Alain Stival
© Alain Stival / Wikimedia Commons

Edwy Plenel annonce qu’il quit­te­ra Mediapart le 14 mars

Le jour­na­liste Edwy Plenel, 71 ans, a annon­cé lun­di, dans l’émission Affaires sen­sibles sur France Inter, qu’il quit­te­rait la direc­tion de Mediapart, le média d’investigation en ligne qu’il a cofon­dé il y a seize ans, le 14 mars.

“Je conti­nue­rai à écrire pour Mediapart, je conti­nue­rai à être pré­sent par ma plume, mais je ne serai pas le res­pon­sable juri­dique, le patron de l’entreprise”, a‑t-​il décla­ré sans dévoi­ler le nom de son successeur.

“Le miracle de Mediapart, c’est que l’équipe pour l’essentiel a entre 25 et 45 ans, j’en ai 71. Il est nor­mal que ça vive, indé­pen­dam­ment de nous”, a sou­li­gné le jour­na­liste à la mous­tache et au sou­rire mali­cieux, redou­té des dirigeant·es poli­tiques de tous bords.

Avec son équipe, il avait lan­cé l’affaire Cahuzac fin 2012, du nom de l’ex-ministre socia­liste du Budget déchu après avoir men­ti sur son compte ban­caire secret déte­nu à l’étranger.

Sous Nicolas Sarkozy, le patron de Mediapart, avec sa jeune rédac­tion moti­vée, avait enquê­té sur les rela­tions étroites entre la mil­liar­daire Liliane Bettencourt, héri­tière des cos­mé­tiques L’Oréal, et des proches de Nicolas Sarkozy, s’attirant leurs foudres.

Mediapart est aujourd’hui deve­nu incon­tour­nable quant à la cou­ver­ture du mou­ve­ment #MeToo, dont des enquêtes sur Patrick Poivre d’Arvor, Gérard Depardieu ou plus récem­ment sur le psy­cha­na­lyste Gérard Miller.

Un article consa­cré en 2021 à l’ex-mari de Maïwenn, le cinéaste Luc Besson accu­sé de viol par une actrice, avait pro­vo­qué la fureur de la réa­li­sa­trice, qui avait tiré les che­veux d’Edwy Plenel dans un res­tau­rant pari­sien, début 2023. Un fait pour lequel elle a été condam­née récem­ment à une amende de 400 euros.

135 salarié·es, 220 000 abonné·es

Edwy Plenel assure par­tir l’esprit serein : Mediapart est “pro­fi­table” et “nous n’avons aucun endet­te­ment”. En 2023, “nous avons aug­men­té notre chiffre d’affaires, aug­men­té notre résul­tat”, a‑t-​il sou­li­gné avant le bilan annuel, le 14 mars aussi.

Le média, qu’il a fon­dé en 2008 avec François Bonnet, Laurent Mauduit et Marie-​Hélène Smiéjan, compte 135 salarié·es et 220 000 abonné·es. Il s’est pro­té­gé en 2019 de toute “pré­da­tion” de son capi­tal, en met­tant en place une struc­ture juri­dique inno­vante.
Ses parts appar­tiennent désor­mais à une nou­velle struc­ture non lucra­tive, le Fonds pour une presse libre, via la Société pour la pro­tec­tion de l’indépendance de Mediapart, un mon­tage qui sanc­tua­rise, selon ses inven­teurs, le capi­tal du jour­nal en ligne.

“Cette struc­ture garan­tit tota­le­ment que per­sonne de l’extérieur ne peut venir inter­ve­nir sur Mediapart et “cela per­met de voir venir”, se féli­cite le direc­teur de la publication.

Entré au quo­ti­dien Le Monde en 1980, Edwy Plenel, venu de la gauche révo­lu­tion­naire des années 1970, avait com­men­cé sa car­rière en 1976 au quo­ti­dien Rouge, organe de la Ligue com­mu­niste révo­lu­tion­naire (trots­kiste). En 1995, après plu­sieurs postes à res­pon­sa­bi­li­té, il avait pris la tête de la rédac­tion du Monde, poste auquel il avait sus­ci­té des sen­ti­ments miti­gés, ses détrac­teurs dénon­çant sa “para­noïa” lorsque d’autres sou­li­gnaient sa force de tra­vail et de créa­tion. Il avait quit­té Le Monde en 2004.

Dans les années 1980, plu­sieurs affaires impli­quant la pré­si­dence fran­çaise et sur les­quelles il enquê­tait, dont l’attentat des ser­vices secrets fran­çais sur le Rainbow Warrior, navire de Greenpeace qui fai­sait cam­pagne contre les essais nucléaires fran­çais en Polynésie, avait sus­ci­té l’ire du pré­sident François Mitterrand.

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