99 la jeunesse guidant le peuple climat 2 ©Benjamin Mengelle  Hans Lucas
Paris, le 15 février © Benjamin Mengelle / Hans-Lucas

« La jeu­nesse a aujourd'hui la lourde tâche de nous don­ner de l'espoir »

Le jour­na­liste Vincent Cocquebert vient de publier Millennial Burn-​out, une enquête où il dyna­mite les sté­réo­types dans les­quels on veut enfer­mer la jeune génération. 

Fort de son expé­rience comme rédac­teur en chef du Web maga­zine Twenty – fait par et pour les 16–25 ans de toutes ori­gines sociales et cultu­relles –, Vincent Cocquebert constate que le concept de géné­ra­tions X, Y et main­te­nant Z (pour Zapping, née après 1995), vrai outil socio­lo­gique au départ, est deve­nu une machine à pon­cifs pour ali­men­ter le busi­ness des marques. 

Causette : Des études socio­lo­giques et mar­ke­ting taxent la géné­ra­tion Z de « molle, rivée sur les écrans, qui ne croit plus en rien et sans enga­ge­ment poli­tique… », et pour­tant elle se révolte aujourd’hui. Qu’en pensez-​vous ?
Vincent Cocquebert :
Cette géné­ra­tion Z est un mythe. Ce terme est appa­ru en 2012 aux États-​Unis pour cibler ces jeunes d’un point de vue mar­ke­ting. Dans les confé­rences, elle est pré­sen­tée comme encore plus extrême que les mil­len­nials, ou géné­ra­tion Y : elle serait encore plus indi­vi­dua­liste, divi­se­rait le monde entre les win­ners et les losers, serait réfrac­taire à toute trans­mis­sion ver­ti­cale, appren­drait tout sur YouTube… Mais en fait, c’est plus com­plexe que ça ! Il y a beau­coup d’inquiétude de leur part, une angoisse par rap­port au tra­vail, ils s’interrogent sur le fait de réus­sir à trou­ver leur place dans la socié­té, il y a pas mal de soli­tude, d’autres se sentent per­dus. Pour moi, ce n’est qu’une par­tie de la jeu­nesse qui, en ce moment, a une prise de conscience de l’urgence cli­ma­tique. En France, 40 % des jeunes vivent en zone urbaine et ces mani­fes­ta­tions ont eu lieu dans les grandes métro­poles. On peut donc pré­su­mer qu’une bonne par­tie d’entre eux appar­tient aux caté­go­ries les plus aisées, ce que le géo­graphe Christophe Guilluy, appelle la « jeu­nesse de la gen­tri­fi­ca­tion ». Les enfants des « gilets jaunes », par exemple, on en a très peu par­lé. Pourtant, eux aus­si se mobi­lisent. C’est un mou­ve­ment dis­pa­rate et trans­gé­né­ra­tion­nel où les jeunes ruraux sont très repré­sen­tés. Ils sont en quête de recon­nais­sance et d’autonomisation, par rap­port aux jour­na­listes, aux repré­sen­tants poli­tiques, et ont la volon­té de mettre en œuvre le RIC [réfé­ren­dum d’initiative citoyenne, ndlr]. Ainsi, la jeu­nesse n’est pas un groupe homo­gène, elle est mul­tiple et par­ti­cu­liè­re­ment frac­tu­rée aujourd’hui.

Ces enfants mili­tants sont-​ils adultes avant l’heure ? Y a‑t-​il encore de la place pour l’insouciance de l’enfance ?
V. C. :
On a une vision fan­tas­mée de la jeu­nesse : elle a aujourd’hui la lourde tâche de « faire rêver » du pro­grès, de nous don­ner de l’espoir, de tenir lieu de « guide » et d’« inven­teur » du monde de demain. On attend d’elle qu’elle nous sauve des pro­blèmes éco­lo­giques ou du désen­ga­ge­ment démo­cra­tique. En lui fai­sant por­ter cette res­pon­sa­bi­li­té, on lui enlève une par­tie de son inno­cence en effet. 

Ces enfants-​ados vont-​ils chan­ger le monde ?
V. C. :
Ce dis­cours d’une jeu­nesse à l’avant-garde (entre­pre­neuse, mobile, aven­tu­reuse) qui va nous sau­ver est très ras­su­rant, on a envie d’y croire, mais c’est aus­si une fable qui nous empêche de trou­ver des solu­tions main­te­nant. Or ces chan­ge­ments – comme le mariage pour tous, le cli­mat, la libé­ra­tion de la parole… – trouvent du sens et se concré­tisent quand ils sont por­tés collec­tivement par les dif­fé­rentes classes d’âge. La jeu­nesse a une part active à prendre, c’est vrai, mais aux côtés des adultes qui ont, eux, la res­pon­sa­bi­li­té de la transmission. 

Millennial Burn-​out. X, Y, Z… Comment l’arnaque des “géné­ra­tions” consume la jeu­nesse, de Vincent Cocquebert. Éd. Arkhê.

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