moins de sport que les gar­çons. L’an der­nier, lors de sa grande consul­ta­tion annuelle auprès des 6–18 ans, l’Unicef l’avait d’ailleurs poin­té : « Toutes les études menées dans le domaine de la fré­quen­ta­tion des clubs spor­tifs montrent un ratio de 30 % de licen­ciées filles pour 70 % de licen­ciés gar­çons entre 6 et 18 ans. » Hors des clubs, la ten­dance est la même. Et c’est au moment de l’adolescence que l’écart se creuse le plus. « En 2002, si 68 % des filles fai­saient du sport à l’âge de 12 ans, elles n’étaient plus que 52 % à 17 ans. […] Hormis cer­tains sports où elles sont très majo­ri­taires, comme l’équitation ou la danse, on observe donc un “décro­chage” des filles en termes de pra­tique spor­tive, mais aus­si de fré­quence et d’intensité, dès la fin du col­lège », aler­tait le Commissariat géné­ral à la stra­té­gie et à la pros­pec­tive, dans un rap­port publié en 2014. Pas très réjouis­sant, hein ?

2. Un bas­tion masculin

Si les filles désertent les ter­rains de sport, ce n’est pas, comme on l’entend sou­vent, parce qu’elles seraient « nulles ». Dans son rap­port, le Commissariat géné­ral à la stra­té­gie et à la pros­pec­tive le dit clai­re­ment : s’il y a un tel écart entre les pra­tiques spor­tives des filles et des gar­çons, c’est avant tout parce que « le sport consti­tue pro­ba­ble­ment l’activité de loi­sir où les sté­réo­types de genre sont les plus pré­sents ». Hé oui ! Longtemps réser­vé aux gar­çons, le sport reste encore per­çu comme un « truc de mecs » – en par­ti­cu­lier les sports d’équipe, de com­bat ou la com­pé­ti­tion. C’est pour ça, par exemple, que les familles les plus modestes vont pri­vi­lé­gier l’activité spor­tive des gar­çons plu­tôt que celle des filles – dans les milieux popu­laires, elles sont 15 % de moins à pra­ti­quer un sport que la moyenne. Et c’est aus­si pour ça que, dans les clubs spor­tifs, « on pré­fé­re­ra créer une sec­tion mas­cu­line plu­tôt que fémi­nine », observe l’Unicef. Restent alors les ter­rains de sport publics qui, eux, sont ouverts à tous et à toutes. Du moins, en théorie…

3. Les gar­çons dans la place

Comme toi, plu­sieurs chercheur·euses ont consta­té que les filles se fai­saient bien rares dans ces espaces spor­tifs. En 2012, le géo­graphe Yves Raibaud a publié une enquête dans laquelle il a ten­té d’évaluer ce phé­no­mène. Et le résul­tat est sans appel : dans ‑l’agglomération de Bordeaux (Gironde), les gar­çons repré­sentent 95 % des uti­li­sa­teurs des ska­te­parks et 100 % des usa­gers des stades urbains – où l’on joue au foot 80 % du temps. Sur le papier, pour­tant, ces équi­pe­ments sont cen­sés pro­fi­ter à tous et à toutes. Mais en réa­li­té, ils sont acca­pa­rés par les gar­çons, qui béné­fi­cient de fac­to de 75 % des bud­gets publics des­ti­nés aux loi­sirs des jeunes. Un phé­no­mène que l’anthropologue Pascale Legué a éga­le­ment obser­vé… dans les jar­dins d’enfants. « Souvent, on crée des espaces où les enfants peuvent jouer au bal­lon. Mais, de fait, ce sont les gar­çons qui en pro­fitent. Et les filles attendent », explique-​t-​elle. Comme dans les cours de récré où trône géné­ra­le­ment un ter­rain de foot… occu­pé, là aus­si, par des gar­çons. Pendant ce temps-​là, les filles (et les gar­çons les moins spor­tifs) se retrouvent relégué·es en péri­phé­rie. Et chacun·e apprend ain­si, dès la plus tendre enfance, où est cen­sée être sa place.

4. Passer son chemin 

Tu sais, tu n’es pas la seule à être inti­mi­dée à l’idée de devoir te frayer une place sur un ter­rain où les gar­çons règnent en maîtres. Le géo­graphe Yves Raibaud l’a mon­tré dans ses tra­vaux : « Ces équi­pe­ments spor­tifs d’accès libre mis à dis­po­si­tion des jeunes (en réa­li­té des jeunes gar­çons) ont pour but avoué de cana­li­ser la vio­lence des jeunes dans des acti­vi­tés posi­tives. Ils semblent fonc­tion­ner sou­vent, à contre-​emploi, comme des “écoles de gar­çons”, pro­dui­sant l’agressivité et la vio­lence qu’ils sont cen­sés com­battre. » Pas vrai­ment les bien­ve­nues, les filles, habi­tuées à res­ter au bord du ter­rain, apprennent donc à pas­ser leur che­min. « La pra­tique spor­tive libre valide l’appropriation de l’espace public par les gar­çons (et, à l’âge adulte, par les hommes) », confirme le Commissariat géné­ral à la stra­té­gie et à la pros­pec­tive. Et c’est évi­dem­ment un problème.

5. Exit le foot à la récré 

La bonne nou­velle, c’est que certain·es tentent aujourd’hui de ren­ver­ser la vapeur. Comme cette école pri­maire d’Hérouville-Saint-Clair (Calvados) qui a choi­si, en 2017, d’en finir avec le « tout foot » à la récré et pro­pose à la place d’autres acti­vi­tés ludiques. L’année sui­vante, c’est la mai­rie de Trappes (Yvelines) qui a déci­dé de revoir l’organisation des cours des trente-​six écoles de la ville, où espaces verts et nou­veaux jeux rem­placent pro­gres­si­ve­ment les ter­rains de sport, désor­mais relé­gués à la marge. Un chan­ge­ment de cap dans lequel s’est à son tour enga­gée la ville de Rennes (Ille-​et-​Vilaine). À qui le tour ? 

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