Pourquoi on a peur ?

Une ques­tion de môme embar­ras­sante ? Des élé­ments de réponse à des­ti­na­tion des parents et… de leurs marmots. 

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1. Une émo­tion essentielle 

Mon enfant, c’est tout à fait nor­mal de res­sen­tir de la peur. C’est une émo­tion innée et uni­ver­selle, que tous les êtres humains expé­ri­mentent dès les pre­miers jours de leur vie et tout au long de leur exis­tence. Tu as sans doute remar­qué que, quand quelque chose nous effraie, on a le cœur qui bat plus vite, on res­pire plus fort… et on a envie de prendre ses jambes à son cou ! C’est logique, puisque la peur est un méca­nisme de défense et de pro­tec­tion face au dan­ger. Comme une alarme. « La peur est très posi­tive, car c’est ce qui nous per­met de sur­vivre. Si l’homo sapiens n’avait pas connu la peur, les êtres humains auraient dis­pa­ru depuis long­temps », confirme la psy­cho­logue Anne Bacus, autrice de 100 Façons de rendre son enfant auto­nome ! (éd. Marabout, 2005). 

2. Des craintes archaïques 

Passage obli­gé, la peur fait par­tie inté­grante du déve­lop­pe­ment de ‑l’enfant : en s’y confron­tant, il apprend à l’apprivoiser, puis à la dépas­ser. Si ses causes dif­fèrent d’un âge et d’un bam­bin à l’autre, il y a quand même des grands clas­siques. Les bruits forts et la soli­tude chez les bébés, l’obscurité, les fan­tômes et, bien sûr, le loup chez les jeunes enfants. Impossible d’y cou­per ! « Ce sont des peurs col­lec­tives et arché­ty­pales, qui remontent à notre huma­ni­té très ancienne », explique Anne Bacus. Alimentées par les contes et les ‑his­toires nar­rées de géné­ra­tion en géné­ra­tion, ces peurs ances­trales conti­nuent d’agiter les enfants du XXIe siècle… qui ont pour­tant bien plus à craindre de la cir­cu­la­tion rou­tière que des loups. « C’est toute la dif­fi­cul­té pour les adultes : au début, l’enfant va avoir peur d’un bruit d’aspi-rateur, mais pour­ra jouer avec un cou­teau sans sai­sir le dan­ger. L’éducation consiste jus­te­ment à leur apprendre à dis­tin­guer ce qui est réel­le­ment dan­ge­reux de ce qui ne l’est pas », résume Anne Bacus. Pas si simple !

3. Gare au croque-mitaine 

L’ironie de la chose, c’est que, pour édu­quer les enfants, les adultes ont long­temps recou­ru à… la peur, qu’ils ali­men­taient sciem­ment à grand ren­fort d’histoires effrayantes. Tiens, le croque-​mitaine, par exemple : aujourd’hui tom­bée en désué­tude, cette légende aurait été créée par des péda­gogues du XVIIIe siècle. « Ne sor­tez jamais seul du vil­lage, car si vous alliez dans les champs ou près des bois, vous y ren­con­tre­riez le père croque-​mitaine, qui vous emmè­ne­rait avec lui et vous ne rever­riez jamais ni votre papa ni votre maman », pouvait-​on ain­si lire, au milieu du XIXe siècle, dans un ouvrage des­ti­né aux enfants. Et si ces his­toires visaient par­fois à mettre en garde les mar­mots face à de réels dan­gers – dis­pa­ri­tion, noyade, mau­vaise ren­contre –, elles avaient bien sou­vent pour but de les faire se tenir tran­quilles. Du « Boogeyman » (États-​Unis) au « Père Sac » (Liban) en pas­sant par le « Bonhomme Sounga » (Île Maurice), on les retrouve d’ailleurs dans la plu­part des cultures…

4. Un monde effrayant

Évidemment, avec l’âge, la peur du loup dis­pa­raît, mais laisse place à d’autres craintes en prise directe avec la réa­li­té. « En gran­dis­sant, un enfant peut avoir peur de la guerre, des atten­tats, du chô­mage, d’une sépa­ra­tion des parents… Soit des peurs sociales, qui sont fonc­tion de notre socié­té », résume Anne Bacus. En sep­tembre 2019, une étude Ipsos, réa­li­sée pour le Secours popu­laire auprès d’enfants de 8 à 14 ans, révé­lait que 62 % d’entre eux ont peur de deve­nir pauvres un jour – soit 4 % de plus qu’en 2015. « Aujourd’hui, en consul­ta­tion, on reçoit beau­coup d’enfants de 7–8 ans avec des peurs qu’on ne voyait pas il y a quinze ou vingt ans ou, en tout cas, pas à cette fré­quence », constate la psy­cho­logue. Conséquence, selon elle, d’une socié­té sous pres­sion : « Non seule­ment nous vivons dans un monde anxio­gène, mais les enfants sont aus­si beau­coup plus en contact avec l’information, qu’ils absorbent. Sauf qu’ils n’ont pas la matu­ri­té affec­tive pour y faire face : ils savent très bien qu’ils sont petits et qu’ils ne peuvent pas se pro­té­ger du monde. » 

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© Shutterstock

5. Besoin de réassurance

Plutôt que de la gar­der pour toi, tu as donc tout inté­rêt à par­ta­ger ta peur avec tes parents. À défaut de pou­voir faire dis­pa­raître ce qui t’effraie, ils peuvent t’aider à y faire face plus serei­ne­ment. « L’attitude des parents est très impor­tante », confirme Anne Bacus. Face aux peurs arché­ty­pales des tout-​petits (le loup, l’obscurité), elle invite donc ces der­niers à com­prendre ces craintes, sans jamais s’en moquer, mais sans non plus les légi­ti­mer – un vrai numé­ro d’équilibriste. Quant aux plus grand·es, elle conseille de les pro­té­ger, autant que pos­sible, des images anxio­gènes et des infor­ma­tions télé­vi­sées qui nour­rissent les peurs sociales. « S’ils y sont confron­tés, il faut alors faire un tra­vail de pro­tec­tion et de réas­su­rance », poursuit-​elle. De quoi don­ner quelques sueurs froides aux parents, qui ne sont pas les der­niers à être pétris d’angoisse…

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