fbpx
le consentement photos repetitions a clichy monfermeil 2  christophe raynaud de lage
(©Christophe Raynaud de Lage)

"Le Consentement" : une adap­ta­tion théâ­trale magis­trale, avec une Ludivine Sagnier incandescente

Le met­teur en scène Sébastien Davis trans­pose sur les planches Le Consentement de Vanessa Springora au Théâtre de la Ville de Paris. Une adap­ta­tion puis­sante, por­tée par la comé­dienne Ludivine Sagnier tota­le­ment habi­tée par le rôle. 

« Quelle preuve tan­gible avais-​je de mon exis­tence, étais-​je bien réelle ? » Au sein des murs de l'espace Pierre-​Cardin du Théâtre de la Ville de Paris, cette ques­tion, par­mi tant d'autres, résonne en boucle, por­tée par une musique élec­tro­nique légè­re­ment inquié­tante. Sur la scène, sur­mon­tée d'un immense écran blanc, on aper­çoit un lit, un bureau et une chaise. On pense immé­dia­te­ment à la chambre de bonne de l'écrivain Gabriel Matzneff, décrite par l'autrice Vanessa Springora dans son livre Le Consentement. Deux ans et demi après sa sor­tie ful­gu­rante, le texte dans lequel l'éditrice dénonce l'emprise qu'a exer­cée le roman­cier de 36 ans son aîné, alors qu'elle n'avait que 14 ans, est joué à Paris pen­dant une semaine. 

Le met­teur en scène Sébastien Davis, en ouvrant Le Consentement à la fin de l'année 2019, a reçu le livre « en pleine gueule », raconte-​t-​il à Causette. De cette « riposte artis­tique » et cette « œuvre d'art », dont l'impact sur notre socié­té repré­sente selon lui « un exemple du pou­voir de la culture », il en a tiré une créa­tion théâ­trale courte (1h20) mais intense, qui retrans­crit avec force toutes les émo­tions tra­ver­sées par Vanessa Springora dans son écrit. Le texte est por­té avec un mélange de puis­sance et de dou­ceur par une Ludivine Sagnier incan­des­cente, tota­le­ment habi­tée par le rôle, qui inter­prète « V. » dans les trois moments de sa vie racon­tés dans le roman auto­bio­gra­phique – l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. 

Son inter­pré­ta­tion est subli­mée par la créa­tion musi­cale de Dan Lévy, jouée en par­tie à la bat­te­rie par Pierre Belleville, mais sur­tout par la scé­no­gra­phie d'Alwyne de Dardel. Dès que le per­son­nage doute et s'interroge, Ludivine Sagnier dis­pa­raît der­rière un immense écran blanc, qui, par le jeu de lumières, se trans­forme en une sorte de « mem­brane » trans­lu­cide, comme la qua­li­fie Sébastien Davis. « Il m'a paru néces­saire de créer deux espaces sur scène. Derrière ce calque, cette mem­brane, j'ai vou­lu repré­sen­ter Vanessa enfant, quand elle est per­due, sous emprise et ne voit pas clair. Personne autour d’elle ne fait preuve de bons sens. Elle est empri­son­née. Ces sen­sa­tions rejaillissent sur elle sous la forme de dou­leurs phy­siques. Derrière l'écran, son corps se rebelle », explique-​t-​il.

le consentement photos spectacle creation a toulon 2  christophe raynaud de lage
(©Christophe Raynaud de Lage)

Le Consentement avait créé un bou­le­ver­se­ment dans la socié­té fran­çaise lors de sa sor­tie. Son adap­ta­tion théâ­trale pro­longe l'incrédulité qui nous avait sai­sis à la lec­ture du livre, face à cette mère démis­sion­naire, ce père absent et ce petit cercle lit­té­raire pré­fé­rant fer­mer les yeux, plu­tôt que de voir la mons­truo­si­té des actes de Gabriel Matzneff. Ce der­nier est incar­né à quelques moments dans la pièce par une Ludivine Sagnier caus­tique, don­nant à la fois la rage et la nau­sée, quand on repense à la tolé­rance dont l'écrivain, aujourd'hui visé par une enquête pour viols sur mineur, a béné­fi­cié d’une par­tie de l’intelligentsia et des médias en France. 

« Nous avons créé le théâtre pour mieux se voir. Il agit comme un révé­la­teur de ce que nous sommes cruel­le­ment », sou­ligne Sébastien Davis. Avec sa pièce, il sou­haite ouvrir les yeux du public sur « les pul­sions viles des hommes », afin de tra­vailler des­sus et les refu­ser. L'écrivain de 86 ans, qui vit reclus en Italie et refuse de lire le livre de Vanessa Springora, devrait voir sa trans­po­si­tion théâ­trale. Cela lui per­met­trait peut-​être d'arrêter l'indécence de se faire pas­ser pour la vic­time de cette affaire, à tra­vers des écrits auto-​édités ou des jour­naux oubliés.

Le Consentement, de Vanessa Springora, mise en scène de Sébastien Davis, avec Ludivine Sagnier. Du 21 au 30 novembre au Théâtre de la Ville de Paris, du 13 au 15 décembre au Château Rouge – Scène conven­tion­née d’Annemasse, et du 4 au 7 jan­vier 2023 au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon.

À lire aus­si I Affaire Gabriel Matzneff : l'écrivain, visé par une enquête pour « viols sur mineur », enten­du en audi­tion libre

Partager

Cet article vous a plu ? Et si vous vous abonniez ?

Chaque jour, nous explorons l’actualité pour vous apporter des expertises et des clés d’analyse. Notre mission est de vous proposer une information de qualité, engagée sur les sujets qui vous tiennent à cœur (féminismes, droits des femmes, justice sociale, écologie...), dans des formats multiples : reportages inédits, enquêtes exclusives, témoignages percutants, débats d’idées… 
Pour profiter de l’intégralité de nos contenus et faire vivre la presse engagée, abonnez-vous dès maintenant !  

 

Une autre manière de nous soutenir…. le don !

Afin de continuer à vous offrir un journalisme indépendant et de qualité, votre soutien financier nous permet de continuer à enquêter, à démêler et à interroger.
C’est aussi une grande aide pour le développement de notre transition digitale.
Chaque contribution, qu'elle soit grande ou petite, est précieuse. Vous pouvez soutenir Causette.fr en donnant à partir de 1 € .

Articles liés